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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Theresa May accuse Internet

Après l'attentat de Londres, dans sa très "churchilienne" déclaration, Teresa May a dénoncé les grandes entreprises du numérique qui fournissent "au terrorisme des espace sûrs pour se protéger" et en appelle à un accord international pour bloquer la diffusion de l'extrémisme. Qu'est-ce que cela pourrait impliquer en pratique ?

Rappelons d'abord que presque spet internautes sur dix dans le monde vivent sous le régime de la censure.

Par ailleurs, rappelons aussi
- Que des centaines milliers de comptes Twitter ont été supprimés pour apologie du terrorisme, mais il est vrais souvent reconstitués avec une légère variante peu après
- Que Facebook coopére avec le gouvernement US pour contrer la propagande de Daech,
Que Google a mis au point des algorithmes pour empêcher de trouver des contenus djihadistes, etc.,
Que les grandes compagnies du Net ne cessent de proclamer leur volonté de lutter contre les contenus choquants, haineux, les fake news, etc., qu'elles le fassent par conviction sincère ou pour leur image.
Qu'il existe énormément de dispositifs pour retirer les contenus pornographiques, les discours de haine et que ce débat remonte aux années 90 (y compris le thème du terrorisme en ligne qu'il faudrait empêcher de faire sa propagande
Que le Royaume Uni, dont le service de renseignement électronique le GCHQ travaille étroitement avec la NSA, a, avec sa loi dite Investigatory Powers Act de 2016 de très importants moyen de surveillance en ligne.
Que nombre de pays autoritaires pourraient prendre le prétexte de ce que font les démocraties pour censurer leurs propres opposants comme terroristes, extrémistes ou diffuseurs de fausses nouvelles.

Rappelons aussi tout ce que l'on peut faire pour lutter contre des contenus jugés idéologiquement nuisibles (et que font nombre de gouvernements) :
Renforcer les sanctions pénales pour ceux qui émettent ou consultent des contenus interdits
Surveiller les points de connexion comme les cybercafés en conservant des données sur qui s'est connecté sur quoi
Censurer au sens classique, ce qui peut consister à obliger un hébergeur à supprimer un site, ou obtenir la suppression d'un contenu précis (une page) supprimer des comptes su les réseaux sociaux,
Rendre inaccessibles des contenus en faisant en telle sorte que l'internaute qui en tape l'adresse ne puisse y parvenir (techniquement par le Domain Name Server ou les Routeurs
Filtrer les recherches par moteurs de recherche (qui pourraient mener au contenu nocif, méthode employée en Chine) ou filtrer certains mots (toujours en Chine : l'internaute qui tape certains idéogramme interdits reçoit un message d'avertissement)
Aucune de ces méthodes n'empêchera le contenu de subsister sur Internet, notamment dans le dark web, mais la probabilité que des masses de gens les consultent, surtout au hasard d'une navigation diminuent terriblement.

Par ailleurs, il y a la surveillance du Net, qui est autre chose : pour arrêter des gens ou pour agir sur des messages dangereux, il faut les repérer dans des milliards d'images et de textes, soit sur des sites, soit sur des comptes de réseaux sociaux, soit dans des messages.
Là encore on peut repérer soit avec de la force de travail dédiée (des censeurs ou policiers qui lisent le contenu des pages et des comptes), soit en demandant aux internautes de signaler des contenus choquants ou suspects, soit enfin en confiant la tâche à des algorithmes (comme le logiciel eGLYPH) qui repèrent les mots sensibles ou leurs équivalents et signalent là où il pourrait y avoir contenu djihadiste. Ceci marche aussi pour les images : des algorithmes peuvent signaler ce qui pourrait être une image pornographique ou porter le drapeau de Daech, par exemple.

Donc que faire de plus ? On a cru comprendre que Theresa May comptait sur une action internationale pour obliger les applications comme Telegram ou Whatsapp de donner des moyens de décrypter leurs messagerie. Là aussi, c'est un vieux débat : doit on laisser circuler des moyens de communication que personne (pas même son concepteur dans le cas de Telegram qui pratique la cyptologie de bout en bout et n'a aucun contrôle sur ce que font les utilisateurs) ne peut décrypter et où on n'a pas, en quelque, sorte de porte de derrière pour aller voir ce qu'il y a vraiment dans les échanges entre internautes. Le problème étant ici que ce que peut faire Telegram ou Whatsapp, d'autres pourraient le faire à leur tour.
Dernier élément : les djihadistes se reportent de plus en plus sur le Dark Web et font de plus en plus passer leur propagande (honnêtement de plus en plus difficile à trouver si l'on est non initié) par des relations interindividuelles pour indiquer aux sympathisants où trouver ces contenus.

Bref, et sans même rentrer dans l'éternelle discussion sur la protection de la vie privée, les déclarations d'intention de May vaudront en termes d'efficacité ce qu'elles vaudront techniquement. Et c'est loin d'être évident.


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