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Le retour de l’idéologie.
Climat délétère, crimepensée et co.



L’idéologie, trop vite déclarée défunte par les partisans du « il n’y a pas d’alternative » ou de la « fin de l’Histoire » à la Fukuyama, revient disions-nous et au galop. Particulièrement dans la France des Gilets jaunes.

Ainsi, pour le « progressiste » (libéral, social et européen) : l’idéologie se manifeste exclusivement sous sa forme populiste et nationaliste, ce qu’il explique par les fantasmes identitaires ou encore par la propagande russe (on connaît la terrible force rhétorique des trolls de Saint Pétersbourg ou de RTtv), à moins que ce ne soit par les mensonges et désinformations qui se diffusent sur le réseaux sociaux. Trois façons de supposer une causalité diabolique. Ou de souligner l’inférirorité des crimepenseurs : si nous étions plus rationnels, rien de tout cela ne se produirait. Éduquons les masses..

Dans le contexte , ce discours réductionniste (au sens où la lutte sociale, politique et idéologique est réduite aux incompréhensions et aux affects des couches inférieures) est complété par une rhétorique d’apaisement

Il serait temps de dialoguer, de trouver des solutions, de participer au grand débat, de se calmer. Ah si seulement le Gilets jaunes étaient capables de mieux formuler leurs aspirations, nous trouverions des réponses tous ensemble... .

Variante : non, non, nous ne les confondons pas tous les Gilets jaunes avec les extrémistes et casseurs ; mais ils devraient se désolidariser plus énergiquement de ces ennemis de la démocratie Sont-il certains de condamner la violence avec sincérité, sans arrière pensée ? Cela aiderait à restaurer la confiance, car, après tout, nous avons besoin de nous réconcilier pour éviter le pire Se développent ainsi des théories comme celle du « délit d’atmosphère » : personne ne peut vraiment dire que les Gilets jaunes fassent des graffitis antisémites, préparent des putschs, ou détruisent des boutiques, mais ils favorisent l’atmosphère qui libère les plus mauvais instincts et incite à des pratiques infâmes. Si ce n’est lui, c’est donc son atmosphère.

Ces admonestations morales et ces appels au dialogue font bon ménage avec le durcissement de la répression (yeux crevés, arrestations, loi anti fakes, loi anti casseurs, loi de contrôle du réseaux sociaux). Un des avantages de l’idéologie est qu’elle libère des soucis de la contradiction.

Bien évidemment, cette façon de traiter l’adversaire en le criminalisant et en l’infantilisant est contre-productive et suscite encore plus de tension.

Chez les populistes, on dénonce désormais en termes presque marxistes, la super-classe et les élites et parce qu’ils sont « coupés de la réalité » et parce qu’il est de leur intérêt en tant que couche sociale de promouvoir un modèle libéral, individualistes, « ouvert ».

D’un côté de la barrière, on accuse la populace de poursuivre des imaginations, de l’autre, on reproche à ceux d’en haut de vivre dans le déni du réel. Faiblesse morale et niaiserie versus occultation des dangers.

Bien entendu, le conflit des idées est inhérent à la démocratie, mais ici il prend une forme exaspérée et binaire rarement rencontrée dans ce pays.

PS dernière minute

Au moment de mettre en ligne, nous tombons sur la <vidéo d’Alain Finkielkraut, sortant de chez lui, se faisant injurier et menacer pendant la manifestation du 16 février comme il avait été menacé lors de « Nuit debout ».

La façon dont on a réagi à cette vidéo (confirmée par une seconde prise plus à distance) est significative :
- Évidemment tout le monde (y compris l’auteur des ces lignes qui pense plutôt du bien de Fienkielkraut) s’indigne.
- Les visages et les accoutrements des agresseurs, qui portent bien le gilet jaune (mais aussi le kefieh et pour certains la barbe au henné) évoquent irrésistiblement des racailles de banlieue (nique ta mère à tendance islamiste, en tout cas dix mille fois plus que des vieux maurrassiens venus de Versailles
- Leurs propos sont aussi parfaitement audibles : « grosse merde, t’est un haineux, sioniste, fasciste,rente chez toi en Israël,raciste, la France, elle est à nous, Dieu te punira... » On scande plusieurs fois « Palestine »
- Pour être tout à fait honnête, on n’entend jamais « sale Juif » contrairement à ce que prétend Benjamin Griveaux dans un tweet, (même si nous n’avons aucun doute sur le fait que ces types soient antisémites)
- Sauf à être très imaginatif, on peut difficilement interpréter autrement que : un groupe anti-sioniste de banlieue s’en prend à un intellectuel réputé conservateur et pro-Israël.
- Nous invitons maintenant le lecteur à noter les contorsions verbales qui vont permettre à nombre de commentateurs de faire oublier ce fait incontestable en le noyant sous des considérations générales sur la Haine, l’Antisémitisme, l’Extrémisme et l’atmosphère que font régner les Gilets jaunes en général...

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