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Hommage à René Huyghe
Vente à Drouot le 5 Juin


Préface pour le le catalogue,
Quand mon père écrivait ses mémoires, il les intitulait « Une vie pour l’art ». La plupart des gens le définiraient comme un historien ou un psychologue de l’art. C’est vrai et concrètement, cela veut dire que sa passion était d’interpréter des images. Ma grand-mère me racontait qu’enfant, il s’entraînait déjà à reconnaître au style les auteurs de dessins publiés dans les journaux et, je me souviens comment il m’expliquait, quand j’étais gamin moi-même, la composition des tableaux ; j’en sortais tout fier de pouvoir à mon tour distinguer le V ou la pyramide qui ordonnaient le foisonnement des sujets et qui ouvraient une autre interprétation. Il avait l’intelligence contagieuse. Il n’y avait pas une œuvre d’art - pas une fabrication humaine destinée à produire du beau - dont il était incapable de vous suggérer d’une part ce qu’elle avait d’unique ou quelle était la quête de son auteur et d’autre part ce qu’elle devait à son époque, à ses croyances et à ses contraintes.
Ces images auxquelles il aimait donner du sens, il a voulu les étudier et les conserver en entrant très jeune au musée du Louvre. Conserver a pris un sens très fort pendant la guerre puisqu’avec quelques autres, il a évacué, protégé les tableaux du Louvre en zone non occupée et les a ramenés intacts après la victoire tout en étant dans la résistance. Histoire de l’art le jour, crapahut dangereux la nuit : ce mélange romanesque a beaucoup plu à une jeune stagiaire blonde qui l’assistait. Né de leur union des années plus tard, je suis un effet collatéral tardif des déménagements de la Joconde et du Radeau de la Méduse.
Mon père, devenu professeur au collège de France, n’a cessé de réfléchir sur la place et le langage des images (chaire de psychologie des arts plastiques) ; il a beaucoup écrit sur le sujet et les honneurs qu’il a reçus, comme l’Académie française ou le prix Érasme sont liée à cette activité de théoricien et de pédagogue.
Mais il y avait les œuvres dont il parlait et celles avec lesquelles il vivait. Les objets qui vont être exposés à Drouot ont été l’environnement de sa vie. Et c’est un milieu où il s’exprimait pas moins que dans ses livres : habiter, aimer et dire étaient inséparables. L’appartement de la rue Corneille où il a vécu jusqu’à sa mort était un décor qui flirtait parfois avec le théâtral : colonnes, miroirs, bois dorés, effets de perspective. Et aucun visiteur ne pouvait résister à le comparer à un musée. Mon père avait même conçu des meubles qu’exécutait un génial menuisier frioulan dans les années 60 : ils s’amusaient comme des fous. D’ailleurs dans ce décor il y avait beaucoup d’allusions à Venise une autre grande passion paternelle. Beaucoup de portraits aussi. Des objets archéologiques. Des objets dorés, des objets dépouillés. René Huyghe n’était pas le cousin Pons et collection ne rimait pas pour lui avec accumulation ou compensation simplement, il aimait voir et faire parler les choses.
C’était un environnement matériel et spirituel totalement hors de ce monde.
Après la mort de ma mère - la stagiaire blonde romanesque - les nécessités de la vie font que ces œuvres doivent devenir des marchandises. On peut le présenter autrement : elles sont maintenant offertes à votre interprétation. À votre jugement et à vos attirances. Mon père, l’homme qui aimait expliquer, était un grand ironiste - vous ai-je dit que c’était le type le plus drôle que j’aie rencontré ? -. Je pense qu’il sourit maintenant de la vanité des choses possédées, mais cela ne doit pas vous décourager de les posséder et de les interpréter à votre tour.

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