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Pour en finir avec le peuple
La stratégie macronienne ou, disons, « progressiste » au sens que les élites donnent à ce mot, vis-à-vis des couches populaires est assez simple.

Depuis le début de l’affaire des Gilets jaunes s’est posée la question des périphériques : ouvriers, artisans, petits patrons, retraités, unis par un même sentiment d’être relégués. Furieux d’être prélevés par l’État providence tout en perdant des services publics, éloignés des flux économiques, sociaux et culturels de la France « ouverte » d’en haut, réduits au statut des sans espoirs (ni leur situation, ni celle de leurs enfants ne s’améliorera) ils se sont révoltés hors des schémas politiques connus. Hors des villes, hors des syndicats, hors des divisions droite-gauche, hors norme, hors d’atteinte des médias traditionnels, hors lois du genre, en tout cas.

Que faire ? Réprimer et en éborgner quelques uns ? Faire peur (ce qui accessoirement ramène vers vous la droite ennemie du désordre et des couches dangereuses) ?Proposer un grand débat qui va surtout servir à opposer les gentils qui vont discuter comme dans un séminaire d’entreprise et les méchants qui vont aux manifestations et seront complices du pire ?

Mais la stratégie macroniste fait mieux à partir de trois catégories simples

 »Fasciser le peuple. Il y a de multiples façons de poser l’équation foules égale foules haineuses, égale bête immonde. Peuple égale populiste. Manifestant égale factieux. Populo égale facho.
- On recherche des traces d’une infiltration d’extrême-droite (quite à inventer des « drapeaux d’ultra-droite »),
- On trouve des incident homophobes ou racistes sur les ronds-points,
- On explique que la peste brune va remonter les Champs-Élysées, puis que manifester illégalement c’est attenter aux valeurs de la République donc a) être responsable de toutes les violences et surtout celle que l’on subit 2) être factieux et subversif, donc un ennemi autoritaire de la démocratie
- On cherche les déclarations les plus délirantes des leaders auto-proclamés les plus excités pour faire l’amalgame avec Dieudonné, le général Boulanger, Salvini
- Et on gagne le jackpot en tirant la carte antisémitisme : quatre ou cinq salafistes injurient Finkielkraut (plutôt favorable aux Gilets jaunes)et voici que chaque manifestant en acte, en pensée ou en intention est accusé de ne pas s’être désolidarisé assez bruyamment de cette anti-France, donc ne pas la dénoncer assez, donc de l’excuser peut-être, donc d’en être un peu complice, donc d’être animé par une haine antisémite potentielle, donc... reductio ad hitlerum suit.

Infantiliser le peuple. Regardez : ces gens agissent par ressentiment, parce qu’ils ne comprennent rien aux réalités économiques et géopolitiques, ils sont furieux de leur propre médiocrité, ils ne savent même pas quelles sont leurs propres revendications, c’est n’importe quoi. Et les chefs, vous avez vu les chefs ! En plus ils leurs coupent eux-mêmes la tête ! Démocratie directe et pourquoi pas Noël toutes les semaines ! Des enfants vous dis-je. Et des enfants jaloux : notre président trop beau, trop intelligent, trop moderne leur renvoie une image inversée de leur propre débilité, alors ils sont dans la colère, ces gamins ringards !

Médicaliser le peuple. Au fond ces gens souffrent de maux imaginaires. Ils sont victimes des théories complotistes. Ils sont noyés de fake news sur les réseaux sociaux (il va d’ailleurs sérieusement demander à nos amis des GAFA de ne plus laisser circuler ces poisons pour l’esprit). Et d’ailleurs ne sont ils pas atteint par des virus mentaux, ceux de la désinformation : les russes, la fachosphère, la mélanchonosphère ? Un beau cas d’intoxication en fait.

Ce dernier point, la réduction d’une catégorie politique à une métaphore médicale, a un énorme avantage : il permet de ne pas penser l’adversaire, ou du moins celui qui vous critique, comme un opposant politique, qui a des intérêts, des valeurs et des revendications qui diffèrent des vôtre. Il ne peut être qu’atteint en tant qu’individu (et non comme sujet politique-, par une contagion que ce soit celle du faux ou celle de la haine.Tout est affaire de psychologie et de fantasmes, vous dis-je.

La stratégie de Macron peut se résumer dans l’idée de dépolitiser la révolte en la réduisant à des pensées à exclure (antisémitisme, discours de haine, antirépublicanisme) et à des affects à soigner. Pour combien de temps ?

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