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Liban : Tsahal face à la guerre asymétrique
Quand la force devient faiblesse

Même Omert le reconnaît: au Liban, Tsahal a rencontré un demi échec lourd de conséquences. Un mythe s’effondre : l’armée israélienne high tech, très bien renseignée par le Mossad, frappant comme la foudre un adversaire paniqué.

La résistance inattendue de la milice chiite, son équipement et son entraînement qui avaient été sous-évalués par le renseignement israélien, les conséquences politiques mal anticipées (une partie de l’opinion libanaise qui se solidarise avec le Hezbollah, Nasrallah considéré comme le « nouveau Saladin »), des opérations psychologiques inefficaces, …

Une défaite symbolique est née de qui devait être au départ un raid bien préparé : utiliser le premier prétexte pour éliminer le Hezbollah, profiter de la passivité des régimes arabes, pas trop fâchés d’en être débarrassés, et tout régler avant que l’opinion internationale s’émeuve trop de la brutalité de la supposée réaction à un enlèvement et à des tirs de roquette, certes scandaleux, mais militairement peu efficaces (en moyenne le Hezbolllah tire plusieurs dizaines de roquettes pour tuer un civil israélien).

Les experts militaires jugeront à froid de la conduite des opérations, mais, dans tous les cas, il nous semble difficile de nier deux évidences :

- même Israël peut perdre une guerre dite asymétrique
- le principal dans ce type de guerre est de bien comprendre en quoi consisterait la victoire

Pour illustrer ces notions, nous reprenons ci-dessous une définition du conflit asymétrique et, en document téléchargeable plus bas, une réflexion sur la notion de « guerre de quatrième génération » chère à certains stratèges US.


ASYMÉTRIE

Cette notion s’emploie en biologie, en logique, voire en économie (l’asymétrie d’information entre vendeur et acheteur). Elle nous intéresse ici au sens stratégique acquis dans la décennie 1990. L’asymétrie ne doit pas se confondre avec la dissymétrie, simple disproportion des forces ou des qualités entre deux acteurs. Dans le conflit asymétrique, les adversaires n’ont ni le même statut, ni les mêmes critères de victoire ou de défaite, ni les mêmes règles et méthodes, ni n’emploient les mêmes moyens, en particulier technologiques, bref n’ont rien de comparable. Le nouveau concept s’oppose surtout à la notion de guerre «conventionnelle».

Terrorismes, guérillas, désordres mafieux (suscitant par exemple une « guerre à la drogue » jamais gagnée), conflits dans les zones de non-droit…, sont des conflits asymétriques. Ils opposent un «fort », généralement les États-Unis ou des États incarnant la mondialisation et la modernité, à des faibles qui n’ont aucune chance de l’emporter de façon classique. Dans une confrontation forces contre forces, armées contre armées, économie contre économie, ils auraient vite perdu.

En revanche, le faible est capable d’infliger au fort un dommage en atteinte à son image ou à son moral, d’humiliation symbolique ou de désordre contagieux. Il ne « gagne » pas quelque chose (comme un territoire ou un marché) mais inflige une perte insupportable sur un autre terrain. Sa victoire consiste à ne pas perdre face à un adversaire dont il use les forces (y compris ces forces morales) et réduit les soutiens jusqu’au point où il abandonnera. La durée est une dimension fondamentale du conflit asymétrique : tant qu’il n’a pas disparu – ou tant que son existence n’est pas oubliée, le faible n’a pas perdu.
Une stratégie asymétrique peut être violente et ostensible : c’est le cas du 11 Septembre ou des décapitations d’otages filmées. Mais elle peut tout aussi bien consister dans l’exhibition de sa faiblesse (une victime, un enfant face à un tank), voire en recours à la non-violence. L’asymétrie est autant de l’ordre de l’information que de celui des forces. Ainsi, le terrorisme est par définition le fait d’organisations secrètes (si elles sont visibles en permanence, cela devient une révolution ou une guérilla) qui combattent des adversaires visibles.

Le principe de stratégie asymétrique tend plus à devenir la règle que l’exception ; il suppose un double paradoxe. Sur le plan militaire, il fait de la supériorité matérielle un handicap politique et psychologique : à quoi sert d’avoir des missiles intelligents ou des satellites pour traquer un kamikaze dans un autobus ? Dans le domaine des conflits idéologiques ou politiques ce sont les symboles mêmes chers aux partisans de la mondialisation heureuse qui deviennent des armes asymétriques au service de ses adversaires : les nouvelles technologies, les réseaux, les images sans frontières…
La notion de conflit asymétrique change les règles de l’affrontement et interdit de le limiter à un seul domaine.

La citation : J. Baud (in La guerre asymétrique, éditions du Rocher) : «L’une des particularités essentielles de la guerre asymétrique est qu’elle n’est pas basée sur la recherche de la supériorité, mais sur la conversion de la supériorité de l’adversaire en faiblesse».

 Guerre de 4° génération en PDF
 Voir aussi : de l'info au credo
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