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Penser la route
Ce qui circule d'invisible sur les routes

Des millénaires durant pas d’information, idée, connaissance, qui n’ait franchi quelque distance sans une route. Pas de transmission sans trajet. D’où ce constat ancien et banal : par une voie commerciale circulent ces marchandises immatérielles que sont les savoirs, idées, styles artistiques, croyances, bref ce que l’usage regroupe sous le vocable commode d’influences.

Certes, les routes ont fait l’objet d’une production abondante, mais elles sont généralement traitées soit comme des conditions permettant un contact dans l’espace (d’où “rencontre des cultures” et propagation des influences) soit comme composante d’une évolution historique (le déploiement de la route comme moment d’un autre développement de l’État, de l’économie, d’une civilisation, etc).

Ces deux approches, non exclusives, ne seront pas ici critiquées sur le fond : simplement, notre projet n’est pas de penser la route comme apport, ou approvisionnement, mais comme transport, ni d’en mesurer le résultat (l’introduction d’idées, de techniques, de modèles, l’ouverture sur d’autres espaces, la disponibilité des richesses, le fonctionnement de l’échange ou la possibilité du contrôle d’un territoire) mais d’en modéliser le fonctionnement.

La civilisation, disait Seignobos, ce sont des routes, des ports et des quais. Outre le rôle que joue un réseau de communication, condition de toute durée et expansion d’un ordre matériel et technique stable, les lieux de circulation des hommes et des choses sont aussi ceux des signes. Les connaissances géographiques et le Coran, le secret de la fabrication du papier ou la légende des hommes à tête de chien, la cote d'un ballot de marchandises venues de Chine estimée en sesterces romains dans un port indien du 1er siècle, ou encore une lettre du grand Khan appelant la papauté et l'Europe à lui faire soumission, sont, à des titres très divers, des "informations" qui rentrent dans ce champ d'étude .

On a célébré le “Penser avec ses mains” et Leroi-Gourhan dit avec raison que "Ne plus avoir à penser avec ses dix doigts équivaut à manquer d'une partie de sa pensée normale, phylogénétiquement humaine" ; , il faudrait peut-être réhabiliter le “penser avec ses pieds”, le pouvoir cognitif et culturel de la marche, le rôle de l’errance réglée et du temps de déplacement et découverte, à la fois ramener sur terre l'homo viator et exalter le pérégrin qui va apprendre, échanger, convaincre, prier ou parler au delà de l’horizon de son territoire. Si la pensée chemine et si l’intelligence relie, tout commence aussi par une route...


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 Voir le N° 2 des cahiers de médiologie
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