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Reductio ad hitlerum ?
Une couverture qui découvre

Modeste tentative de clarification de cette affaire de couverture du Monde (le magazine).

Elle contient trois éléments majeurs :
- Le code couleur noir, blanc rouge avec une diagonale rouge. Difficile de ne pas remarquer.
- La figuration d’un Macron retouché au regard dur vers le lointain, avec une foule allant vers l’Arc de Triomphe en transparence sur son corps. À noter qu’il s’agit de la foule fêtant le coupe du monde de foot et non des Gilets jaunes. Comme le texte dit « Les Champs-Élysées théâtre du pouvoir macronien », cela a du sens.
- La lette M du Monde en gothique (ce qui n’est pas nouveau).

Tout message est porteur de connotations : les significations secondes qui s’ajoutent à la désignation de l’objet représenté par le mot ou l’image. Par exemple le mot lion désigne (dénotation) un certain animal, mais cela peut évoquer en vous certaines émotions : le lion est le roi des animaux, les lions sont un symbole de force et de courage utilisé par l’héraldique et la publicité, les lions sont si mignons au zoo, etc.

En l’occurrence ce que cela « évoque » (notion subjective par excellence) a été clair pour énormément de gens dont l’auteur de ces lignes : l’ambiance ou l’esthétique du nazisme. Nous y avons tous pensé spontanément. Cela ne veut pas dire que la direction du journal a planifié de faire passer un message subliminal « Macron = Hitler ». Ni que l’inconscient du graphiste contienne des choses répugnantes. Simplement il y a là une association presque irrésistible qui est confirmée par de nombreux documents graphiques d’époque. Il y a effectivement des affiches nazies qui ressemblent beaucoup à cela (couleurs, Führer dont le corps devient un peuple en marche, lettres gothiques…). Par ailleurs, cela présente une remarquable similitude avec une affiche de l’excellent graphiste canadien Lincoln Agnew consacrée à Hitler. À noter que le Monde s’inspire très souvent de ce graphiste que personne ne soupçonne de sympathie pour le III° reich et qui est probablement quelqu’un de très politiquement correct. Il semble ici exercer une sorte de droit de citation : si vous voulez représenter Hitler faites-le dans une ambiance esthétique liée historiquement à Hitler.

Ligne de défense du Monde :
— Mais non, mais non, nous faisions une référence culturelle raffinée aux constructivistes russes du début du XX° siècle, bande d’ignares. D’ailleurs L. Agnew fait des tas de compositions de ce genre, visuellement très proches. Y compris avec Obama.
- Nos intentions sont pures, désolés d’avoir choqué.

Sur le second point, nous ne pouvons pas en juger. Mais sur le premier, l’argument ne convainc guère. Le fait que l’on reconnaisse le style très particulier d’Agnew, ne change rien au fait de la combinaison des trois éléments fait penser à Hitler. Idem pour les constructivistes qui, effectivement utilisaient cette géométrie, ces couleurs hyper contrastées, ces compositions qui basculent etc et ce pour leur donner un sens politique pro-bolchevique. Et si l’on va par là Darty utilise aussi le noir, blanc et rouge et Malboro les diagonales rouges.

Simplement, les constructivistes russes, avec les mêmes codes graphiques représentaient plutôt le prolétariat en action et pas tellement les rapports chef/foule. Enfin et surtout, c’est la combinaison des trois éléments (sujet, composition, lettre gothique) qui dirige l’esprit vers tel ou tel thème. Après cela, on peut toujours dire arbitrairement que X vous évoque Y ou Z. Il y a des gens à qui la quenelle évoque un salut nazi inversé (la preuve : c’est le contraire) et d’autres la sodomie (la queue bien profond jusque là). Il y a des gens qui pensent qu’une image de Macron avec des dollars et des doigts crochus évoque le protocole des sages de Sion et d’autres pour qui c’est un message anticapitaliste. Il y a des gens qui voient un symbolisme sexuel, etc., etc. L’établissement d’une intention à travers de présumés symboles n’est pas une science exacte. Et quand Plantu met un brassard rouge avec logo noir (FN et FI) sur rond blanc à M. le Pen et J-L Mélenchon, quelle est l’intention ?

En revanche, ce que traduit cette lamentable affaire, c’est que le point Godwin est atteint de plus en plus vite. Est-il possible svp de penser sans penser années 30 ? À force de raisonner par « c’est comme… », on découvre que le principe d’amalgame marche dans tous les sens et devient de plus en plus contagieux. Il est vrai que, dans cette affaire, Macron qui a visité Oradour et le mémorial de la Shoah juste avant le second tour, histoire de bien faire comprendre qui était sa rivale, est un peu le connotateur connoté.






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