huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Opérations psychologiques au Liban
Désinformation et trucage

L’imagination aux armées, des scénaristes dans les QG ? L'exemple est venu des USA. De gourous comme le producteur De Caro, le personnage qui a inspiré Des hommes d'influence, proposent donc aux militaires U.S. des séminaires « mensonges, viols et vidéos ». Les innombrables sites consacrés aux « Psyops » fourmillent de synopsis dans le plus pur style d’un Mission Impossible revu par Matrix. Et les spin doctors ont des cartons pleins d'idées.

Dans le film, un président des États-Unis embarrassé par une scandale sexuel, produisait une fausse guerre en Albanie, mise en scène par des spécialistes d’Hollywood.

Par contraste, les scenarii des spécialistes en « psyops », semblent d’une puérilité affligeante. Il s’agit le plus souvent de diffuser auprès des télévisions des images d’un homme politique recevant un pot-de-vin ou rencontrant des néo-nazis , ou de produire de séquences de Saddam Hussein en train de manger du porc afin de le déconsidérer auprès de son peuple . Dans les armes supposées des brigades de Psyops ne manqueraient, dit-on, ni les hologrammes destinés à faire des projections en trois dimensions sur le champ de bataille ni le contrôle de l’esprit à distance . Il n’y manque surtout aucune idée qui n’ait été ressassée dans les bandes dessinées depuis un demi-siècle.

Pour le moment, les seules images truquées qui aient joué rôle notable, et encore relatif, sont les photos caviardées de Trotski ou les faux reportage TV de Timisoara : pas d’images virtuelles qui aient changé la face de la Terre. Quant aux piratages de site sur Internet, ils existent, comme le montrent les exemples des tigres du Tamoul, du sous-commandant Marcos ou de diverses batailles de courrier électronique pendant la guerre du Kosovo . Mais leur efficacité réelle et surtout durable resterait encore à démontrer. Dessiner des moustaches sur un faux site de Haider est une chose, lancer les foules indignées dans la rue en est une autre.

Tous ces trucages s’inscrivent dans le cadre d’un projet : le « management de la perception » consisterait à contrôler toutes les représentations du réel de l’adversaire ou de la victime. Le concept est né chez les militaires, les spécialistes de la guerre économique l’ont repris à leur compte. L’idée est excitante : la victoire se gagnerait dans la tête de l’ennemi et non contre le corps de l’ennemi.

Mais la réalisation est pour le moment encore discutable. Les cyberdisciples de Sun Tse ou les machiavéliens numériques ont beau répéter que le suprême raffinement consiste à s’en prendre aux plans ennemis ou se réclamer de la programmation neuro-linguistique, leurs performances ressemblent encore trop souvent à des jeux de potaches.

On se souvient des e-mail envoyés en masse par l’US Army aux officiers de Saddam pour les inciter à signaler immédiatement les armes de destruction massive dont ils pourraient avoir eu connaissance.

Dernier exemple en date : les téléspectateurs d’al Manar, la chaîne du Hezbollah au Liban ont pu voir s’inscrire brusquement sur leurs écrans des photos de cadavres accompagnées d’inscriptions mettant en cause Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah. Sur la radio de cette organisation, c’étaient des messages disant «Hassan Nasrallah a envoyé sans les préparer des hommes combattre l'armée isralienne, une armée d'acier. Cessez un moment d'écouter les hymnes patriotiques, réfléchissez par vous-même, ayez les pieds sur terre».

Le tout complété par un nuée de SMS vengeurs et par des milliers de tracts lancés d’avion dans le plus pur goût de 14-18 (Rendez-vous. Vous serez bien traités. Pourquoi vous battre pour des gens qui vous manipulent…).

Si Tsahal en est réduite à ces techniques éculées et qu’elle espère ainsi gagner « la guerre pour le cœur et les esprits des Libanais », nous ne pouvons que conseiller aux Israéliens de méditer l’exemple des « psyops » américaines en Irak.

 Un article du Figaro sur la guerre psychologique israélienne
 Imprimer cette page