huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Droitisation ?
Débat Sarkozy Royal et tendance de fond

Pour poursuivre les remarques préalables sur le duel du 2 Mai, une évidence : il sera largement déterminé par le phénomène de la droitisation de l’électorat français.
Cette « droitisation » se traduit elle-même par plusieurs symptômes :

- La baisse des voix de l’ensemble gauche de gouvernement plus gauche dite anti-libérale, (ou ancienne gauche plurielle plus extrême gauche, si on préfère nommer les choses ainsi). Cela correspond à une tendance lourde qui se traduit depuis des années par une lente érosion du total des voix de gauche. Mais cela n’entraînait pas forcément sa défaite à tous les coups, la division entre la droite et le Front National pouvant donner une majorité adverse ou la sanction des sortants comme lors des dernières municipales.

- La gauche dite anti-libérale est loin – c’est un euphémisme- de ses scores de 2002. Sa division, son incapacité à produire un candidat unique, son besoin d’expliquer des mini-différences (nous nous sommes la vraie extrême-gauche, nous nous somme la vraie gauche courageuse…), tout cela n’a pas aidé. Et les médias non plus qui, après s’être entichés des moustaches de Bové, ne l’ont considéré que comme un élément perturbateur, potentiel responsable d’un « second 21 Avril » dont le spectre mythique aura hanté toute la campagne. Ajoutons à la décharge de ces malheureux, de Buffet à Laguiller, qu’une fois qu’ils avaient répondu aux questions rituelles sur leurs divisions et sur le risque de favoriser l’échec de Ségolène, une fois qu’ils avaient répété le mantra « le vrai vote utile, c’est voter pour ses idées », ils n’avaient plus grand chose à dire sinon de s’indigner des profits scandaleux des entreprises qui licencient. On peut les suivre sur ce point sans être forcément un adepte du trotskisme tendance Pablo… Seul Besancenot a son épingle du jeu, plutôt pour son look Tintin chez les banlieusards, entendez sa capacité de se montrer en situation, à l’écoute de la souffrance des jeunes des Cités. Et certainement pas pour sa fidélité à la pensée de Lev Davidovitch.

- De façon plus générale, cette élection a révélé un contraste étonnant : le parti communiste qui avait le vote d’un Français sur quatre après la Libération, qui a encore un nombre important d’élus locaux, un groupe parlementaire…, courant derrière les trotskistes. La candidate écologiste « de gauche » recueillant un score en proportion inverse du succès de la vulgate écologique incarnée par Hulot. L’alter mondialisme moins important que le mouvement des chasseurs de tourterelles. Bref, il faudra tenir compte du contraste entre le poids électoral de certaines idées et leur influence auprès des élites, dans les médias, et dans tout ce qui est censé représenter la « société civile ».

- D’une certaine façon la baisse du Front National participe du même phénomène. Comparé à 2002, non seulement le FN pâtit de la différence de participation, mais, de plus, il perd un électeur sur cinq au profit de la droite de gouvernement pour qui c’est la meilleure des nouvelles. L’accusation/culpabilisation de lepénisation de l’esprit ou de course derrière l’électorat du FN tient moins bien.

- Cette droitisation est vécue par les observateurs étrangers comme une normalisation de la vie politique dans notre pays et à certains égards comme la fin d’une exception française. Un bipartisme tendanciel (certes encadré par 10% d’extrémistes à chaque bout) avec une droite moderniste oubliant les fantasmes gauliens et une gauche qui finira bien par faire son outing en s’avouant social-démocrate. Voilà bien des raisons pour nos voisins de se rassurer et d’oublier 2002 et le non à la constitution européenne.

- Cette droitisation est aussi un phénomène sémantique . Nombre d’hommes de droite semblent maintenant échapper à leur complexe d'infériorité qui les obligeait à se définir uniquement comme une non-gauche.

Paradoxe : la droite assume sa différence quand cette différence devient moins perceptible. Au risque de justifier tous ceux qui pensent qu'il n'y a qu'une politique possible, celle du moindre mal, et que droite et gauche sont interchangeables...
En effet, le discours de Ségolène Royal aura opéré une rupture avec une tradition qui frappait d’interdit des mots comme autorité, contrainte, patritotisme, effort…, valeurs dont l’ancrage à droite n’est d’ailleurs ni fatal ni de toute éternité. Sarkozy a d’ailleurs assez habilement joué sur le thème « il faut oser le dire… », habillant son discours des vertus de l’anticonformisme et de la rupture avec le politiquement correct.

Avoir réussi à apparaître comme le camp des tabous et de la bien-pensance aura été la pire erreur d’une fraction de la gauche. Tétanisée, elle s’est réduite au rôle de machine à s’indigner ou à dénoncer, dès qu’il était question d’immigration, de criminalité, d’ordre « moral »… Cassandre lasse…
Paradoxe dans le paradoxe, c’est plutôt le discours économique à tonalité de gauche, discréditant, par exemple, les notions de libéralisme et de mondialisation, qui prend.

Pour en revenir au débat, il faut donc compter au nombre des atouts du candidat UMP qu’il aura en quelque sorte la position symboliquement et sémantiquement dominante. Il jouira d’un « droit de nommer » laissant à sa rivale le registre de la dénonciation de sa « brutalité » qui divisera les Français (donc le registre de la critique des moyens). Elle jouera sans doute aussi de la relation (celle qui écoute, la promotrice de la démocratie participative, la mère compatissante mais ferme). Une asymétrie qui pose un problème stratégique inédit.

 Imprimer cette page