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Le pouvoir des ONG 2
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La suite de 1

La recette des lobbies, think tanks et ONG est : des vecteurs et des acteurs. Les premiers, des médias au sens large, pour permettre au message d’influence de toucher, de perdurer (se reproduire) et de se propager (contre d’éventuelles résistances mentales). Les seconds sont des organisations et des relais, bref des médiations - elles vont d’une bureaucratie à un simple réseau informel - qui adopteront le message et le traduiront jusqu’à ce qu’il devienne évident pour tous. On influence directement, en obtenant le vote d’une loi, par exemple, ou indirectement en changeant es mentalités : des idées générales semblent soudain irréfutables et naturelles comme développement durable ou parité.

Pour le dire autrement :
- le lobbying - suggestion et plaidoyer - repose sur des réseaux et outils de pression, négociation, persuasion et sert à orienter les choix publics. Directement en s’adressant aux autorités. Indirectement en suscitant un courant favorable à leurs demandes.
- les think tanks - recherche et diffusion - pèsent sur les décideurs en faisant circuler des idées ou propositons qui finissent par s’imposer. Directement par la recherche, indirectement en poussant leurs idées auprès des décideurs et du publis.
- les ONG - intervention et jugement - font avancer des causes d’intérêt public. Directement sur le terrain. Indirectement en suscitant des valeurs et notions communes ou des mobilisations. Du coup, les ONG doivent un peu imiter les lobbies - solliciter, placer des agents favorables à ses desseins, faire pression...- et un peu les think tanks avec des rapports, des études, des grilles d’analyse..., donc en acquérant une légitimité intellectuelle et médiatique.

La stratégie des forces

Les ONG sont dans l’action. Elles mettent en place des programmes d’aide, elles interviennent dans des pays, financent ou font financer, concrétisent une aide (d’urgence ou au développement) inventant une forme moderne de la charité ou de la philanthropie. Mais elles énoncent aussi des impératifs moraux ou des condamnations, dressent le tableau d’un monde idéal et développent une quasi doctrine de l’humanitaire et de l’ouverture solidaire planétaire. En ce sens, les ONG héritent de fonction cléricales, - assister les souffrances et sauver les esprits - qui furent longtemps celles des églises.

Elles interfèrent avec d’autres acteurs :
- Les OIG (organisations intergouvernementales comme l’OMS ou l’UNESCO) avec qui elles coopèrent et qu’elles inspirent
- Les entreprises soucieuses de se concilier les « parties prenantes » de leur activité. Elles aussi tendent à adopter des « causes » ou à se dire citoyennes et soucieuses des normes du bien commun. Et partant à se soumettre à l’examen des ONG ou à les aider. Sont-elles sincères quand elles parlent de parité, de droits de l’homme ou de lutte contre le réchauffement climatique plutôt que de profits et de rentabilité ? Dans tous les cas, elles intègrent tout un discours non économique, moral, humanitaire, politique, écologique...
- Les activistes et groupes dits représentatifs de la société civile. Ils font pression, manifestent, réclament, dénoncent.
- Des acteurs moins organisés (pas de chef, d’adresse, de cotisations...) et des structures moins matérialisées (une simple mobilisation en ligne peut suffire). Une campagne comme #metoo en est un parfait exemple : effet considérable engendré par un appel contagieux à prendre la parole. Une multitude de mouvements de revendication, dénonciation, critique,... fonctionnent avec un appareil minimum. Mais ils exploitent les atouts des réseaux sociaux : viralité des opinion, sensibilité aux thèmes de l’indignation et du scandale, « bulles de confirmation » qui renforcent les partisans dans leurs certitudes, attractivité du « militer d’un clic »...

Un paradoxe à signaler au passage : toutes ces stratégies des OMI, donc non étatiques, supposent l’existence de l’État. Pour en faire une cible ou un interlocuteur, pour le combattre ou pour se faire aider par lui. Les OMI remplissent des fonctions qui devraient relever de l’institution politique : produire des stratégies du bien commun, arbitrer les intérêts, faire avancer des objectifs communs, établir de grands principes. Si l’État était totalitaire, ces organisations seraient interdites. Mais s’il était parfait, il n’y aurait pas de place pour une critique ou une alternative non étatique à la poursuite de l’intérêt commun.

De la même façon, ces organisation ont un rapport ambigu avec les partis et mouvements politiques : elles sont prétendument au service de valeurs humanitaires et morales (ou de groupes précis pour les lobbies) et ne visent ni à mettre en œuvre un programme de gouvernement, ni à fournir des élites dirigeante à l’État. Mais l’action peut favoriser tel parti ou gouvernement, ne serait-ce que sa politique d’image, l’inspirer, en moduler le programme, etc. Dans le cas des think tanks, ils peuvent servir de réservoir d’idées, analyses et argumentaires à tel parti (ou telle sous-tendance) ou stigmatiser tel autre, toujours entre inspiration et condamnation.

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