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Après deux débats Mc Cain Obama
Un moment dopé par l'effet Palin qui ralliait l'aile droite du parti et exploitait les réflexes populistes, la campagne de Mc Cain semble s'enliser lentement. Pas franchement mauvais dans les deux débats qu'il a menés contre son adversaire, le candidat républicain n'est pas non plus assez brillant pour espérer un retournement spectaculaire grâce à cet exercice. Il a peu de chances de réussir dans le dernier débat, le 15, ce qui n’a pu faire jusqu’à présent. Il n'a réussi ni à mettre en évidence l'inexpérience ou les contradictions d'Obama, ni à le faire apparaître comme un produit des médias, sorte de star narcissique, énervante et creuse, comme l’indiquait l'orientation générale de la campagne républicaine.
Et comme il laisse les coups bas à sa colistière, (telle une allusion à une très douteuse complaisance d'Obama pour les terroristes, basée sur une vague fréquentation d'un ancien gauchiste "weather man"), Mc Cain se trouve un peu limité dans son jeu.

Au contraire, les sondages, même chez les électeurs peu politisés montrent qu'Obama non seulement "gagne" le débat - ce qui ne veut pas dire grand chose dans l’abstrait- mais qu'il semble acquérir une crédibilité qui lui faisait défaut dans l'opinion. Si Obama le séduisant rassure de surccroît et si Mc Cain semble manquer de l’autorité du « commander in chief », on voit mal ce qui pourrait le sauver.

La tendance est plus qu'inquiétante pour les républicains : l'important n'est pas tant que les sondages généraux donnent l'avantage au démocrate en nette remontée : il est qu'il est en mesure d'emporter des états clefs. Floride, Caroline du Sud, Virginie, Ohio, Indiana, Missouri, Colorado, Nevada, Iowa et Nouveau-Mexique semblent a priori passer d'un camp dans l'autre. Cette avancée bien répartie donnerait à Obama un avantage irratrapable en nombre de grands électeurs.

Il est vrai que Mc Cain n'a pas la tâche facile. Dans ce pays où il y a un énorme taux d'abstention, la campagne s'oriente à ce stade surtout sur la conquête des indécis. Or comment expliquer à cet électorat :

- pourquoi le candidat républicain qui se félicitait il ya quelques jours de la solidité de l'économie américaine est obligé de souligner la gravité de la situation
- pourquoi il est contraint d'approuver, comme son adversaire, des mesures interventionnistes dignes du New Deal, quitte d'ailleurs à decevoir l'aile la plus libérale du parti républicain
- comment il va distinguer ses propositions du bilan catastrophique de l'équipe Bush en matière d'économie et ne pas apparaître comme Bush III
- qu’il peut être autant que son adversaire qui le répète a satiété le candidat des classes moyennes
- surtout comment il va faire la différence avec son adversaire dont il devient quand même difficile de dénoncer l'incompétence et la superficialité en économie, après avoir mené une politique patriotique d’union nationale avec lui.

Et pour ceux qui trouvent les raisonnements précédents trop compliqués, il y a un argument qui fait mouche : les années Clinton étaient les années du "enrichissez-vous" ! À tort ou à raison l'opinion a tendance à créditer les démocrates de plus d'efficacité en matière d'économie.

Rappelons-nous que c'est l'argument "It's the economy, stupid" (c'est l'économie, crétin) qui expliquait l'échec de Bush père : l'homme qui avait gagné la première guerre du Golfe et qui croyait surfer sur la vague idéologique reaganienne se croyait hors de portée de ce petit jeune de babyboomer inexpérimenté presque gauchisant, un certain Clinton. Or ce qui est valable pour Bush 1°, qui partait en principe vainqueur, devrait être encore plus juste pour Mc Cain, qui commençait il y a quelques mois en position défavorable.

Qu'est-ce qui pourrait renverser la tendance ? L'agressivité des attaques des républicains ? Un coup bas médiatique ? Une crise internationale qui rallierait les électeurs au parti de la sécurité, les républicains ? tout ceci a été tenté et a échoué.

La "com" ? Même s'il est un battant, Mc Cain n'est pas un Reagan qui avait effectivement commencé à devancer Carter après un brillante prestation télévisée.

Par ailleurs, rappelons que dans la longue histoire des débats télévisés, il n’y a que deux cas où un candidat ait vraiment semblé renverser la tendance (nous disons "semblé" car la preuve de la causalité n'est jamais facile à administrer) :

Le très fameux débat Nixon Kennedy de 1962. C'était une première historique.

Cette année-se tient l’élection présidentielle opposant Nixon à Kennedy. Le premier est un vieux routier, considéré comme une « bête de médias ». Il est à l’aise à la radio comme devant les actualités cinématographiques. Kennedy est un homme nouveau, entouré de «crânes d’œuf » et doté d’une famille photogénique.

En 1962 a lieu le premier débat télévisé entre les deux candidats à l’élection (et sans doute le premier duel télévisé au monde de ce genre).
On connaît la suite : Kennedy au physique de gendre idéal gagne d’une courte tête et beaucoup pensent qu’il doit sa victoire - arrachée à un très faible pourcentage d'avance - à sa prestation cathodique. Son indéniable séduction plus que son programme lui aurait donné l’avantage sur Nixon
Une étude menée à l’époque par deux sociologues, les époux Lang, semble confirmer cette hypothèse : ils ont étudié deux groupes témoins, l’un suivant le débat à la radio, le second à la télévision. Le premier donne l’avantage à Nixon, le second à Kennedy. De là à conclure que l’image est l’élément décisif et que la télégénie fera désormais les élections, il n’y a qu’un pas que beaucoup franchissent. À commencer par Nixon. Il se persuade d’avoir perdu à cause de détails idiots (il était mal rasé, il transpirait sous son maquillage ce qui lui donnait l’air d’un traître de comédie, tandis que son adversaire semblait à l’aise, rose et frais…).

À l’élection suivante, Nixon s’entoure d’une une nuée de conseillers en image, sondeurs, de publicitaires, «speech writers» (des écrivains et dialoguistes qui lui écrivent ses discours et ses petites phrases). Les candidats entrent dans le cycle infernal du marketing politique.
Second exemple : le débat Giscard Mitterand de 1974. Cette fois-là, c'est Giscard, en principe dominé dans les sondages, qui bat un candidat socialiste mal à l'aise devant la télévision, notamment avec quelques répliques restées historiques comme "Vous êtes l'homme du passé" ou "Vous n'avez pas le monopole du cœur". Là encore, l'évolution des intentions de vote après le débat rend vraisemblable qu'il ait largement contribué à la très courte victoire de Giscard.

Ajoutons un dernier élément qui joue en faveur d'Obama : l'argent. Là encore, c'est une première. si jusque-là les républicains étaient les champions de la collecte (sur une tendance de fond au renchérissement astronomique des campagnes électorales, notamment en raison du nombre et de la cherté des spots télévisé). Cette fois, les démocrates les ont battus et auprès des contributeurs traditionnels et sur Internet où se trouvent souvent les petits dons.

Ainsi, Obama peut faire pour 20 millions de dollars de spots télévisés dans la première semaine d'octobre, écrasant son concurrent, qui, pauvre miséreux, ne peut s'offrir que pour sept millions de publicité.

La messe est-elle dite ? Les élections américaines sont riches en surprise et nul ne sait quel peut être le réflexe de dernière minute des indécis. Mais le moins que l’on puisse dire est que » Mc Cain doit prier très fort pour un miracle.



 La vidéo intégrale du débat
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