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Cyberguerre Chine/USA ?
Cyberconflit ou cybermythe

Rififi dans le cyber village : des sources officielles américaines accusent une nouvelle attaquer les réseaux informatiques de la défense américaine. De quoi relancer l’idée d’une cyberguerre par écrans interposés qui pourrait maintenant toucher la France..

Suivant le Financial Times, l’armée populaire de libération chinoise s’est livrée depuis des années à des centaines de cyberattaques contre les réseaux du Pentagone. En Juin dernier, elle aurait réussi à pénétrer jusque dans le bureau de Robert Gates, le Secrétaire américain à la Défense.
Cette affaire fait suite à une autre où les militaires chinois auraient tenté d’introduire des « chevaux de Troie » dans les ordinateurs du gouvernement allemand ce qui aurait fait l’objet d’un incident entre Angela Merkel et le premier ministre chinois Wen Jiabao.

Avec un pareil dossier, il y a de quoi faire des gros titres, et surtout il y a de quoi raviver une vieille inquiétude de la Défense américaine exprimée depuis les années 90 : qu’un Etat voyou formant ses propres spécialistes ou engageant des pirates informatiques n’utilise la toile pour mener des offensives contre les réseaux informatiques dont dépend la sécurité nationale.
Personne ne prétend que l’armée chinoise soit composée de naïfs ou d’enfants de chœur. Il est donc tout à fait vraisemblable que comme toutes les armées du monde, à commencer par celle des Etats Unis, elle s’est dotée de moyens d’attaque et de défense via les réseaux informatiques. Qui plus est, la doctrine militaire chinoise, ou du moins ce que nous en savons à travers le livre La guerre hors limite (traduit chez Payot), préconise justement ce type d’opérations.

Dans une logique héritée de la tradition stratégique de Sun zi et Sun bi, l’armée chinoise recherche l’économie de moyens, surtout par rapport à un adversaire technologiquement suréquipé. Cette force de l’adversaire éventuel, il faut la transformer en faiblesse. C’est pourquoi, la guerre chinoise de demain sera aussi une guerre de l’information, une guerre économique, une guerre électronique, etc.…

Pour résumer : les Chinois ont l’intelligence, la capacité, et la motivation pour le faire. Est-ce la preuve qu’ils l’ont fait ?
D’une part, comment prouver que les attaques contre le Pentagone aient été menées par la Chine ? Quand bien même on pourrait les retracer jusqu’à des ordinateurs sur le territoire chinois, la démonstration laisserait place au doute. D’autre part, si l’on examine d’un peu plus près la nature des terribles cyberattaques, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une pénétration dans un réseau de courriels non protégés réservés aux conseillers politiques du Ministre de la Défense. Dans le cas de l’Allemagne également, les logiciels malicieux que l’on suppose introduits par l’armée chinoise, devaient servir à prélever de l’information, nullement à détruire des mémoires ou des circuits de commandement. Au fond, si l’on peut parler de cyberespionnage, il n’y a là rien qui ressemble à une agression militaire. Une fois de plus, le terme de cyberguerre semble être utilisé comme un constat attrappe- tout, sexy et sans consistance (après tout, pour qu’il y est guerre, il faut au minimum qu’il y ait mort d’hommes et continuité d’une violence organisée).

En revanche, la révélation de ce danger chinois, tombe à pic quelques mois après les accusations lancées contre la Russie qui aurait mené sa propre cyberguerrre contre l’Estonie (en réalité : un déni de service qui avait paralysé des serveurs estoniens pendant quelques heures).
L’armée américaine semble une vivante illustration de l’adage « Tout est clou pour celui qui a un marteau » : elle continue à projeter sur ses adversaires sa propre logique, celle d’une guerre high tech dans la continuité de la "Revolution in Military Affairs" (voir article a href="http://www.huyghe.fr/actu_446.htm">précédent).



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