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Cruautés médiatiques
Bécassine contre Iznogoud

Les médias vont-ils brûler celle qu'ils ont adorée ? L'icône virer caricature ? Le marketing de la politique échouer à compenser les bourdes du "produit" ? Sarko-Iznogoud doit-il se réjouir de voir ainsi Ségolène transformée en Bécassine ? Derniers rebondissements de la politique spectacle.


Le marketing politique fonctionne-t-il à tous les coups ? Beaucoup ne le croient plus qui, hier, cédaient à ses sirènes. Hier peopleisée, iconisée, célébrée, Ségolène Royal allait de débat participatif en surf blogosphérique, de séance de pose en écoute spectacle. Tout rappelait son image de marque : elle était celle qui s’intéresse à vous, celle qui vous donne la parole, celle qui compatit. Branchée, de surcroît elle plaisait autant aux pratiquants du Web 2.0 qu’aux lecteurs de Voila.

Elle était à la fois différente des « autres » (la classe politique, les gens d’en haut, les hommes en général) et capable d’incarner tous les « mêmes » (les vrais gens qui ont de vrais problèmes et de vraies demandes). Pour le reste, sa féminitude valait certitude
Et puis… Voici qu’un spectre hante la campagne, celui du ridicule. Quelques bourdes, quelques énervements… Et ils se produit le pire pour elle (du moins le pire dans ce pays où il est bien connu que le ridicule tue) : Royal fait rire. L’UMP qui essayait de faire passer en vain l’argument de sa « vacuité » ou de la comparer à un pot de yogourt vendu par la publicité se frotte les mains.

L’angle est trouvé : il suffira dans un premier temps de laisser Petite Princesse se transformer en Grosse Bécassine. Voyez, par exemple, le clip anti-ségolène qui circulent sur le Net : ce sont de simples montages « cut » de la candidate qui ont pour fonction de la laisser ses planter toute seule. Second temps, l’argument de la « vraie » Ségolène qui serait autoritaire, agressive, individualiste, incapable de supporter la contradiction. On peut , par exemple, imaginer que, dans les débats face-à-face, ses opposants recourront à la vieille tactique : énerver, la laisser montrer un tout autre visage, dur et méchant, que celui qu’ele tente de construire. Il est bien connu qu’à la télévision, medium froid, c’est le plus agressif qui perd. Ce qui ne veut pas dire que la tactique « bisque, bisque, rage… » fonctionne à tous les coups : Laurent Fabius l’avait tentée en 1985 contre Jacques Chirac et avait récolté l’effet inverse.

Nombre de commentateurs qui avaient célébré la « nouveauté » de la candidate et célébré l’originalité de sa démarche se demandent maintenant si elle tiendra, si elle a les nerfs, si – o surprise – les Français ne sont pas lassés de ce duel trop annoncé. Même les photos commencent à être cruelles pour la belle : on y voit la commissure de ses lèvres qui descend, la lassitude qui monte. Curieux retournement des médias dont elle n’a pas le monopole. José Bové qui fut en son temps une icône et dont on recueillait le moindre mot mâchonné enter pipe et moustache n’intéresse plus guère les caméras.

Et Sarkozy ? Il n’est pas inintéressant de comparer le clip anti-Sego au clip anti-Sarko qui circule également sur la Toile. On y voit sur fond de musique très rythmée, des images de répression policière, montés sur des déclarations du candidat affirmant sa fermeté, sa volonté d’aller jusqu’au bout… Là aussi l’angle d’attaque n’est pas difficile à comprendre. Sarkozy est « dur » : c’est un flic brutal et manipulateur, favorable aux riches, aux communautarismes, aux profits, bushiste, va-t-en-guerre…. Il fait peur. Ce n’est pas nouveau non plus.

Et c’est probablement là le défaut de cette stratégie : qui peut-elle convaincre qui ne le soit déjà ? qui découvrira soudain que Sarkozy est ambitieux, répressif, etc ? Au contraire, le candidat de l’Ump a un longue pratique. Les gaffes qu’il devait faire, les mots « lourds » qu’il devait prononcer (Karcher, racaille…), il les a déjà prononcés. Il ne lui reste plus qu’à jouer l’adoucissement de son image, son « humanisation ». C’est un grand avantage que d’avoir pris des coups et d’avoir eu à se relever plusieurs fois. C’est Iznogoud, et alors ?

Dans une campagne électorale qui s’américanise par l’utilisation de la publicité négative et où il s’agit davantage de décrédibiliser l’autre que de faire des propositions, c’est un atout. Mais que vaudra-t-il dans une campagne où une seule chose est certaine : l’incertitude.

Voir sur le marketing politique :

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Voir aussi journalisme citoyen, publicité négative ,sondages, sondagitation

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