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Duels télévisés au PS
Tribunaux cathodiques

Les courants du PS se sont mis d’accord sur une procédure «à l’américaine» pour choisir leur candidat aux élections présidentielles : six débats, trois devant les militants, trois télévisés sur les chaînes parlementaires. Il est désormais établi que dans le parti de Jaurès aussi seul le ou la plus télégénique peut l’emporter et qu’une joute cathodique doit décider du sort d’une Nation. Les « TSS » (Tout Sauf Ségolène) se réjouissent déjà : elle s’énervera, disent-ils, et perdra en quelques minutes le bénéfice de mois de sondages favorables. Ils devraient se souvenir qu’en 1985, Fabius persuadé qu’il ferait perdre son calme à Chirac finit par jouer les arroseures arrosés. L’idée que, dans un affrontement de ce type, le moins agressif ou le plus roublard l’emporte mériterait d’être nuancée.

Le thème du débat final n’est pas nouveau (une petite phrase assassine, un plan serré, un chiffre sorti à bon escient, et hop, on gagne l’élection). En laissant pour le moment toute réflexion morale sur une démocratie dont le sort dépend d’un éclairage, d’une réplique ou du talent d’un conseiller en communication ou « media trainer », rappelons simplement que c’est un mythe répété par habitude.

Il est né en 1962 quand Kennedy l’emporta d’une courte tête face à Nixon, grâce, selon certains, à une meilleure prestation dans un duel télévisé. Ce cas d’école que nous avons analysé ici s’est reproduit en France lors du premier débat télévisé entre les deux finalistes d’une élection présidentielle. Le fameux duel Giscard/Mitterand de 1974 (alors que le second était le favori des sondages) fit penser que VGE avait gagné grâce à des phrases restées historiques comme « Vous n’avez pas le monopole du cœur » ou « Vous êtes l’homme du passé ». Giscard lui-même se disait persuadé d’avoir déplacé les 500.000 voix de la victoire ce soir-là.

Et comme, en 1981, au cours du match revanche, Mitterand lui rendit la pareille en s’imposant comme le dominant au sens presque éthologique et en faisant quasiment intérioriser sa défaite au Président sortant, il était désormais acquis que le face-à-face télévisé était à la fois indispensable et décisif. Par la suite, les duels Chirac Giscard, Chirac Jospin et l’absence de duel Chirac Le Pen n’illustrèrent pas vraiment cette règle.

Il est vraisemblable – même s’il sera toujours impossible de le prouver scientifiquement – que les débats télévisés puissent conférer l’avantage marginal qui fait gagner une élection, dans des situations très serrées.

En revanche il n’est pas sérieux de mettre en formules l’alchimie d’un « prestation gagnante » (capacité de mettre l’adversaire en difficulté, d’apparaître comme compétent, sincère, ouvert, aptitude à mener le débat sur son terrain, à apparaître position de force,…).

Surtout, la façon de mener un débat doit s’inscrire dans la continuité par rapport à une stratégie d’image construite sur la durée.
Le style de Kennedy dans le débat de 62 était cohérente avec celui de sa campagne antérieure (l’homme neuf contre «Tricky Dicky»), Les genre un peu premier de la classe et gendre idéal de VGE en 1974 correspondait bien à l’esprit de ces années-là. Le Mitterand devenu « une bête de médias » en un septennat devait beaucoup à une véritable réflexion sur l’image menée par son conseiller Serge Moati. Pour ne donner qu’un exemple, Mitterand avait imposé des conditions très précises avant d’accepter le débat de 81 (pas de plan de coupe, choix des plans autorisés, de l’éclairage, de la distance entre les protagonistes, choix des journalistes animant le débat…), conditions qui montraient une réflexion sur ses atouts et sur les forces et faiblesses de son rival (à la fois capable de répliques cinglantes dans un échange serré, mais finissant par incarner en un septennat un discours « professoral ».

Nous suivrons avec attention et commenterons ici ces futurs duels, mais une chose est déjà acquise : dans un contexte où le comportement de l’électorat est devenu aussi imprévisible (voir le 21 Avril 2002 ou le non à la constitution européenne), un unique moment de spectacle ne fera ou ne défera pas le sort de la bataille. C'est vrai pour la désignation du candidat du PS, comme poure le second tour de l'élection présidentielle.
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