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Benalla l’inoubliable
L’hallucinant feuilleton Benalla - de la baffe aux auditions parlementaires, du pistolet à eau à l’affaire d’État et du bus des Bleus aux tournées africaines en avion privé (avec passeport diplomatique) - pose des questions auxquelles la Justice donnera peut-être la réponse. Elles portent toutes sur des faits avérés ou pas. Possédait-il une arme illégalement ? A-t-il commis tel ou tel délit ? Qui protégeait qui ? Que contenait tel coffre fort ? Pourquoi un membre du service d’ordre du PS finit-il par conseiller de très gros capitalistes pour leurs investissements internationaux ?

Derrière ces faits même romanesques, des questions éminemment politiques puisqu’elles touchent au rapports de pouvoir dans un État de droit. Sans même imaginer un scénario dit complotiste - missions occultes pour la présidence et des secrets qui donneraient un moyen de pression au dynamique jeune homme - la façon dont des protégés du Président peuvent s’affranchir des contrôles administratifs et des règles publiques est déjà troublante. On a vu quelques vieux serviteurs de l’État bien humiliés dans cette affaire où il semble que la proximité avec le Prince ait valu tous les titres et prédominé sur toutes les fonctions. Maintenant que Benalla fait des affaires pour des sociétés turques et qataries et traite avec des chefs d’État, avec un document qui donne comme le droit de représenter la France, cela touche encore plus à la souveraineté.

Mais derrière les faits et les pouvoirs, il y a les symboles de l’autorité, et là, l’aventure du jeune castagneur ébroïcien qui se prenait pour Kevin Costner prend d’autres dimensions.

D’abord il y a son ex statut de garde du corps - en principe c’est l’homme prêt à se faire tuer pour celui qu’il protège - ; or cela met Bennalla à part. Celui qui doit montrer une fidélité sans borne menace maintenant son ancien maître qui avait pourtant appelé à l’indulgence pour ses fautes vénielles. Il est vrai qu’un certain préfet du palais Macron (21 av. JC, 36 ap. J.C.) a trahi (voire assassiné) Tibère au profit de Caligula. Il ne faut donc pas confier son corps (ou sa sûreté) à n’importe quel ambitieux. Il y a ici un effet de miroir inversé. On ne peut dire Benalla, sans penser Macron (Emmanuel). Et quand celui-ci dit « qu’ils viennent me chercher », jouant à son tour bien davantage les matamores que les olympiens, alors, qui est le protégé, qui est le protecteur, qui joue les durs ?

Ensuite le thème du privilège et du passe-droit. La litanie des faveurs et avantages accordés au jeune favori - du pouvoir de commander un CRS à celui de rentrer à l’Assemblée, d’un appartement à une voiture -,... S’ajoute la façon de se glisser dans la peau du policier, du colonel de réserve, du diplomate et du négociateur, maintenant. Tout ceci était déjà déplorable en septembre, cela devient ravageur en pleine révolte des Gilets jaunes. Celle-ci met au premier plan le détournement du Bien public, la fracture entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, la nécessité du contrôle et la lutte contre la connivence, l’impunité, le mensonge d’État… Et revoilà le thème du mépris et de la dignité.


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