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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Attentat des Champs-Élysées
Montée en puissance

L'attaque des Champs-Elysées menée par au moins un agresseur (*) capable de se procurer une arme automatique, ayant tiré un policier en 2001, déjà condamné 4 fois (peut-être radicalisé en prison s'il ne l'était avant) et dont l'action est immédiatement revendiquée par l'État islamique traduit, bien évidemment, une escalade par rapport aux deux autres attaques djhadistes de l'année : au Louvre à la machette en février, à Orly en mars où l'agresseur tentat de s'emparer des armes de militaires.
Si l'on ajoute les deux djihadistes arrêtés à Marseille avec un arsenal et des explosifs, mais dont on ne connaît pas la cible avec certitude, on ne peut nier le retour au premier plan du terrorisme.
Si l'on peut parler de "tendances" en ce domaine, que remarquer ?

- Que les cibles sont souvent des militaires ou des policiers (attaque d'un commissariat et égorgement d'un couple de policiers en 2016 p.e.). C'est tout sauf une surprise. D'une part tous les groupes terroristes, religieux ou pas, tendent à privilégier les cibles en uniforme, qui représentent l'État haï et de la répression qu'il exerce. D'autre part, pour un djihadiste, comme celui-ci, qualifié de combattant du califat par l'Ei, s'en prendre à une cible "noble" puisqu'armée est sans doute plus gratifiant. Frapper ceux qui sont sensés nous défendre est une façon d'amplifier la peur et de "mettre la France à genoux", selon une des expressions favorites des djihadistes. Mais, dans certains articles des revues de l'EI, on tente de consoler les apprentis martyrs qui ne pourraient s'en prendre qu'à de simples civils, en les écrasant avec un véhicule, par exemple : leur action est également appréciée en fonction des opportunités.

- Que la frappe sur les Champs-Élysées et en période électorale a évidemment un sens. Mais ce sens, il ne faut pas le surinterpréter. Les djihadistes comprennent bien qu'en frappant là et à ce moment, ils susciteront un maximum de publicité et de réactions, notamment politiques. Si l'on va par là, ils veulent bien frapper, en effet, tout ce que représentent les élections et le processus démocratique, puisqu'ils le condamnent explicitement toute loi qui émane des hommes et non de Dieu. Mais ne leur prêtons pas un dessein diabolique de peser sur le résultat : ils ont suffisamment de motifs en dehors de cela.

- Que le "niveau technique" pourrait évoluer. Même si de telles statistiques sont à relativiser, en 2016 les attaques djihadistes en France ont été perpétrées au couteau ou au camion, par des solitaires ou de petits groupes n'ayant jamais été en Syrie ; elles ne demandaient guère de préparation tactique. Avec les arrestations de Marseille et avec l'attaque des Champs Élysées, nous voyons que l'arsenal et l'intendance (faux papiers, caches) sont d'un autre niveau. Au moment où nous parlons, nous ne savons pas si les djihadistes ont été combattre au "pays de Cham", ni jusqu'à quel point ils étaient en contact avec des groupes organisés ou le califat lui-même.

Il faut sérieusement considérer l'hypothèse que l'État Islamique, reculant sur le terrain, soit encore en mesure, sinon d'envoyer des commandos organisés comme celui du Bataclan, du moins de susciter des actions organisées avec des armes à feu et des acteurs endurcis.
Preuve que les défaites militaires dans une guerre "classique" peuvent trouver une compensation dans la guerre du pauvre qu'est le terrorisme. Ou que nous ne vaincrons pas Daech avec des bombardiers seulement.



* Au moment où nous écrivons, une chose n'est pas très claire : l'auteur de l'attentat a-t-il pris comme "nom de guerre" djihadiste "al Balgigki" (le Belge) ou y a-t-il aussi un djihadiste belge auquel l'EI attribuerait l'attentat et qui serait sur notre territoire ?

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