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Évaluer l'information sur Internet.
Suite de la série sur la Veille





Pour compléter "s'informer", "information stratégique et Veille





Les deux premiers problèmes que posent au veilleur sont de trouver l’information, mais aussi de l’évaluer avant de commencer à l’exploiter. Il est facile de trouver sur Internet des "guides" qui récapitulent les principes de base, voire des grilles que chacun peut adapter à sa guise.






Nous avons vu combien la quête de l’information a été bouleversée par le passage de l’imprimé à la forme numérique. Il ne s’agit plus de trouver un « objet », le bon livre, le bon article au bon endroit en suivant une piste déjà balisée par d’autres (les critiques, les bibliothécaires, les « pairs » qui, dans le milieu universitaire, valident la valeur scientifique d’un discours par leur « revue »). De plus il n’est désormais plus aussi facile de distinguer la source primaire ou l’état définitif du texte, pas plus que sa classification officielle dans l’ensemble des genres ou des disciplines d’un simple coup d’œil (comme on peut le faire en regardant la couverture et dernière page d’un livre). Ni de savoir immédiatement qui est auteur, éditeur, imprimeur, commentateur, quel est le texte même et les citations, les notes, les références, et ainsi de suite, comme devant un livre.

Les trajets qui mènent à l’information numérique peuvent se classer en trois catégories principales : routine (nous avons visité des sites que nous connaissons ou un forum…), recommandation (quelqu’un nous a indiqué cette source soit explicitement, soit implicitement par un lien hypertexte ou en participant à sa classification comme dans une folksonomie) ou enfin, algorithme (un moteur de recherche a trouvé ce qui correspondait à notre formulation de mots-clefs).

Bien entendu, il peut y avoir un mélange des trois (p.e : un fil Rss que nous avons suivi nous a mené à un lien qui nous a suggéré un sujet d’intérêt qui nous a amené à formuler une requête et ainsi de suite…), parfois en une exploration hasardeuse mais féconde que l’on a baptisée « sérendipité »).

Dès l’amont, des différences peuvent se manifester :
- dans la façon qu’a chacun de cerner le sujet de sa recherche, ses limites (n’oubliez pas que notre seul vrai problème est le temps)
- dans le choix des sources et des outils de recherche plus ou moins spécialisés
- dans la façon de poser sa question de fond - dans la manière de formuler sa requête.

Dans tous les cas, il y a de fortes chances que notre trajet soit différent de celui de notre voisin :
selon que nous aurons suivi telle ou telle démarche, ou simplement choisi tel moteur, tel jour, en mettant les mots dans un certain ordre, nous n’irons pas à la même source.
En fait il est même quasi certain que deux requêtes apparemment semblables donneront des résultats divergents :

- suivant le moteur de recherche choisi
- sur le même moteur suivant que l’on a choisi « pages françaises », « pages francophones », « tout le Web »
- suivant que l’on a utilisé des guillemets ou des opérateurs booléens,
-suivant que l’on utilise les options de recherche avancée, ou simplement suivant la façon de disposer mêmes mots - suivant la date : la même requête formulée de la même façon sur le même moteur donne des résultats différents. L’ordre des sites (notamment le Google Ranking) a changé. Certains sites ont disparu (la durée de vie d’un site est étonnamment courte), d’autres sont apparus, ou ont cité le même texte (ou créé des liens vers lui). La même page du même site a pu être modifiée soit par son auteur ou éditeur, soit par des commentaires ou des tags qui s’y sont ajoutés. Certaines pages apparaissent comme des « miroirs », c’est-à-dire sous la forme ou un autre site les a enregistrées et non telles qu’elles existent encore, comme si c’étaient des fantômes du passé.


Bref même si nous utilisons les mêmes cartes (ou pour employer une image plus précise que j’aime bien : les mêmes portulans qui nous indiquent des directions pour naviguer dans des flux d’informations), nous n’irons pas forcément au même endroit et, en tout état de cause, notre itinéraire différera.

