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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
La cassette vidéo de ben Laden
Le grand communicateur du jihad revient à l'image

La vidéo de ben Laden, à quelques jours de l'anniversaire du 11 Septembre, bien vivant,, comme nous avions annoncé ici, nous offre un morceau de rhétorique jihadiste typique qui s'inscrit déjà dans une continuité de pratiques médiatiques.

Nombre de commentaires ont retenu que la déclaration (outre la preuve que ben Laden n'est pas mort puisqu'il fait allusion au nouveau premier ministre anglais et à notre nouveau président de la République) pouvait bien annoncer de attentats anniversaires (ce qui ne semble pourtant guère s'incrire dans une logique très islamique).

D'autres détails sont pourtant plus révélateurs. Ben Laden très hiératique, vêtu de blanc et d'or, face à la caméra, semble d'abord abandonner son personnage de guérilléro en treillis crapahutant dans les montagnes pour redevenir l'émir prononçant un discours religieux. Autre détail : il a soigneusement teint sa barbe au henné, l'équivalent d'une peinture de guerre chez les salafistes.

Dès les premiers mots de son prêche, le saoudien rappelle que le Tout Puissant a établi le principe du "œil pou œil et dent pour dent" (dans des déclarations antérieures, il avait même rappelé que les musulmans, et non les juifs, étaient les seuls a appliquer vraiment le principe du Talion, loi divine imprescriptible). C'est donc affirmer deux principes qui justifient le combat d'al Quaïda et de ses organisations associées ou "franchisées" :

- la lutte que nous qualifions de terroriste n'est pas offensive pour un musulman, elle est défensive; elle est menée contre des gens (les juifs et les croisés) qui envahissent des terres d'islam et persécutent de vrais croyants.

- cette lutte s'inscrit dans une logique mimétique de compensation du sang versé : le fait de tuer les ennemis est conforme à une loi à la fois divine et naturelle qui commande de venger les torts subis. À noter au passage : ben Laden est assez généreux dans la définition de ces torts. Il rappelle que les Américains sont responsables du massacre des Indiens et des morts d'Hiroshima et Nagasaki. Ce sont peut-être des crimes mais on peut douter qu'ils aient été dirigés contre les musulmans.

Mais cela a des implications : il faut faire à l'ennemi autant de morts qu'il en a causé dans votre camp. Cette sinistre comptabilité est au moins aussi importante que la finalité stratégique de l'action.

Cette finalité, d'ailleurs, quelle est-elle ?

Ben Laden répond clairement : il faut pratiquer avec les Américians comme avec les Soviétique. Dans son prêche, il compare plusieurs fois G.W. Bush à Brejnev. Comme le Soviétique, le président américain - dont l'émir rappelle soigneusement qu'il agit sous l'influence des néoconservateurs, histoire de prouver sa connaissance de la vie politique aux USA, doit d'abord être humilié. Aveuglé, comme Brejnev, par l'orgueil, GWB mène son peuple à la défaite en Irak comme son prédécesseur en Afghanistan. Ben Laden se fécilite d'ailleurs encore une fois que dix-neuf jeunes musulmans, ceux dui onze septembre, armés de la seule arme de leur foi, aient pu rabaisser l'orgueil de l'hyperpuissance.

Mais le message de ben Laden s'adresse aussi et surtout au peuple américain, et pas seulement pour l'appeler à adopter l'Islam, mais plutôt pour lui faire comprendre l'ampleur de sa défaite, maintenant assurée. Pourquoi les Américains ne veulent-ils pas la paix ? Serait-elle possible avec les Démocrates après les prochaines élections présidentielles ? Le saoudien en doute pour des raisons qui tiennent au système politique américain : mensonges des médias, et influence des grandes compagnies capitalistes sur la classe politique.

L'offre de trêve faite par ben Laden au moment de l'élection présidentielle de 2004 sera-t-elle renouvelllée en 2008 ? Dans tous les cas - peut-être pour concurrencer Zawahiri plus visible depuis quelques temps, il est décidé à s'affirmer comme le chef politique de l'Oumma. Au moment des attentats d'Algérie, et dans un contexte où le jihad recrute sans peine de nouveaux volontaires, c'est un message dont il faut comprendre le sens, même si sa logique triomphaliste échappe totalement à nos catégories.



Voir les anthologies n°1 et n°2 de textes sur le terrorisme.


Voir aussi Ecran/ennemi Terrorismes et guerres de l'information


 Oussama, l'Oumma et le média
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