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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Vrai-faux discours djihadiste
Circule-t-il de faux exemplaires du mensuel de Daech "Al Rumiyah" ? Nous avions ici-même commenté le numéro 9 (mai) de cette revue en dix langues. Il est cette fois question d'un numéro spécial Ramadan. D'après the Independent l'EI aurait publié un "spécial Ramadan" ne mentionnant pas l'attentat de Manchester (revendiqué par ailleurs par l'agence a Maq) mais qui invite les croyants à considérer le mois sacré comme la meilleure période pour pratiquer le djihad et gagner le martyre. Ce serait, pour ceux qui ne peuvent pas faire la hijrah et se rendre au front en Irak ou en Syrie, le moment idéal pour s'engager dans la lutte chez eux.
Sur le fond de la déclaration, reprise, par ailleurs, sur You Tube, guère de surprise : des instructions sur la façon de commettre un attentat, y compris avec une voiture, des listes de cibles soit par pays comme la Turquie, l'Iran, la Russie ou l'Égypte, soit en raison de leurs fautes, comme les mauvais guides religieux, mais aussi n'importe quel civil "mécréant". Le tout notamment dans un article de Abul-Hasan al-Mujahir.

L'idée de faire des attentats pendant le mois de ramadan est-elle conciliable avec la ligne doctrinale d'EI ? Oui si l'on en croit l'expérience, et, par ailleurs, la valeur particulière de l'attentat en période de ramadan a été théorisée par d'autres groupes salafistes, comme Jabat al-Nosra (canal al Qaïda "historique") qui les recommandait dans sa revue al Risalah en Juillet 2015. Et, toujours en doctrine, l'appel à faire soit la guerre "par la grande porte" sur le front du pays de Cham, soit par des attentats dans les pays ennemis dont on est éventuellement ressortissant, et sur des cibles plus "modestes" n'est pas nouveau. Stratégiquement, on pourrait comprendre qu'une organisation à deux pas de la défaite militaire sur le terrain encourage la propagation du terrorisme derrière les lignes ennemies. Du reste, le chef de la propagande de l'EI al-Adnani, maintenant mort, recommandait aussi cette pratique pendant le mois sacré.

Où est le problème ? Dans le soupçon qui porte sur l'authenticité du numéro. D'après des messages qui circulent sur les listes de diffusion Telegram, mais aussi d'après de organisations de contre le djihad, le numéro serait truffé de virus. Comme cela s'était déjà produit au moins une fois en février, personne de vraiment prudent n'ira télécharger le numéro qui circule en PDF. On nous pardonnera de ne pas donner les liens.
Que l'information soit vraie (au sens où les apprentis djihadistes verraient leur ordinateur tomber en panne, comme nous ne l'avons pas testé) ou qu'elle ne le soit pas (et que plus personne ne sache vraiment ce qui est authentique ou compromis au sens informatique), l'effet de confusion est indéniable. Comme il est indéniable qu'il est de plus en plus difficile de trouver du matériel de propagande djihadiste (de la façon dont nous le faisions régulièrement pour l'analyser il y a quelques mois). SI l'on ajoute à cela la répression judiciaire de la diffusion de propagande djihadiste, et surtout les obstacles purement informatiques que dressent les moteurs de recherche pour empêcher de "tomber" sur ce genre de littérature, Daech a certainement plus de mal à s'adresser à ses partisans. Même si l'organisation continue apparemment à tourner des vidéos même sous les bombes de la coalition. Personne ne va se plaindre de ce ralentissement (qui va de pair avec une relative baisse de qualité de la propagande de l'EI). Elle va donc de plus en plus passer par des réseaux humains, par des "frères" qui initieront et expliqueront comment arriver au contenu sans se faire repérer ou compromettre. D'où un ralentissement plus que probable. Dans tous les cas, si un service d'État, éventuellement étranger, avait compris l'intérêt de l'infiltration et des stratégies de perturbation contre les réseaux 2.0, ce serait une bonne nouvelle

Voir Daech : l'arme de la communication dévoilée

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