En fait, sur le même sujet, nous ne consulterons pas la même information et chacun se construira sa réponse absolument unique à sa question.

Mais, quel que soit l’itinéraire, il nous mène forcément à une page où il nous faut prendre une décision :

- la lire entièrement, la marquer, la copier ?
- suivre des liens qu’elle indique ?
- la survoler très vite ?
- l’abandonner ?


 Sans oublier : la marquer (bookmark) pour la retrouver ?

Pour cela, nous devons disposer de critères de jugement autre que ceux, ouvertement conformistes, qui consistent à se fier à l’opinion du plus grand nombre (Google ranking, nombre de visites ou de commentaires, nuages de tags…).

Bien entendu, nos critères varieront suivant l’objet de notre recherche.
Si nous effectuons un travail de documentation pour une fin universitaire (un article ou un mémoire) nous ne travaillons pas suivant le même tempo qu’un veilleur dans l’urgence de l’action et nous n’avons pas les mêmes besoins d’exhaustivité.
Si nous réalisons une recherche scientifique, nous ne sommes censés nous référer qu’à des sources validées suivant certaines règles ; si nous faisons une étude sur les réactions probables de l’opinion, une source mensongère, délirante, manipulatrice peut nous intéresser à la fois comme symptôme et comme source possible d’un mouvement d’opinion puissant.

Donc la question est que « vaut » l’information (sous entendu pour moi, dans le cadre de ma veille ou de ma recherche précise) ?


La méthode est très différente de celle que l’on emploie face un livre ou un article que l’on a trouvé sur son rang de bibliothèque et dont l’éditeur, l’aspect, le nombre de notes, l’index, la table des matières, etc.. nous donnent une première idée assez précise avant d’en juger le contenu.

Nous devons opérer toute une série de distinctions qui font ressembler l’évaluation à un travail de géologue ou d’archéologue : il faut distinguer des strates mélangées.

Première question : l’authentification.

Le site est-il bien ce qu’il semble être ? Nous pouvons être parvenus sur un site parodique (qui imite le nom d’une multinationale pour la critiquer ou qui se moque d’un site officiel) ou sur un site qui poursuit une finalité commerciale, voire criminelle (tel le phishing° qui consiste à attirer l’internaute sur un faux site, bancaire par exemple, afin de lui soutirer des informations confidentielles).

 ° Nota : si le sens d'un mot comme phishing vous échappe, n'oubliez pas de consulter le glossaire

Mais la question de l’authenticité peut porter sur : qui dit vraiment quoi ? D’abord une question de statut. Ce texte signé d’X a-t-il été écrit sur et pour ce site ?
Est-il cité ?
Avec ou sans l’accord de l’auteur ?
L’auteur est-il au courant du contexte dans lequel est publié et l’approuve-t-il ?
Est-ce un commentaire dans un forum ? Reflète-t-il l’opinion de l’éditeur du site ?
Le commentaire a-t-il été « modéré », c’est-à-dire reconnu par un administrateur comme digne d’être conservé, même s’il ne l’approuve pas nécessairement ?
une fois encore : qui est auteur, éditeur, lecteur-commentateur ?

La question de l’auteur peut prendre un caractère cauchemardesque dans le cas d’une œuvre collective comme Wikipedia. Comme sur un palimpseste antique il peut y avoir des couches indiscernables d’écriture successives de valeur très différente. Tel contributeur peut obéir à des motivations publicitaires ou militantes, tel autre chercher à régler des comptes. Il peut y avoir de petites guerres à coups d’effacements et de modification.

Certains textes ont été visiblement copiés quelque part (en dépit de la vigilance des administrateurs contre le couper-coller)…, mais si, au contraire, c’était le site qui avait copié Wikipedia ?


