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Ascétisme, carbone et sponsoring
Le phénomène Greta Thurnberg repose sur une mathématique de la culpabilité. Soit la certitude scientifique que le réchauffement climatique s’aggrave et qu’il existe une relation chiffrée entre chaque activité humaine (manger de la viande, rouler en voiture, etc.) et son coût en termes d’emission de carbone, chacun de nos actes est affecté d’une sorte de coeficient pécamineux : il nous rapproche plus ou moins de la fin du monde (ou de notre espèce et de quelques autres que nous ferons disparaître avant, ou de notre civilisation...). Au contraire plus on s’abstient, s’approchant de l’ataraxie ou du non agir, plus on éloigne la catastrophe.
Le raisonnement fonctionne d’autant mieux que cette morale de la restriction et du moins de trace possible) s’appuie sur un nouveau dispositif d’autorité.
Greta Thurnberg joue sur plusieurs tableaux. Écoutez le message. Le Giec l’a dit. Elle ne fait que nous rappeler ce que nous ne voulons pas voir ; ces assertions scientifiques ne peuvent être contestées sans tomber dans le déni du réel. Pour ne pas dire le climatoscepticisme révisionniste. Voyez la messagère : c’est une ado, autiste, asexuée, innocente et vous ne pouvez la contester ou vous en moquer sans trahir votre mépris et vos phobies... Voyez sa juvénile émotion qui contraste avec notre froideur : rien ne saurait donc nous toucher, même la fin du monde ? Il faut donc l’admirer et partager sa peur ou avouer être des salauds.
Ethos, pathos, logos, Greta coche ainsi toutes les cases de la rhétorique la plus classique. Du coup nos politiques ou bien s’extasient sur la pureté de la dénonciatrice de nos turpitudes ou cherchent à produire une version modérée de la transitions écologique qui permettrait de conserver la vie sur Terre, l’indispensable croissance du PIB et nos habitudes, moyennant de petites taxes et de petits gestes citoyens.

Mais encore faut-il, si l’on est prophètes, s’appliquer à soi-même cette morale du moins agir pour moins détruire. Ainsi lorsque Greta se déplace pour aller aux Nations Unies à New York, ne peut-elle prendre l’avion comme vous et moi. Du coup  « après des mois de recherche et de réflexion sur les différentes concernant son votage », elle franchira l’Atlantique sur un voilier de course le Malizia II (18 mètres de long avec panneaux solaires et turbines) supposé zéro carbonne.

De plus astucieux que nous calculeront sans doute la différence entre la consommation en carbonne d’un siège low costLondres New York et les frais d’entretien, d’équipage, etc. de la merveille. Sans parler de la fabrication du bateau à trois millions d’euros. Si coût il y a pour la planète, est-il vraiment si bénin ? Il y a débat même si l’on concède volontiers que l’on ne servira pas de champagne à bord.
Mais l’effet de contraste est aussi ravageur : le bateau appartenait à Edmond de Rotschild, il est barré par le fils de princesse Caroline de Monaco, il est ancré au Yatch Club de Monaco, la team Malizia est sponsorisé par BMW et par quelques très grosses sociétés, notamment suisses, etc.
En logique pure, rien ne s’oppose à ce que de gens très riches ou des peoples veuillent sauver la planète. Mais est-ce tomber dans le populisme le plus abject que de trouver que tout cela a des relents d’opération publicitaire et est-il honteux de se demander si l’argent rend si vertueux ? Si l’ascétisme que prône l’adolescente doit être réservé aux plus fortunés, il y a un petit problème d’efficacité symbolique.
Dans un autre genre Anne Hidalgo a dû se justifier de prendre un jet Falcon pour aller slaluer le tour de France. Les professeurs de vertu écologique se sont un peu piégés eux-mêmes. Ou bien ils affirment que l’importance de leur mission vaut quelques accommodements avec la vertu : un homard, un grosse cylindrée un chauffeur, un voyage exotique : tout cela ne servirait qu’à leur mission de sauver la planète et justifierait bien de petites entorses. Mais l’argument risque d’être mal entendu par le malheureux qui se plaint du prix à la pompe; Ou bien ils sont condamnés à s’appliquer des lois somptuaires et des principes d’économie que ne supporteraient pas leurs électeurs.

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