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Information, surinformation, mésinformation
Quand la surabondance crée la redondance

La surabondance crée la redondance. Plus nous avons de moyens d’information à notre disposition, plus nous avons tendance à ressasser les mêmes nouvelles. Il y a donc une rançon à payer pour la facilité (apparente) de documentation et le « tout disponible, tout de suite de partout » que représente le Net.

Tandis que le journal tend à devenir le journal unique, traitant les mêmes sujets dans le même ordre et dans la même optique, À la télévision, le contraste est frappant entre le nombre d’images théoriquement disponibles (chaque événement est couvert par un grand nombre de télévisions, et celles-ci sont de plus en plus accessibles sur le câble) et le fait que nous voyons partout les mêmes images répétitives à peu près montées de la même façon.

Un récent travail de l’Université de Columbia « The state of the news media 2006 » démontre par exemple qu’en une journée Google News offre aux internautes 14.000 articles, mais qu’ils recouvrent en réalité 24 sujets. La même étude montre que les journalistes font de moins en moins d’enquête de terrain et tendent de plus en plus à être des « monteurs » de textes ou d’images dont ils ne sont pas les auteurs et dont ils n’ont souvent pas le temps de vérifier la source ou le sens. Bref, tout le monde tend à prélever dans le flux d’informations fourni par les moteurs de recherche (qui donnent tous à peu près la même hiérarchie aux mêmes informations issues des médias traditionnels).

Le danger corollaire est la pensée copier-coller : il est trop tentant de reprendre des éléments existants et de les reproduite tels quels ( « Après tout ce type, qui connaît le sujet et qui est un professionnel, a pris le temps de formuler la chose, pourquoi me fatiguer à la répéter autrement et peut-être moins bien ? »).

Tout professeur sait désormais lorsqu’il lit un texte de ses étudiants qu’il a de fortes chances de retrouver des textes dont ils ne sont pas les auteurs sans guillemets, souvent fautes de frappe comprise. En ce domaine, les moteurs de recherche sont sans pitié : ils retrouvent les sources « pompées » sans trop de difficulté, sans parler des logiciels spécialisés qu’emploient certains universitaires américains pour retracer l’origine des textes de leurs étudiants. Par ailleurs, les sources reprenant des sources, il y a un effet « reproduction en abyme » qui fait que le même texte, sans cesse répété est si abondant sur la Toile qu’il paraît exprimer une opinion irréfutable : elle semble universellement partagée. Il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse : le fait qu’une information ait été difficile à trouver, qu’elle soit rare, qu’elle se présente comme non-conformiste ne plaide ni pour ni contre elle.

Les solutions ? Certaines sont évidentes : vérifier ses sources (quelle est leur compétence, leur autorité sur la question, quel intérêt poursuivent-elles ?), remonter à la source primaire, comparer, vérifier par recoupement, rechercher des sources contradictoires, comparer leurs arguments, leurs formulations…. Formuler des questions ou des hypothèses et rechercher dans les sources ce qui pourrait les confirmer et les infirmer. Comparer beaucoup : comment un sujet similaire a-t-il été traité par la même source ? Quel vocabulaire, quelles catégories idéologiques ou autres tend-elle à employer ? Comment a-t-elle traité des sujets du passé, maintenant vérifiables ?
Le problème est évidemment que cela prend beaucoup de temps et d’effort (il faut se méfier et des biais cognitifs des rédacteurs et des siens propres, de ses propres préjugés).

À chacun d’inventer sa propre heuristique. Par exemple, un truc qu’emploie l’auteur de ces lignes (ce qui ne veut absolument pas dire que la recette soit transposable, ce qui marche pour Pierre peut ne pas fonctionner pour Paul). Faites un montage des principaux textes sur le sujet, notez (par exemple en les surlignant en Word) les expressions et les thèmes qui reviennent partout et ceux qui, au contraire sont spécifiques à chaque texte. Relisez une fois en comparant. Résumez les principales affirmations et thèses.

Faites vous une liste de questions ou d’hypothèses à vérifier et refaites une seconde recherche en fonction de votre premier travail. Notez au passage qu’il existe un monde en dehors de l’écran. Les réponses aux questions que vous vous posez se trouvent peut-être dans des livres, des articles, … Il y a une vie en dehors de l’écran.

 Voir l'article de Stratégies
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