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Recrutement jihadiste
La toile fait-elle la guerre sainte ?

Recrutement jihadiste


1- Comment Internet est devenu un espace de recrutement des jihadistes ?

Internet considéré comme réseau international instantané qu’aucun pays ne peut vraiment contrôler constitue un espace idéal d’échange pour des gens dispersés sur toute la planète, qui cherchent à communiquer en échappant à la police ou à la censure, qui mènent leurs actions avec une grande autonomie, mais ont besoin de se rattacher à des flux mondiaux d’informations. La forme même de l’organisation qu’il est convenu d’appeler al Qaïda évoque celle de la toile et sa stratégie (dispersion des forces, convergence des actions) y est adaptée.

Internet remplit donc plusieurs fonctions :
- Faire de la propagande au sens strict (propager ses conceptions, faire rentrer de nouveaux membres dans le cercle des croyants)
- Servir à la messagerie de ce ceux qui sont engagés dans l’action, faire circuler des instructions (encore que nous ayons vu que les vrais responsables d'al Qaïda se méfient des connexions permanentes à Interent et du téléphone GSM trop facilement géolocalisable)
- Former de futurs combattants, leur servir en quelque sorte d’université à distance du terrorisme
- Adresser des messages à l’ennemi (Occident, régimes arabes modérés) pour les défier, par exemple en envoyant des communiqués ou des vidéos d’otages et d’exécutions. Et du même coup, encourager ses sympathisants. Car tous ces discours et images s’adressent aussi au camp des sympathisants que l'on présume, par exemple, ravis de voir périr les traîtres et les alliés des Juifs et des Croisés. Comme les exécutions capitales publiques étaient censées avoir un rôle pédagogique en Occident, il y a quelques siècles.

2- Jusqu'à quel point Internet contribue-t-il à la radicalisation des futurs jihadistes ?

En principe, pour passer à l’acte, faire un attentat ou aller faire le jihad en Irak ou au Pakistan, il faut faire partie physiquement d’un groupe, qui fonctionne souvent comme une secte. Il faut se rencontrer pour écouter des prêches, faire la prière ensemble, discuter et s’organiser. Une fois que l’on est intégré, Internet peut servir à maintenir le lien avec les frères dispersés ou avec les chefs lointains auxquels on a fait allégeance. C’est donc le cocktail communauté concrète plus communauté virtuelle qui est explosif Mais il y a aussi des "loups solitaires" qui s'auto-radicalisent devant leur écran et décident un jour de passer à l'acte comme Shahzad, l'auteur de l'attentat manqué de Time Square..


Par ailleurs, il faut distinguer. Il y a des sites islamistes, parfois virulents, où s’expriment des sympathisants et que les autorités parviennent de temps en temps à fermer en attendant qu’ils se reforment ailleurs. Ils utilisent parfois d’autres langues que l’arabe et sont relativement faciles à trouver par un moteur de recherche. Leur durée de vie n’est pas toujours très longue, mais ils prolifèrent sous des noms comme alekhlaas.com, assabykle.com, albasrah.net, ribaat.org, al-ansar.biz, .ansarnet.ws qui furent connus en leur temps, mais sont maintenant inopérants. Ils disparaissent, renaissent sous un autre nom… qu'on nous dispensera de citer ici. Mais ce ne sont pas à proprement parler les sites des organisations terroristes. On a souvent parlé du « site d’al Qaïda » (al-neda), or pour entrer en contact avec le site d’authentiques organisations terroristes (et pas de leur façade légale), il faut vraiment être initié. Il ne suffit pas de taper un nom sur Google : il faut connaître une vraie adresse URL en chiffres et celle-ci change souvent.
Par ailleurs, il y a des forums où s'expriment des opinions pro-jihadistes et que fréquentaient effectivement certains des solitaires qui ont mené des opérations, généralement vouées à l'échec, au cours des dernières années;
Personne n’est pas à proprement parler recruté « par » ou « sur » Internet. Et ce n’est pas en tombant sur une page Web bien faite que l’on décide de devenir un salafiste pur et dur et de pratiquer le jihad. En revanche pour des individus isolés ayant déjà des sympathies pour la mouvance al-Qaïda, surtout s’ils vivent dans un milieu occidental et laïc, la fréquentation des forums et des sites peut jouer un rôle psychologique important. Ils ne sont plus seuls, ils participent à une communauté, même virtuelle et à distance. Certes, le niveau politique est parfois très bas (et ne parlons pas du niveau de connaissance de l’islam, très primaire), et les propos sont parfois délirants mais ce qui compte c’est le sentiment du lien.
Internet peut aider à créer une bulle informationnelle : on s’isole de tout ce que disent les grands médias (forcément vendus aux Juifs et aux Croisés) pour se retrouver entre soi, s’exalter, se réconforter dans ses nouvelles convictions, se répéter les mêmes choses sans risque d’être contredit. Le terrorisme n’est presque jamais totalement un animal solitaire : il veut avoir le sentiment qu’il fait partie d’un groupe d’élite ou d’avant-garde, des frères, des élus, unis par des liens très forts, un groupe qui, lui-même, représente une entité supérieure, le Peuple, les Exploités, l’Oumma. Sur les forums ou sur les chats, il est facile de se laisser aller à l’escalade des proclamations incendiaires, d’échanger des exemples ou des expériences, de développer une mentalité paranoïaque en se persuadant que les vrais musulmans sont partout persécutés et victimes d’un complot

Le rôle des vidéos est important, et elles sont facilement téléchargeables sur le Net. Les sympahtisants voient en gloire leurs héros qu’ils rêvent d’imiter un jour, et non pas la vision qu’en donnent les médias de leurs pays, souvent assorties d’un commentaire horrifié. Au contraire, pour des jeunes tentés par cet engagement, les images de moudjahiddines exécutant les ennemis, s’entraînant sur fond de musique exaltante ou très ryhtmée, prouvant leur supériorité ou leur courage sont des représentations pédagogiques, des icônes. Elles compensent leurs frustrations dans la vie quotidienne. Sans oublier les cassettes-testaments de futurs kamikazes qui gagnent ainsi la gloire après la mort et peuvent fournir un exemple auquel s’identifieront les futurs jihadistes.

4- Est-ce que les informations disponibles sur le Web peuvent-ils aider les terroristes à acquérir un certain « know how » en matière de fabrication des explosifs et des techniques de perpétrer des attentats ?

Il est relativement facile de trouver (y compris en français) des brochures téléchargeables du type « Comment se préparer au jihad ». Le niveau technique des conseils ainsi prodigués n’est pas très élevé. Des gens plus initiés savent où trouver de la documentation sophistiquée sur les armes, les explosifs, les techniques…
Cela dit, si j’étais jihadiste je n’irais pas faire ma formation sur ce genre de sites ( car comment savoir si un site qui se dit « jihadiste » n’est pas un « pot de miel » destiné à repérer des terroristes ?). En revanche je lirais des brochures d’associations de défenses des droits de l’homme (comme Reporters sans frontières) qui expliquent très bien comment utiliser Internet sans se faire intercepter ou prendre par les autorités (et avec les meilleures intentions du monde, puisqu’elles veulent aider les vrais dissidents à militer contre des dictatures). Par ailleurs, pour ma formation plus militaire (explosifs, poisons, fabrications de fausses identités, techniques pour tuer ou saboter), j’irais plutôt me documenter aux USA. Il est très facile d’y trouver des adresses Internet, des revues et même des éditions qui expliquent en détail l’état de l’art dans toutes « disciplines » sanglantes. Et cela sous la protection du premier amendement de la constitution US, celui qui protège la liberté d’expression.


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