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Nostalgies et lucidités
Rien qui donne plus l’impression d’être intelligent que de regarder les documentaires télévisés qui prolifèrent en ce moment sur les années 60. Bien entendu, c’est une illusion rétrospective qui nous permet de penser qu’il y a cinquante ans, nous aurions,nous, bien deviné que les Américains allaient à la catastrophe au Vietnam, que les ouvriers ne suivraient pas les étudiants de mai 68, que l’assassinat de Martin Luther King garantissait in fine le succès du mouvement des droits civiques US, que de Gaulle retrouverait sa légitimité dès que la majorité silencieuse irait aux urnes, que personne, ni à Berkeley ni à Berlin ne ferait une révolution politique (ni d’ailleurs ne désirait prendre le pouvoir), mais que chacun inventait les formes culturelles et les modes de vie futurs du libéralisme, que la répression est contre-productive (sauf chars et plus si affinités), que la classe ouvrière vivait ses derniers rêves, qu’il n’y avait pas vraiment de troisième force communiste indépendante de Moscou et Pékin, que le communisme allait décliner, que les capitalistes seraient tout sauf balayés par ces milllions de gens courageux, intelligents et surtout jeunes et beaux qui avaient juré leur perte. Bref que le communisme dont se réclamaient tous les libérateurs était moribond et que le Système capitaliste rentabiliserait tous les talents qui l’avaient contesté.
Avec le recul aussi, sauf quelques lucides fort désabusés, les personnages d’alors - y compris ceux que nous avons admirés - nous paraissent mi niais mi hypocrites, car nous tendons à leur appliquer nos critères de moralité : comment, tu parlais de la Chine mais tu savais que Mao a tué des millions de gens ? Tu ne te souciais pas du sort des femmes et des homosexuels ? Tu voulais doubler la production, et tu te foutais de l’écologie ? Tu as cru sincèrement que ce dictateur allait libérer l’Afrique ? Etc. Le Médiologue s’agacera aussi qu’au moment de la naissance de l’informatique, de la conquête spatiale et au moment où la télévision changeait la sensiibilité des masses (et même si les témoins d’époque ne cessent de répéter « je voyais des images du Vietnam tous les soirs aux actualités et c’est ça qui m’a décidé »), les penseurs aient si peu pensé aux pouvoirs de la technologie. Mais bien entendu nous n’aurions guère été plus clairvoyants à l’époque et il ne faut pas croire qu’ils soient niais et nous enfin lucides. Sinon dans cinquante ans..., ah non nous serons morts.
Simplement les penseurs des années 60 qui croyaient agir sur le monde et a fortiori ceudes acteurs qui s’imaginaient théoriser leur action obéissaient forcément à une double illusion. La première est d’avoir tous cru qu’ils avaient inventé la méthode innovante pour faire la révolution ou changer le monde à moindre frais : les vraies révolution demandent plus de passion et plus de sang. La seconde est d’avoir pensé de façon binaire un monde où un Vietcong et une fille à la guitare étaient pareillement opposés à un clan où l’on ne distinguait pas un tortionnaire sud-américain du patron de Pirelli et où il n’y avait pas de différence fondamentale entre un coup de bidule et une napalmisation. S’il faut une coupable, appelon-la idéologie, mais en précisant aussitôt que l’idéologie n’est pas un délire fantasmé par des acteurs. C’est une vision, mobilisatrice et efficace, qui résoud deux de nos plus grands problèmes avoir une communauté à aimer et un ennemi à nommer. D’où grande efficacité psychologique et faible rentabilité stratégique.

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