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Code et code secret
Le mot code a un sens normatif : l’ensemble des règles à respecter, des principes généraux s’appliquant à des situations particulières. Au sens linguistique, ou plutôt sémiologique qui considère la langue comme un code parmi les autres, c’est un système de correspondance entre le « quoi » (ce qui doit être dit ou représenté, ce dont il est question) et le « avec quoi » (l’ensemble des signes disponibles, forcément en nombre restreint et qui permettent d’exprimer, par exemple les lettres de l’alphabet ou les mots d’une langue). Le code, ensemble de règles et procédures, est destiné à convertir de l’information sous une autre forme qui la rend transmissible, enregistrable, voire transportable. L’information ne peut nous être accessible que codée : succession de lettres ou autres signaux, variations de sons, images…

Le code est par excellence destiné à produire plus : plus d’information, plus de mémoire, plus de compréhension avec moins de signes. Il instaure un ordre entre des éléments physiques, sons, couleurs, figures et, par là, engendre des effets intellectuels de sens. Le code réutilise les mêmes signes suivant les mêmes règles afin de rendre une multiplicité de sens : il est l’invariant qui permet toutes ses variations. Les principes généraux et universels de la langue permettent à chacun de composer son propre discours. D’où ce phénomène bizarre : avec vingt-six lettres nous pouvons exprimer tout ce qu’un être humain est capable de dire et sans doute de penser et de ressentir. Est-ce plus étonnant que de penser que le code génétique, qui, lui, combine un certain nombre de protéines, produit l’infinie diversité des êtres humains à partir de quelques « séquences », de plus en plus déchiffrables ?

Le code est donc régi par un principe d’économie : il requiert un répertoire d’éléments en nombre fini plus une combinatoire qui en détermine les relations. Toute communication suppose un code, qui garantit que le destinataire interprète à peu près comme l’émetteur, mais elle suppose aussi un support (une feuille de papier, un disque dur, une pellicule…) et un vecteur qui transmet.

Toutes ces notions terriblement abstraites prennent un sens particulier depuis que nous sommes entourés de machines employant le code numérique : le fait que toutes sortes d’informations – texte, musique, images animées, données mathématiques, algorithmes de logiciels, eux-mêmes déjà organisés par leur propre code – puissent être transposées en bits informatiques représente un bouleversement technologique. Le code numérique est en quelque sorte l’utlra-code : celui sous le forme de qui peuvent se traduire tous les autres, les codes linguistiques ou mathématiques, par exemple. Et c’est le plus simple : il est binaire, « digital » disent certains.

Sans ce système d’encodage à deux options (oui/non, le courant passe ou ne passe pas) l’information ne pourrait être ni traitée, ni mémorisée, ni dupliquée, ni transportée de la même façon.

Pourtant, la prédominance du code numérique tend à faire oublier qu’il s’agit quand même d’opérations matérielles. On peut longuement disserter sur l’économie de l’immatériel ou sur la culture du virtuel, encore faut-il se rappeler que, pour fonctionner, tout cela suppose en amont des disques durs, des machines, des usines, des câbles, des infrastructures… Une permanence que l’on réalise très bien dès que l’on est dans un pays où tout le monde n’a pas accès à l’électricité. L’expérience relativise beaucoup de promesses de la révolution de l’information.

Il est un cas très particulier de code totalement arbitraire et conventionnel, mais dont la fonction n’est pas de mieux communiquer. C’est le code secret.

Un code secret est d’abord destiné à conserver contre tout tiers non autorisé la confidentialité d’un message. Celui-ci est traité de telle façon que seul puisse le comprendre celui qui en possède la clef, c’est-à-dire la règle conventionnelle de transposition permettant de passer de la langue naturelle à une forme cryptée apparemment incompréhensible et vice-versa. Dès l’Antiquité les militaires, les diplomates, les espions ont imaginé des systèmes d’alphabet secret ou de brouillage et substitution des lettres dans ce but.

Dans le code secret, le système de transposition (qu’il s’agisse d’un alphabet secret à clef ou d’un logiciel de cryptologie très complexe) est destiné à faire apparaître le message crypté comme le plus aléatoire possible : rien ne doit, par exemple, permettre de remonter de la fréquence d’un signe dans le texte codé à sa fréquence dans le texte en clair, ni laisser présumer la moindre règle ou régularité.
En somme, le problème du cryptologue est d’imiter le hasard tandis que celui de la cryptanalyse, la science qui « casse » les codes, est de découvrir le système conventionnel employé en amont par raisonnement, essai et erreur. Ces deux disciplines ont fait d’énormes progrès : la cryptologie, après avoir fait appel à des machines à coder, est devenue une discipline mathématique de pointe mobilisant des logiciels et à des algorithmes sophistiqués. Tandis que la cryptanalyse, de son côté, emploie toute la puissance de l’informatique pour découvrir les codes.

Le code secret ne sert plus seulement à des professions aventureuses, comme celle d’agent secret ou de soldat : il est devenu nécessaire pour garantir la plupart des transactions à distance, qu’il s’agisse de payer un achat ou d’envoyer un e-mail sans craindre qu’il soit intercepté. La prolifération des secrets accompagne la banalisation du code.

Il se fait souvent code d’identification (tel le numéro de carte bancaire ou le mot de passe d’un ordinateur) qui autorise un accès (à un compte en banque, à une mémoire, etc.). Il s’ajoute au code de transmission qui doit garantir la confidentialité de la correspondance. La possession d’un code sert de signature : on garantit que l’on payera ou que l’on est bien la personne juste en tapant sur quelques touches de son clavier.

Il faut donc que le système soit probant et que les utilisateurs puissent lui faire confiance puisque le code sert autant à prouver qui l’on est qu’à cacher ce que l’on dit. Le chiffre qui donne l’accès à l’information dans des labyrinthes numériques d’Internet confère en même temps accès à du pouvoir et à de la valeur. Du coup, il pose des problèmes politiques et juridiques : des pays comme la France interdisent à leurs citoyens de posséder des logiciels de cryptologie trop puissants, du moins pas sans en avoir confié la clef à un tiers de confiance.

La maîtrise des systèmes de cryptologie devient donc un enjeu crucial de puissance pour les «sociétés de contrôle».
Quel que soit le sens dans lequel vous prenez le mot « code » (le code juridique, le code technologique, les normes, le code implicite pour ne pas dire idéologique qui fait que tout le monde parle de tels événements en tels termes, et même le code secret) le maître du code est le maître tout court.

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