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Facebook : le pouvoir d’occulter et de suggérer

Le feuilleton Facebook continue. Il est question d’une faille de sécurité qui n’aurait fait « que » 30 millions de victimes (et encore ce serait du spam à des fins économiques et non politiques)... En même temps, la firme annonce qu’elle va prendre de nouvelles mesures pour garantir que les élections de midterm américaines ne soient pas faussées par des interventions en ligne. En l’occurrence, il s’agira de retirer les fausses informations qui pourraient décourager des électeurs de se rendre aux urnes (rumeurs sur des bureaux de vote fermés, par exemple) mais aussi de sanctionner la diffusion d’informations dérobées. Comprenez qu’il s’agit d’empêcher quelque chose de comparable à la diffusion publique des mails dérobés au Parti Démocrate en 2016.

En septembre, Facebook avait annoncé qu’il mettait en place une « war room », une chambre de guerre à son siège de Menlo Park pour prévenir toute tentative d’interférence dans ce scrutin. Sans parler des retraits de comptes suspects.

Ceci s’ajoute à la longue liste des initiatives politiques ou géopolitiques (dans la mesure où il s’agirait de combattre des opérations de déstabilisation russes) lancées par Zuckerberg :
- retrait de comptes supposés gérés par l’Internet Research Agency russe
- retrait de comptes présumés iraniens et participant à des opérations de propagande
- retrait de comptes d’Alex Jones (Infowar), de suprémacites blancs, de Right Wing News ou de Nation in Distress, mais aussi de comptes comme Anti Media ou Free Thought Project, nettement de gauche, frappant ainsi au total plusieurs millions d’abonnés
- obligation d’identifier clairement les annonces politiques sponsorisées ou celles de comptes ayant un nombre anormalement élevé d’abonnés
- multiplication des commissaires de l’information censés notamment faire la chasse aux fake news
- obligation d’indiquer le pays d’origine de ceraiens pages
- règles plus strictes pour la censure des fausses nouvelles qui pourraient inciter à la violence ou à la haine
- lutte contre les propos « déshumanisants » et complotistes ou les « comportements inauthentiques » laissant soupçonner une opération d’influence
- participation à des réseaux internationaux de fact-checking comme IFCN
- partenariat avec le très atlantiste Atlantic Council pour combattre la propagande étrangère dans les élections
- changement des algorithmes pour éliminer davantage de faux comptes ou faux contenus...

Et quand bien même on ne croirait pas aux accusations de Trump ou aux protestations internes d’employés sur les biais libéraux de la société, il est difficile de contester la puissance politique de Facebook (2 milliards, 23 d’utilisateurs, en croissance malgré ses ennuis et la tendance des jeunes Américains à retirer l’application après le scandale Cambridge Analytica).

Certes, la firme de Zuckerberg a tendance à favoriser les contenus libéraux ou progressites et à sanctionner les contenus anti-systèmes. Mais on serait surpris qu’une firme dominante ne partage pas l’idéologie dominante qui est celle des dominants. La vraie question est que nous avons confié à une autorité que personne n’a élue un pouvoir inédit. D’abord de diriger notre attention à son gré et suivant ses critères, donc d’occuper le temps (ici un temps de cerveau) d’autrui, ce qui est la définition du pouvoir. Ensuite de créer un nouveau type de socialité basé sur la présentation de son petit Moi et sur la recherche du semblable ou du copain-miroir. Enfin et surtout, comme l’a montré l’affaire Cambridge Analytica, nous avons conféré à une société commerciale, la capacité de nous profiler, de connaître nos désirs ou nos préjugés les plus intimes et de nous faire une proposition (commerciale ou politique) qui y corresponde parfaitement. Et cela, aucun État n’a jamais pu le faire.


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