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Déstabilisation 3

Les opérations de déstabilisation telles que nous les avons décrites précédemment (1 et 2) reposent sur deux éléments : stratégie à long terme d’affaiblissement idéologique ou d’image mais aussi dissimulation des origines de l’action qu’amplifie le vecteur technologique-. Le premier élément agit dans une perspective longue - un conflit par l’information- la seconde repose sur la vitesse. Plus vite le logiciel ou le message - une fausse nouvelle par exemple - se répand sans être repéré ou contré, plus il est efficace.
La combinaison des deux fait des attaques subversives des déclencheurs. De désordres et de
polémiques d’abord. À terme, elles tendent à changer moins ce que croient globalement les gens que la façon de croire et les modes d’accréditation de l’information. Elles vont susciter comme deux ondes d’expansion contradictoires. D’une part, elles nourrissent un scepticisme de masse - à l’égard des médias, des experts, des politiciens, etc. - qui contribue à éroder le consensus démocratique. Ce dernier repose après tout sur un accord minimal sur la représentation que nous nous faisons de la réalité.
L’autre onde est celle de la réaction et de la méfiance, voire de l’interdiction. Ainsi, plus on dénonce les fake news, plus on les attribue qui à un complot russe, qui à la mentalité des masses populistes à l’ère de la post-vérité, qui aux dangers des réseaux sociaux qui tendent à isoler chacun dans sa propre vérité, plus se creuse le fossé entre deux fractions de la population. De façon plus générale entre l’information offensive, l’information douteuse et, bien sûr toutes les combinaisons des deux, notre système général de représentation de la réalité et de confrontation des croyances se trouve remis en cause.

Toujours à la frontière de l’activisme 2.0 ou de la protestation - ou en feignant les caractères- les cyberattaques de ce nouveau type sont la source de dissensus et nous commençons seulement à voir les débuts mais aussi les symptômes d’un désordre informationnel dans des sociétés qui se voulaient « de l’information ».

Ces opérations, quand bien même elles seraient menées par des services d’État ou des puissances qui se dissimulent, se présentent toujours comme une résistance : protestation d’un groupe militant de type Anonymous, résultat de l’enquête d’un média honnête et non inféodé au système, cri d’une opinion bâillonnée par les élites qui sont dans le déni de la réalité, révélation d’un courageux témoin ou analyste... Dans tous les cas, une riposte à une manipulation antérieure (celle des idées dominantes) et la réplique à une violence symbolique, notamment celle de la langue sans réplique des mass médias, celle que les élites imposent à ceux d’en bas en leur faisant intérioriser leur vision de la réalité. Ce sont en quelque sorte les puissants qui ont commencé : tel est le postulat qui justifie ces opérations présentées comme des répliques du faible au fort.
Corollaire de cette rhétorique du contre (contre information, contre pouvoir, contre violence symbolique...), il est difficile d’analyser les objectifs de ces opérations. D’abord parce qu’il n’est pas aisé de savoir si le discours est sincère et authentique (s’il émane bien de qui il prétend), s’il reflète bien un courant d’opinion, s’il y manipulation et de qui, etc.
Mais aussi, parce que ses effets (recherchés ou pas) seront forcément ambigus. À un premier niveau, des internautes croiront (ou pas) en la véracité de tel événement ou de telle déclaration, en concevront tel sentiment d’indignation ou de révolte, éventuellement tendront à modifier leur comportement économique ou électoral, etc. À un stade supérieur ou ultérieur, la prolifération de telles opération produit un effet global de chaos : diffusion du scepticisme, méfiance envers les sources d’informations (mass médias, experts ou réseaux sociaux), prolifération des théories de la manipulation indifférence des masses à l’égard, sinon des faits, du moins des procédure d’accréditation de la vérité en cours dans nos sociétés. A fortiori si le « Système » se défend par le déni, l’interdit, ou le complotisme anticomplotiste (qui attribue aux interférences étrangères, aux désinformations populistes ou aux falsifications en ligne, ses échecs électoraux et le désamour des masses).


La lutte contre les cyberopérations de déstabilisation doivent donc être traités sur un plan
- épistémologique puisqu’il s’agit de distinguer le vrai du faux, le probable et le leurre, l’intention réelle..
- stratégique : comprendre quelles sont les moyens employés et les fins recherchés (et si elles ont été atteintes ou ont produit des effets parasites), quelle est et ce que vaut la contre-offensive, comment s’enchaîne le jeu des effets et conséquences
- sociologiques et culturel (pour ne pas dire idéologique), dans la mesure où l’effet de déstabilisation (comme d’ailleurs la diffusion, l’acceptation, l’amplification du message) dépendent, évidemment, des mentalités des populations visées, de leur présupposés sur ce qui est vraisemblable, scandaleux..
- médiologique puisqu’il faut comprendre tout ce qui s’interpose entre des effets de signe (le message de l’attaque) et des effets sur le réel, à savoir des médias, traditionnels ou 2.0, et des groupes ou communautés qui interprètent et réagissent.



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