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Asymétrie
ASYMÉTRIE

Cette notion s’emploie en biologie, en logique, voire en économie (l’asymétrie d’information entre vendeur et acheteur). Elle nous intéresse ici au sens stratégique acquis dans la décennie 1990. L’asymétrie ne se confond pas avec la dissymétrie, simple disproportion des forces ou des qualités entre deux acteurs. Dans le conflit asymétrique, les adversaires n’ont ni le même statut, ni les mêmes critères de victoire ou de défaite, ni les mêmes règles et méthodes, ni n’emploient les mêmes moyens, en particulier technologiques, bref ils n’ont rien de comparable. Le concept s’oppose surtout à la notion de guerre «conventionnelle» présumée symétrique (État contre État, armées contre armées, objectifs politiques contre objectifs politiques).

Terrorismes, guérillas, désordres mafieux (suscitant par exemple une « guerre à la drogue » jamais gagnée), conflits dans les zones de non-droit…, sont asymétriques. Ils opposent un «fort », généralement les États-Unis ou des États incarnant la mondialisation et la modernité, à des faibles qui n’ont aucune chance de l’emporter de façon classique. Dans une confrontation forces contre forces, armées contre armées, économie contre économie, ils auraient vite perdu.
En revanche, le faible est capable d’infliger au fort un dommage en atteinte à son image ou à son moral, d’humiliation symbolique ou de désordre contagieux. Il ne « gagne » pas quelque chose (comme un territoire ou un marché) mais inflige une perte insupportable sur un autre terrain. Sa victoire consiste à ne pas perdre face à un adversaire dont il use les forces (y compris ces forces morales) et réduit les soutiens jusqu’au point où il abandonnera. La durée est une dimension fondamentale du conflit asymétrique : tant qu’il n’a pas disparu – ou tant que son existence n’est pas oubliée, le faible n’a pas perdu. Et, tant qu'il n'a pas consenti à poser les armes (et pour cause : il n'y a plus de souverain pour lui dire que la paix est signée et que l'on rentre chez soi) la lutte continue.
Une stratégie asymétrique peut être violente et hyper ostensible : c’est le cas des décapitations d’otages filmées. Mais elle peut tout aussi bien consister dans l’exhibition de sa faiblesse (une victime, un enfant face à un tank), voire en recours à la non-violence. L’asymétrie est autant de l’ordre de l’information que de celui des forces. Ainsi, le terrorisme est par définition le fait d’organisations secrètes (si elles sont visibles en permanence, cela devient une révolution ou une guérilla) qui combattent des adversaires visibles.

Le principe de stratégie asymétrique tend plus à devenir la règle que l’exception ; il suppose un double paradoxe. Sur le plan militaire, il fait de la supériorité matérielle un handicap politique et psychologique : à quoi sert d’avoir des missiles intelligents ou des satellites pour traquer un kamikaze dans un autobus ? Dans le domaine des conflits idéologiques ou politiques ce sont les symboles mêmes chers aux partisans de la mondialisation heureuse qui deviennent des armes asymétriques au service de ses adversaires : les nouvelles technologies, les réseaux, les images sans frontières...
Nos hommes politiques ne cessent de nous dire que nous sommes en guerre avec le terrorisme, mais qu'il ne faut pas risquer une guerre de religion d'autres que des forces obscures nous incitent à la guerre civile, le tout pendant que nos avions bombardent des pays avec lesquels nous ne sommes ps et n guerre et que nous subissons une guerre sainte qui, paraît-il, n'a rien à voir avec la religion, il nous semble en effet soit que la bonne vieille guerre symétrique (celle qui aboutissait à une paix) est obsolète, soit nous devrions nous demander ce que sont devenues la guerre et la victoire. Mais ceci fera l'objet d'un prochain numéro de Médium

La citation : J. Baud « L’une des particularités essentielles de la guerre asymétrique est qu’elle n’est pas basée sur la recherche de la supériorité, mais sur la conversion de la supériorité de l’adversaire en faiblesse ».

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