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Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Information et communication, enjeux stratégiques
Traiter des « enjeux stratégiques de l’information et de la communication », c’est

- soit se condamner à ressasser des lieux communs (importance du savoir et de l’innovation dans une société« de l’information », omniprésence des médias, impact culturel et social des TIC…),

- soit se risquer à repenser à neuf un très vieux problème : comment vaincre avec des signes ?

Étant donné – chacun l’a deviné – que nous suivrons la seconde voie, il faut reprendre des questions qui obsédaient déjà les sophistes grecs ou les généraux chinois :

- Comment faire croire à autrui ce que l’on désire, qu’il s’agisse de le persuader par argumentation ou de l’égarer par stratagème ?

- Comment savoir ce qu’il ignore ou lui faire ignorer ce que l’on sait ?


- Comment rendre l’autre prédictible et se rendre insaisissable ?

En outre il est indispensable de réexaminer toutes ces pistes dans un environnement où la somme des connaissances disponibles et leur taux de renouvellement, la dépendance des acteurs à l’égard des technologies d’enregistrement, de traitement et de propagation de l’information, leur perception du temps, de l’espace, du savoir par les réseaux numériques … ne sont réductibles à aucune expérience antérieure…

Peu importe que l’on prenne stratégie au sens militaire - art de coordonner des moyens collectifs de tuer - ou au sens large - façon d’employer efficacement ses ressources dans une relation conflictuelle – , elle suppose l’emploi de signes et signaux.

Cela va de battements de tambour à la rédaction d’un in-octavo, de la façon de se peinturlurer le visage à l’exploration du Web sémantique. Ces signes – recueillis, stockés, traités, propagés, cryptés… - servent à la réalisation d’une fin que nous nommerons par commodité « victoire » : la prédominance d’une volonté sur une autre. Ils y contribuent autant qu’ils servent à prendre une décision efficace, à répandre une croyance motivante (désir, courage, foi…), mais aussi agir sur la perception de la réalité du rival pour augmenter son incertitude, le démobiliser ou lui suggérer le choix que l’on désire.

Ces principes très généraux – savoir, faire-croire, dissimuler, égarer – s’appliquent aussi bien à un jeu qu’à une tentative de séduction, à la conquête d’un marché comme à la guerre froide. Ludique, érotique, rhétorique, économique ou atomique riment avec stratégique.

La question est donc celle du comment faire. Là encore, la liste est longue des traités et disciplines qui prétendent y répondre : anthologie de ruses, figures de la rhétorique et de l’éristique, mais aussi théorie des jeux, manuel de catéchèse, sciences cognitives, méthode publicitaire ou manuel de knowledge management, une branche de l’intelligence économique….

Or, qu’il s’agisse de cognition ou de conviction, tout ce qui se termine dans un cerveau humain n’est jamais assuré. Une pragmatique qui agit sur les choses ne se reproduit pas à l’envi comme une technique qui agit sur les gens. Toute recette de ce type peine sur le double aléa de la réception (ce que nous avons dans le crâne qu’il s’agisse d’un préjugé idéologique ou d’un biais cognitif ) et de la transmission (comment cela circule de cerveau en cerveau).

D’où l’optique qui sera adoptée : les constantes des méthodes seront à relativiser par la chronologie des croyances. Les valeurs et notions typiques d’une époque restreignent ce qui est crédible par la plupart.Mais les techniques de communication, transmission et propagation de ladite époque ne sont pas moins importantes. Ces dernières autorisent mais ne décident pas l’usage qui sera fait de leur potentiel.

On distinguera également
- des stratégies directes visant directement le résultat espéré ( « gagner » un partisan ou « gagner » un éclairage supplémentaire sur la réalité ou le futur comportement d’un des acteurs)
- et les stratégies indirectes dont le résultat visé passe par l’intermédiaire d’une réaction attendue (celle de l’adversaire ou d’un tiers qui peut être aussi l’opinion publique).

Sans négliger des thèmes comme l’influence, le secret, la désinformation… on se concentrera sur deux problématiques qui montrent ces interactions entre des stratégies, des symboles et des technologies : comment faire croire et comment s’informer.

Le premier thème semble rebattu. Que pourrait-on à ajouter à l’étude de la persuasion que n’aient décrit les sophistes antiques et les laboratoires modernes ? Comment trouver une recette qui ait échappé aux propagandistes et aux publicitaires, aux prédicateurs des religions et aux spécialistes des médias ?

Il sera au moins possible d’en indiquer trois dimensions :
- Les méthodes préconisées reflètent de grandes catégories idéologiques et celui qui prétend manipuler les autres ne fait souvent que trahir la logique de son système.

- Il y a aussi, il y a souvent des échecs de la persuasion (ce qui est une excellente nouvelle). De puissantes machines à convaincre – corps organisés, campagnes médiatiques, discours officiels relayés partout – peinent à répandre des convictions ou des jugements. Il importe de savoir pourquoi.


- Les textes, les discours, les images destinés à séduire et inculquer ne fonctionnent pas de la même façon, et n’offrent pas les mêmes possibilités suivant le média qui les répand. Peu de périodes en auront fourni autant d’exemples que la nôtre.

Quant aux méthodes d’intelligence au sens large, la recherche de l’information vraie et pertinente pour une décision stratégique, elles se prêtent à une autre approche :

- Leurs échecs enseignent autant que leur réussites. Voir la façon dont des dispositifs sophistiqués destinés à capter les signaux significatifs, à les analyser, à en faire des facteurs de décision ont abouti à un déni de réalité ou à des décisions absurdes.

- Un réseau humain, une communauté vouée à l’accumulation de savoirs efficaces, produit nécessairement certains biais ou un certain type d’interprétation lié à des attentes et à des pouvoirs.

- Le média dominant de chaque époque détermine un certain usage de nos facultés cognitives (ou plutôt des usages, bons et mauvais). Les synergies, hybridations et chevauchements des médias au pluriel nous posent des défis dans notre façon de nous faire une représentation de la réalité.

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