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Patriotisme et intelligence économiques
L’intelligence économique fut longtemps vue comme une activité pour anciens des services en préretraite (ou pour jeunes ayant des problèmes de testostérones et aspirant à le devenir). On décréta ensuite qu’elle était l’alibi de souverainistes grincheux, incapables de comprendre la mondialisation.

Il est donc assez significatif de voir un ministre socialiste, Arnaud Montebourg, employer sans complexe cette. notion longtemps réputée suspecte.

Le député Carayon, en commençant son rapport intitulé de 2006 « À armes égales », Carayon annonçait qu’il n’emploierait plus deux locutions que leur usage a déformés et donné des connotations négatives : « patriotisme économique » et « politique industrielle ». C’était une sage décision pour éviter polémiques et mésinterprétations, mais c’est le symptôme d’une singulière évolution sémantique : en particulier pour patriotisme économique, une expression que Bernard Carayon avait pourtant lancée lui-même.

À l'époque, D. de Villepin soulignait plusieurs fois :
- qu’il importait de renforcer l’indépendance de nos entreprises et de les protéger contre des actions hostiles
- de mieux contrôler les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques
- d'appliquer le principe de réciprocité et éventuellement opposer à des OPA hostiles des défenses aussi fortes que dans le pays d’où elles émanent
- de freiner la dispersion de l’actionnariat français en encourageant l’actionnariat des salariés et en faisant éventuellement intervenir des institutions financières.

Quand on songe aux très puissants moyens de protection dont se dotent les USA, pourtant réputés Mecque du libéralisme, pour les secteurs et exportations stratégiques et en matière d’investissement étranger, il n’y avait là rien de très scandaleux.

Et les déclarations d'Arnaud Montebourg au salon Planète PME, organisé par la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) sur l'entraide patriotique en particulier entre PME (un patriotisme qui serait "dans lAdn" des entrepreneurs français de la grande tradition) vont-elles à leur tour susciter une levée de boucliers ?

La discussion sur le patriotisme économique s’est longtemps centrée sur la question de la nationalité du capital dans notre pays dont les citoyens sont les plus grands épargnants du monde, mais qui est aussi le premier pays d’accueil pour les Investissements Directs à l’Étranger. On répétati que 40% du Cac 40 appartient à des investisseurs étrangers et qu’un salarié sur sept travaillait depuis 2003 pour une filiale d’un groupe étranger


Arguments employés par les libéraux : le patriotisme économique est contraire à la compétitivité qui est stimulée par la mondialisation et qui profite à long terme à notre économie. Notre image et notre propre capacité d’investir à l’étranger en pâtiraient par rétorsion. Or, notre pays rachète lui-même à l’étranger. Enfin, achèvent-ils, les entreprises qui subissent de telles OPA ne sont pas forcément délocalisées et ne voient pas nécessairement leur personnel davantage réduit que si elles restaient française : les avantages de productivité généralement constatés (sans parler des bénéfices des actionnaires vendeurs qui font souvent une bonne affaire) compensent largement cela..

Il faudra un jour s’interroger sur la particularité qui fait que la France est le seul pays qui se pose en termes éthiques la question de la défense de ses intérêts, ce qui ne semble pas être le cas de l’Espagne, du Royaume-Uni, de l'Allemagne sans parler des États-Unis (Unocal) un pays qui contrôle strictement l’introduction de capitaux étrangers dans les secteurs stratégiques, l’exportation de matériel stratégique, etc. La bonne réponse serait-elle celle que formulait Zaïki Laidi, professeur à Sciences- Po : "Le patriotisme économique, il faut le pratiquer mais pas trop en parler " ?

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