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Petite guerre des images au PS
Ségolène attaquée par des pirates numériques

L’affaire de la « cassette Royal » n’est pas le drame du siècle.

Au départ des faits très simples : la candidate tient une réunion interne à Angers. Elle s’indigne que des enseignants de collège trouvent le temps d’aller faire du soutien scolaire payé dans le privé. Elle envisage même de rendre obligatoire leur présence dans l’établissement pendant les 35 heures qu’ils sont censés faire. Prudente, Ségolène Royal ajoute qu’il faudra rester discret sur ce projet.

On la comprend : c’est typiquement le genre de discours qui peut vous faire gagner un taux d’approbation de 60% dans un sondage mais qui fait réagir le mammouth de l’Éducation Nationale. Et qui déclencherait une grève si un ministre, de droite ou de gauche, ébauchait l’ombre du projet de l’idée d’en étudier l’éventualité de l’application…

Or quelqu’un tourne avec une caméra numérique et a tout enregistré. Bien entendu ce quelqu’un ou quelqu’un qui connaît ce quelqu’un et qui a récupéré une copie la met en ligne. Par un phénomène de contamination bien connu sur Internet, en quelques heures le document est partout, il est facilement accessible par n’importe quel moteur de recherche. Les médias « classiques » courent derrière les « news » sur la Toile, ils sont obligés de signaler et de commenter la chose. La spirale est lancée : plus on en parle, plus cela devient un événement, plus c’est un événement, plus il faut en parler. La synergie des anciens plus nouveaux médias, renforce l’effet mimétique d’emballement typique du micro-milieu journalistique.

On se souvient qu’en Hongrie, une cassette où le chef du gouvernement avouait assez cyniquement son échec et ses mensonges au cours une réunion de son parti subit le même sort. Les images furent bientôt diffusées et cela provoqua ce que les médias qualifièrent d’émeutes d’extrême droite.
Ce ne sont que quelques exemples parmi les nombreuses cassettes « scandaleuses » ou révélatrices qui circulent sur Internet (avant d’être souvent reprises ou signalées par les grands médias).

Il est difficile de savoir si cette petite opération de guerre de l’information déstabilisera vraiment Ségolène. Ce qu’elle perdra auprès des militants – il est vrai très nombreux – issus de la fonction publique et persuadés qu’elle est une mère fouettard populiste, elle risque de le regagner en renforçant son image très cathodique de l’éternelle victime du complot des éléphants. En attendant, elle est obligée de nuancer ses propos (on a fait un montage, ce n’est pas vraiment ce qu’elle voulait dire…). Semi-démenti embarrassé qui fait suite à plusieurs autres « explications » sur le recours à l’armée, les jurys populaires, l’entrée de la Turquie (sujet sur lequel la candidate avait dit qu’elle serait de l’avis des Français), le nucléaire civil iranien.
Passer son temps à commenter ses propres propos et à affirmer que l’on n’a pas vraiment voulu dire ce que les gens ont entendu n’est pas forcément une bonne stratégie pour une future présidente.

Cet incident aura servi à rappeler quelques vérités :

- À l’ère numérique, tout est traçable. Il y a toujours une caméra qui tourne, un micro, un appareil photo dans un téléphone de troisième génération. Et les enregistrements circulent qu’ils s’agisse des photos des sévices à Abou Graibh ou d’une simple déclaration maladroite.

- Chacun devient journaliste. Ce peut être une excellente chose quand des citoyens parviennent à faire connaître des scandales qui auraient pu être dissimulés en d’autres temps, ou quand des dissidents emploient la technologie pour vaincre la censure. Mais cela signifie que chacun peut devenir journaliste à scandale et que les rumeurs ou les opérations de déstabilisation sont énormément facilités.

- La peoplisation de la vie politique, réduite à des compétitions d’images sympas, compétente, ouverte, moderne…, amène les mœurs de la presse people dans le débat politique. La machine infernale que nous avons décrite – développement du marketing politique plus facilités techniques de mener sa propre guerre de l’information – tourne à plein régime.

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