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La désignation de l'ennemi après le 11 Septembre
Savoir qui l'on combat

Qui est l’ennemi ? Les commémorations du 11 Septembre mènent aux rituelles invocations à la combattre. Mais à combattre qui ? Al Quaïda bien sûr. Mais il est de moins en moins certain que cette dénomination (qui s’est imposée par un enchaînement de circonstances et qui n’a jamais été choisie par ben Laden et les siens) éclaire grand chose.

La question de la désignation de l’ennemi est fondamentale dans toute guerre, dans celle-là plus que tout autre. Or les Etats-Unis sont visiblement embarrassés par la question sémantique.eux qui mènent une « Guerre globale au terrorisme » (terminologie qui n’explique rien : on ne fait pas la guerre à la Blietzkrieg ou aux attentats). Sans compter tous les autres termes qu’ils ont tenté d’y substituer (y compris le grotesque « lutte globale contre l’extrémisme violent »).

Les USA font-ils la guere à al Quaïda ?

Certains experts soutiennent qu’al Quaïda n’existe pas, d’autres que c’est une nébuleuse, un réseau informel dont les cellules coopèrent certes, mais agissent de façon autonome. Les enquêtes sur les « grands » attentats de Madrid et de Londres ont montré que leurs auteurs n’avaient guère plus de liens avec une entité du nom d’al Quaïda si ce n’est leur sympathie pour ses objectifs. Par ailleurs, peut-on soutenir sérieusement que les mouvements armés tchétchène, le GIA algérien ou les frères musulmans qui ont été fondés quand ben Laden n’était pas né font partie d’al Quaïda ou s’y sont intégrés ?
Et puis, peut-on soutenir que toutes les puissances du monde développé font la guerre à une organisation non étatique ?

Faut-il nommer l’idéologie qui les anime ?

Faut-il dire que l’ennemi est « l’islamisme » ? Certains néo-conservateurs n’y répugnent pas, mais les plus diplomates considèrent que l’on pourrait bien entendre Islam pour islamisme et que ce n’est pas une façon habile de gagner les cœurs et les esprits des musulmans. Le vocable « radicalisme islamiste » est également employé ainsi que « islamisme nihiliste » (un absurdité évidente : ces gens ne se battent pas pour détruire l’ordre établi, mais au nom de valeurs positives et pour établir le règne de Dieu sur terre)

Plus récemment une mode s’est répandue outre-Atlantique qui consiste à dénoncer l’ « islamo-fascisme » (même G.W. Buhs emploie cette expression dans ses discours, y incluant les mollahs et Ahmadinejad.
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Le terme n’est pas moins contradictoire que le précédent :
- le califat régi par le charia tel qu’en rêve ben Laden a assez peu de rapports avec le projet de la grande « Italie prolétarienne et fasciste » de Benito Mussolini, avec ses faisceaux et corporations..
- les régimes fascistes, dont le but n’est jamais de créer une théocratie, sont généralement athées, même si certains se sont appuyés sur l’église pour des raisons tactiques
- dans le monde arabe, les seuls partis qui se soient inspirés du fascisme européen (Baas, Kataeb) sont ouvertement laïcs
- qui dit fascisme, dit nationalisme, une notion qui fait horreur aux jihadistes pour qui seule compte l’Oumma sans frontières..

Enfin faire remarquer que les propos des extrémistes musulmans sur les Juifs n’ont rien à envier à ceux des nazis (en oubliant qu’il existe des fascismes totalement indifférents à la question raciale), c’est à peu près aussi intelligent que de faire remarquer que de Gaulle était anticommuniste comme Pinochet ou Fabius anti-libéral comme Pol Pot.
De plus ces termes valises tendent à confondre les groupes armés salafistes avec l’Iran chiite (et pourquoi pas avec la Corée ?)

Revenons-en au départ : qui sont les principaux adversaires des USA ?
Dans la pratique, nous rencontrons trois types de groupes professant globalement la même idéologie, (souvent inspirée des textes de l’extrémiste salafiste Sayyid Qutb) se disant en état de jihad, et combattant objectivement les mêmes adversaires (USA et leurs régimes alliés au proche Orient, Israël, Europe) par des moyens similaires :

- Une élite dont une grande partie a été entraînée un moment en Afghanistan, qui est en contact direct avec ben Laden et Zawahiri, qui leur a fait allégeance et qui accomplit des missions internationales, comme les auteurs des attentats de Monbaza ou de New York et qui voir son combat comme planétaire
- Des groupes comme ceux de Madrid ou de Londres, des gens qui vivent en Occident depuis longtemps ou y sont nés, qui décident un jour de frapper un grand coup contre leur pays d’accueil qu’ils considèrent comme complice de la persécution des musulmans dans le monde
- Des groupes qui soit sont enracinés en Palestine, en Irak, en Indonésie, en Tchétchénie ou ailleurs … soit sont composés des membres de sortes de « brigades internationales » qui viennent rejoindre les premiers. Ils luttent pour un territoire précis dont ils réclament la libération de ses occupants étrangers ou pour y imposer la Charia. Ils recourent à l’attentat entre autres moyens mais envisagent un jour d’établir un gouvernement islamiste.

Les frontières entre les trois catégories ne sont pas étanches. Ils ne sont pas tous forcément salafistes (même si tous sont sunnites) mais, adossés à une masse de sympathisants mal évaluée,, ils ont en commun :
- D’attendre sinon un califat universel et le propagation de l’Oumma à la terre entière, du moins à l’établissement de pouvoirs islamistes, c’est-à-dire au remplacement de la loi des hommes (même établie de la façon la plus démocratique) par la loi de Dieu
- de se croire en légitime défense, d’être convaincus que le complot des sionistes et des occidentaux vise à l’extermination de tous les musulmans, au vol de leur terre…
- d’être donc persuadés d’être soumis à l’obligation religieuse de jihad
- de considérer tout musulman qui ne se plie pas à cette obligation comme apostat
- d’être prêts au moins en principe à donner leur vie dans la lutte
- d’en attendre une récompense céleste, même s’ils n’emportent pas de victoire terrestre : le jihad porte en lui-même sa propre récompense.

Quant à nous, nous avons choisi d’appeler ces gens tout simplement « jihadistes » et non « islamistes » (un islamiste veut l’établissement d’un État basé sur le Coran, mais n’est pas forcément entré en lutte armée), ni « terroristes » (le terrorisme est un moyen de combat pas une idéologie ou un programme politique). Après tout, n'est-ce pas ainsi qu'ils se désignent eux mêmes ? Là encore il faut prendre les mots au sérieux.





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