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Joe Biden colistier d'Obama
Recentrage ou durcissement

 
Le choix de Joe Robinette Biden comme colistier par Obama est salué par les commentateurs comme un marque d'habileté : avec ce vieux routier centriste et expérimenté en politique étrangère, il rééquilibrerait son ticket et gagnerait en crédibilité. Du coup,la contre-attaque de Mc Cain reste dans une tonalité négative. Dans un clip télévisé, il en est réduit à rappeler que Biden (qui a concouru contre Obama dans les primaires) avait une moins bonne opinion des capacités du candidat démocrate que de celles de Mc Cain : il déclarait, en effet, qu'il serait honoré de participer à l'élection "avec ou contre Mc Cain" qu'il estimait. Et Mc Cain de lui tresser des couronnes.
Avant de porter ce choix au crédit de la stratégie Obama (en perte de vitesse dans les sondages depuis quelques semaines) essayons de voir ce qu'elle implique.
Biden est-il utile en termes électoraux ? Déjà candidat aux primaires en 1988 (mais ayant dû abandonner pour avoir plagié le discours d'un travailliste anglais), réputé faire des gaffes (mais il y a de la concurrence dans ce domaine), il n'a guère d'autre casserolles connues à son actif. Sa réputation de sérieux est, elle, incontestable. Reste à savoir si c'est une stratégie rentable pour Obama que continuer à se "recentrer", comme nous l'avions annoncé ici. En l'occurrence en prenant à ses côtés un homme qui a soutenu la guerre en Irak et le Patriot Act. L'idée naïvement soutenue par certains européens qu'Obama représenterait le candidat de la rupture en prend un coup. le slogan "Le changement auquel nous pouvons croire" n'en est pas crédibilisé.
Cette question, il appartient aux électeurs américains d'y répondre. En revanche, en tant qu'Européens, nous devons plutôt nous demander quelles indications cela nous donne sur la future politique étrangère du "ticket".
Premières impressions : Biden n'est pas exactement une colombe. Qu'il s'agisse de ses positions sur la "Guerre globale au terrorisme", la "Homeland security", de la chasse aux ADM, ou des adresses faites à G.W. Bush de "finir le boulot en Afghanistan", il n'a rien dit qui puisse vraiment choquer ses collègues républicains chez ce sénateur très féru d'une approche bipartisane. Il se montre favorable à un "droit d'ingérence", réclamant une intervention militaire en Serbie en 90, puis au Darfour. Pour ceux qui s'intéressent à cette question déjà évoquée sur ce site, il est également un défenseur de la diplomatie publique et d'actions d'influences par des médias pour "gagner le cœur et les esprits" des musulmans.
Certes, on a souligné que Biden critique l'optimisme du gouvernement Bush et du général Petraeus sur la guerre d'Irak qui serait "en train d'être gagnée".
Mais la thèse de Biden est qu'il faudrait diviser le pays en enclaves ethniques sunnites, chiites, kurdes..., pour que les USA puissent se retirer. Son plan d'autonomie des trois communautés présenté en septembre 2007 avait suscité de telles protestations qu'il a fini par tenter d'en effacer les traces, y compris sur son propre site. À l'époque également, certains parlaient d'une doctrine "Bush-Biden" d'inspiration néoconservatrice de renversement des régimes "non démocratiques".
 Une fois encore, l'idéologie néoconservatrice n'est pas une variété particulièrement agressive ou droitière du conservatisme républicain.  C'est un mélange de messianisme wilsonien - répandre la démocratie partout sur la planète, croire fermement en l'universalité de ses valeurs - et de pessimisme foncier sur la nature humaine, donc de confiance dans les stratégies de puissance. Se pourrait-il que les neocons migrent vers le parti démocrate pour poursuivre leur travail ? Une question qu'il faut au moins se poser.

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