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Débat télévisé et élections présidentielles

Nos démocraties d’opinion, dans leur principe même, reposent sur la libre confrontation des arguments dans l’espace public et sur la visibilité médiatique des courants d’opinion. Bel idéal : résoudre les affaires communes par la compétition des discours et des arguments aboutissant au consensus au moins majoritaire. Pourtant, les stratégies qui en découlent entraînent des dérives comme la démocratie spectacle, la manipulation ou la logorrhée du commentaire moralisateur … Pour le meilleur ou pour le pire, s’imposer dans le débat – le plus souvent devant les caméras - est devenu « le » critères de sélection de la classe politique.

Le duel final d’entre deux tours durant est le paroxysme de cette tendance, mélange d’argumentation, de personnalisation, de séduction du public et de domination de l’adversaire. Il existe des méthodes pour le décrypter.

Elles s’appliquent bien au-delà du champ politique et électoral. Toute organisation, toute entreprise peut être soumise à un risque d’opinion, interpellée et obligée de se justifier (sur des critères desécurité, de l’éthique, de normes écologiques ou sociétales), confrontée à des rivalités d’influence, appelée à convaincre les parties prenantes de son activité. Elle ne peut plus seulement recourir aux vieilles recettes de la publicité ou de la communication externe ni délivrer un discours optimiste formaté. Elle peut moins encore recourir à l’argument d’autorité ou présenter son expertise comme indiscutable.
 Il s’agit de prouver, d’apaiser, de faire adhérer, de désamorcer. Il s’agit de transformer une mise en cause en éléments positifs, en situation de crise et de confrontation virtuelles.

La compétition se déroule à la fois dans l’ordre de la démonstration pseudo rationnelle (avec appels à « la Science » ou aux « Chiffres »), dans celui de l’émotivité, donc de l’adhésion et du partage affectif, et enfin dans celui des valeurs que chacun mobilisera à son profit. 

L’art de la controverse ou du « communiquer contre » est appelé à se développer (tout en sachant quelles sont les limites de l’agressivité à ne pas dépasser (pour respecter les règles du genre, surtout télévisuel).

Outre la vieille rhétorique - règles pour bien parler et employer des figures de raisonnement et de langage afin de gagner l’assentiment des lecteurs ou auditeurs--, il existe de nombreux outils pour analyser la sémantique du discours le langage du corps des orateurs, l’échange des répliques et la façon dont s’affirme le statut de chacun ; et il ne faut pas se priver d’y recourir. 

Ces deux dimensions – règles théoriques de la persuasion et situations effectives de communication/conflit– ne sont pas les seules. Le medium utilisé, et en particulier la télévision, est régi par des codes propres qui s'interposent entre l’effet recherché par les débatteurs et l’effet éprouvé par des spectateurs. Comme le langage du corps, les codes des plans (pour mémoire, en 1981, Mitterrand avait fait fixer le plans permis ou interdits par écrit pour éviter les surprises d'un plan de coupe ou de foule ravageur).

Enfin et surtout, pour obtenir l’adhésion, il ne suffit pas des règles éternelles du bien argumenter, de la petite phrase qui tue, de la bonne gestuelle ou de la mimique sensée manifester un irrésistible charisme. Il faut comprendre les maîtres mots d’une époque, les valeurs montantes. L’art du débatteur est aussi un art de la traduction : rendre avec l’accent de la nouveauté ou de l’implication, le discours que chacun a le sentiment d’avoir déjà prononcé en son for intérieur. Comprendre les idées dominantes et les idées émergentes d’une société, mais aussi savoir trouver la forme adaptée à ce fonds,
 
Alors, pourquoi ne pas apprendre à repérer les stéréotypes, les techniques de montage, les règles qui président au choix ou au formatage des mots et des images ? Pourquoi ne pas se donner quelques outils ? Pourquoi laisser le monopole de cette connaissance aux marketers, politiques ou pas, aux spin doctors autre professionnels de la séduction souvent désignés par des anglicismes ?

Dès les années 30, des chercheurs américains avaient déjà formé le projet de révéler au citoyen toutes les méthodes par lesquelles la communication publique tente de jouer de ses affects, de ses raisonnements, de sa perception de la réalité,pratique le syllogisme, etc. Donc apprendre au citoyen comment on peut arracher son consentement par des méthodes quasi industrielles. Peut-être une idée à moderniser.

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