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Cyberespace, infosphère et autres néologismes
À l'occasion d'une intéressante déclaration de Daniel Ventre qui propose de parler d'AEI (affrontement dans l'espace informationnel), revenons sur ces questions de vocabulaire.


L'espace informationnel, si l'on pousse par là, ce serait, plus que le seul cyberespace lié aux techniques informatiques, celui qui serait constitué de toutes nos représentations mentales qu'elles aient une valeur opératoire (un bit d'information dans un logiciel, par exemple) ou symbolique (tout simplement du sens, comme une image qui nous émeut). Dans le second sens, la notion d'espace serait à prendre au sens figuré : il y a bien espace de nos représentations mentales dans la mesure où nous les partageons et, d'une certaine façon, y vivons.


Que l'on parle de cyberguerre ou de guerre de l'information se pose toujours la question : où ? S'il y a bataille, conflit ou affrontement, il faut bien que la confrontation se déroule quelque part et qu'il y ait l'équivalent d'un champ de bataille ou d'une ligne de front. La guerre classique, qui consiste selon l'expression de Ratzel à "promener sa frontière sur le territoire de l'autre" avait toujours un lieu. Et, du reste, elle servait le plus souvent à changer le statut juridique ou le destin historique d'un territoire ou d'une zone de circulation, notamment dans le cas de l'espace maritime. Les nouveaux affrontements se déroulent-ils nulle part, ou en dehors de tout espace physique ?


Ce n'est pas si simple. Ainsi, le cyberespace est-il si immatériel que cela ? En fait, il réunit (ou est à l'interface, si l'on préfère) de trois espaces :


- un espace physique. Il y a bien quelque part des gens qui sont devant des écrans connectés par des câbles et dont le disque dur contient des données : des inscriptions sous forme d'archives mémorielles. Ces gens sont soumis à une législation nationale, vivent quelques part et dépendent de câbles, antennes, fournisseurs d'accès et autres infrastructures qui sont physiquement quelques part.


- un espace sémantique. Internet fonctionne parce que des électrons et des paquets de données vont d'un ordinateur à l'autre, mais surtout parce qu'il existe des liens hypertextes et des systèmes d'adresses. En d'autres termes, sur Internet, nous "circulons" ou nous surfons, mais pas n'importe comment. Nous suivons des indications qui ont un sens pour nous (pour notre cerveau et pour le cerveau électronique que nous utilisons avec ses algorithmes). Ce sens est inscrit dans des signes comme une adresse IP ou une URL qui nous apparaissent à travers des interfaces comme des mots ou des images reliés les uns aux autres. Et c'est grâce à eux et à travers eux que nous pouvons commuter (mettre en relation) et donc communiquer.


- un espace normatif : tout cela obéit à des règles et protocoles.


Le mot cyberespace est formé de la réunion de cybernétique et d’espace (cyberspace = cybernetics + space en anglais) apparaît en 1984 dans un livre de science-fiction, le Neuromancien de William Gibson. Il désigne «une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain».


Depuis, l’expression est entrée dans l’usage et sert à désigner le monde virtuel qui naît de la connexion des ordinateurs du monde entier échangeant des données.

Parallèlement le préfixe « cyber » se décline (cybercommerce, cyberguerre) pour désigner des pratiques liées aux technologies de l’information et de la communication, telle la cyberculture qui désignerait à la fois les productions intellectuelles rendues possibles par ces nouvelles technologies et le rapport que nous entretenons avec elles (intelligence collective, navigation dans le cyberespace…) ou encore la cyberdémocratie (expresssion à préciser puisqu’elle recouvre suivant les interlocuteurs des pratiques politiques facilités par le Net, comme le fati d’ouvrir un blog ou un forum, et d’autre part des procédures de décision politique comme le vote par Internet, tel que le pratiquent les Estoniens).

Le cyberespace nous semble tel dans la mesure où nous avons l’’impression de nous déplacer «dans» l’information, par exemple en cliquant sur un lien hypertexte qui nous enverra du site A au site B suivant une logique sémantique (quelqu’un a créé ce lien sur ce mot, parce qu’il pense qu’il est logique qu’il renvoie à cette page de ce site). Il en va de même en participant à un jeu électronique où nous déplaçons un personnage : il va dans plusieurs directions et y rencontre choses et événements nouveaux. Bref, tout se passe comme si nous nous projetions hors de nous dans l’espace-temps de la réalité virtuelle. Le cyberespace est à la fois celui des signaux électroniques circulant physiquement entre des ordinateurs et l’espace mathématique traduit en images sur notre écran.

Le tout représente à la fois la masse étonnante et en croissance des connaissances humaines mais aussi une structure particulière où tout est relié à tout, puisque les informations se renvoient les unes aux autres. Certes, on navigue, on se déplace, on atteint, on va à…, mais selon des modes de mouvement purement sémantiques (c’est à-dire déterminée par le sens de l’information) et nullement en fonction d’une distance physique, d’un lieu d’archivage ou un durée plus ou moins importante de transport. En apparence du moins, car les paquets di’nformations que nous envoyons passent par des canaux physiques, supposent des bandes passantese plus ou moins larges, des fournissseurs d’accès plus ou moisn coûteux, des machines plus ou moins puissantes. Bref, tous les petits détails idiots que l’on redécouvre soudainement quand on la malchance d’être du mauvais côté du fossé numérique. Mais pour le pratiquant qui est doté du côté des nantis technologiques, il est difficile de ne pas croire s’enfoncer dans un espace sans frontière puisque son domaine total s’accroît à chaque seconde grâce de nouvelles créations humaines. Entretenant des relations entre elles (par exemple des hyperliens), celles-ci ne cessentde faire reculer la frontière (ou la superficie de la « sphère ») et de créer de nouveaux chemins, de nouveaux rapports du proche et du lointain. Du coup, dans le cyberespace une carte (qui indique où est quoi) nous est bien moins utilt qu’un portulan (qui indique dans quelles direction aller pour parvenir où).

La notion de cyberespace se confond largement avec Internet, réseau de réseaux informatiques reposant sur le même protocole de communication (TCP/IP) avec le World Wide qui lui-même n’est qu’une partie d’Internet. Dans la pratique on emploie aussi l’expression « la Toile » ou « le Web » pour désigner indifféremment Internet lui-même (même si, en principe, ces expressions devraient être réservées au WWW, c’est-à-dire uniquement au système hypertexte permettant d’atteindre des sites et des pages via des hyperliens).

Certains emploient le terme d’infosphère. Ce serait la "sphère virtuelle des contenus numérisés issue de l’interconnexion de l’informatique, des télécommunications et des médias" selon le commissariat au Plan. D’autres étendent la notion au-delà du numérique pour désigner l’univers créé par l’ensemble des documents produits par les hommes. Cela recouvrirait la totalité des productions de l’esprit de notre espèce formulées de façon à les rendre communicables donc partageables par d’autres.

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