Il faut aussi dater (cf. plus haut) :
de quand date ce site, quand a-t-il été modifié ? Son information est-elle fraîche ?
Question secondaire : trouverais-je une information plus récente sous forme papier (le cas n’est pas rare) ?

Suivent des interrogations dans un ordre logique :
Quelle confiance accorder à l’auteur du texte qui m’intéresse ?
Quelle est son expertise ?
Qu’ a-t-il déjà produit sur ce thème ?
Est-il engagé dans un camp ou dans l’autre ?

Et l’éditeur ?
Une institution reconnue qui vérifie ce qu’elle publie ?
Avec un véritable comité scientifique ou éditorial ?
Un groupe engagé ou militant ?
Pourquoi fournit-il cette information, souvent gratuitement ?

Qui décide vraiment de ce qui est publié ?

Ne pas confondre texte et contexte, le contenu et la forme, données et métadonnées.

En clair : il y a d’une part le sens du texte qui m’intéresse et d’autre part tout ce qui l’entoure.
Une information très valable peut être trouvée sur un site mal fichu, difficile à naviguer, esthétiquement peut attirant, utilisant des formats peu commodes. Inversement, la belle maquette, la commodité, la richesse générale, l’agrément, les nombreux renvois, l’aspect « Web 2.0 » d’un site ne laissent rien présumer sur le fond.

Ainsi un site qui renvoie par hyperliens à de très bons sites n’est pas pour autant conforme à nos besoins d’information fiable, authentique, véridique, pertinente… Non seulement, il faut distinguer l’information pure contenue dans le document de tout ce qui l’entoure (des titres, une mise en page, des textes avec lesquels il cohabite, des commentaires, des liens…)

Mais il faut séparer les qualités de mise en forme, d’accès, de traitement de la qualité de l’information elle-même comme on distingue bien la crédibilité de l’auteur et de la source de celle de l’information elle-même.

Après avoir ainsi élagué et attribué (savoir quelle opinion est soutenue par qui et à quel titre), il faut faire d’autres distinctions :
 L’authenticité (le fait que l’information émane bien de qui elle doit émaner) n’est pas sa véracité (le fait qu’elle soit donnée de façon sincère), ni bien sûr sa vérité (le fait qu’elle soit conforme au réel).

Autre distinction importante : la qualité intrinsèque de l’information donc de son contenu (par exemple c’est un scoop, ou elle révèle des facteurs très importants pour l’avenir) n’est pas forcément sa pertinence. Une information est pertinente pour quelqu’un, en fonction d’une certaine recherche orientée.

L’auteur n’est pas la source : il peut refléter une information qu’il a lui-même reçue.
D’où le sempiternel problème de la source primaire :
qui l’a dit en premier et a été repris par les autres ?
Pour s’en convaincre, il suffit de remarquer combien de fois la même phrase, soit exactement, soit légèrement paraphrasée se trouve sur des sites différents.

Qui a été l’initiateur ?
La source est-elle recoupée (confirmée par d’autres sources ?) est elle précise (des faits ou des chiffres que l’on pourrait vérifier ou de jugements généraux) ?
La source est-elle fiable ?
Le fait d’être fiable implique qu’elle est généralement crédible ou s’efforce au maximum de donner des informations qu’elle croit vraies et vérifiées…
 Mais elle n’y parvient pas toujours : on peut être fiable et se tromper.
L’information est-elle nouvelle ?
En quoi fait-elle contraste avec ce que nous savons déjà et avec l’incroyable redondance qui règne sur Internet ?
Est-elle exhaustive ?

Par ailleurs n’oublions pas que pour un veilleur, utilité et qualité de l’information ne sont pas forcément synonymes. Une information fausse peut être traitée comme symptôme : elle nous révèle ce que pense X ou Y, donc peut-être comment il va se comporter, dans quel sens il va se prononcer…

 Tout cela sans oublier la règle d'or : la veille ne cesse jamais. Toute découverte doit amener à reformuler plus finement sa prochaine recherche...




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