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Facebook et la révolte des conservateurs
Les GAFA sont des puissances que Trump accuse de le censurer. Surprise : de l’intérieur de Facebook on se plaint aussi de partialité et de «haine ».
En effet, plus de cent salariés de la société californienne, déjà plongée dans les ennuis ont contresigné un message de Brian Amerige « pour la diversité politique » critiquant la monoculture idéologique de Facebook » et son intolérance aux idées sortant du schéma libéral-libertaire, disons progressiste au sens américain : pour un capitalisme sans frontières, politiquement correct. Publié par le New York Times, la dénonciation au nom d’une minorité que l’on n’a guère l’habitude de plaindre fait grand bruit.

L’incident qui pose une fois encore la question du pouvoir idéologique des GAFA, n’est pas tout à fait nouvelle. En 2016, on apprenait que les données Facebook permettaient de mesurer vos préférences politiques sur une échelle allant du plus libéral (au sens américain) au plus conservateur. Et, en 2016 aussi, un rapport paru sur Gizmodo avait accusé la compagnie de M. Zuckerberg, de défavoriser les contenus conservateurs sur la liste de nouvelles importantes (trending news, ce qui n’est pas une petite affaire si l’on se souvient combien environ deux milliards d’utilisateur sont dépendants de l’algorithme (et de quelques modérateurs, derrière lui) qui décident de ce qui doit passionner les foules. Les « curators » auraient eu la volonté de précipiter dans la spirale du silence - celle des informations qui n’attirent pas l’attention et deviennent donc de moins en moins populaires - tout ce qui pouvait favoriser les républicains et ce que nous appellerions le populisme ou la critique du système.

Bien entendu, nous n’avons pas les moyens scientifiques de mesurer ce biais souvent évoqué par ceux qui s’en sentent victimes. Il est techniquement possible d’exercer un contrôle idéologique sur une plateforme :
Soit en supprimant de contenus « incitatifs » ou des comptes au nom des règles de Facebook relatives à l’appel à la violence, à l’indécence, aux discours haineux, à l’extrémisme, aux contenus discriminatoires, aux offenses ressenties par telle ou telle minorité. En fonction d’une interprétation plus ou moins orientée de ces critères, on peut pratiquement tout prohiber comme susceptible de produire un dommage moral ou social... Sans oublier la lutte contre le intentions manipulatoires, la désinformation ou les fake news.
Soit on oriente positivement l’attention des internautes vers les contenus souhaitables ou amis, selon la vieille règle qui veut que le pouvoir soit aussi le pouvoir de vous dire à quoi penser. Et ipso facto, les mauvais messages deviennent sinon introuvables, du moins, infiniment moins accessibles.

Ces manœuvres, théoriquement possibles, Facebook aurait-il la volonté de les exécuter. Il y a plusieurs arguments en ce sens :

Les convictions personnelles de Marc Zuckerberg qui n’a jamais fait mystère de son soutien à Hillary Clinton et que beaucoup verraient comme candidat « de gauche » à la prochaine élection présidentielle
La sociologie des employés de Facebook, bobos, branchés,membres des élites « ouvertes » dites nowhere, et qui ne votent certainement pas Trump dans leur immense majorité. Cela contribuerait à cette culture politique de l’unanimité et de l’évidence vertueuse que dénonce le manifeste.
L’intérêt de la société elle-même : accusée d’avoir fait élire Trump en tolérant trop de fake news et de communautés conservatrices, impliquée dans le scandale Cambridge Analytica, Zuckerberg qui a promis de réparer le Net, a tout intérêt à donner des preuves de vertu et à combattre les forces obscures.

Quand bien même cela serait, la méthode serait-elle efficace ? Elle pourrait au contraire renforcer la conviction des trumpiste ou autres conservateurs que leurs idées sont censurées, par les mass-médias d’abord, par les patrons des réseaux sociaux ensuite, et les renforcer dans leurs convictions. S’il suffisait d’exposer plus fréquemment les cerveaux à des idées pour les convaincre, tout serait trop simple.

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