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Caricatures et fusillade de Copenhague

Si les dernières informations se confirment et si c'est bien le même tireur qui, après avoir mitraillé à Copenhague, une réunion sur art et blasphème puis une synagogue, s'est fait abattre, il faudra d'abord constater le caractère mimétique de son action "à la Merah" ou "à la Kouachi" : voilà un modèle qui pourrait susciter d'autres imitateurs en Europe. Il serait d'autant plus difficile à combattre que les auteurs, parfois bien répérés par la police qui n'a pas de motif pour les arrêter, peuvent mûrir leur projet dans leur coin avant de passer à l'action de manière imprévisible et sans avoir besoin d'une organisation très structurée.
Reste quand même que l'attentat du Danemark, comme celui contre Charlie, se présentent comme des rondes au pouvoir de l'image.
Les images - film ou dessin- ont le singulier pouvoir de causer une douleur inadmissible et de susciter un désir de tuer pour punir : voilà ce que nous est rappellé, dix ans après l'affaire des "caricatures danoises". Bien plus que la liberté d'expression que haïraient les jiahdistes (même notre "liberté" supposée, du seul fait qu'elle concède un droit aux hommes et non un devoi à l'égard de Dieu, est déjà condamable à leurs yeux), c'est l'offense que veulent venger les tueurs.

Rappelons les motifs des réactions violentes, y compris sur le plan théologique On en avance généralement quatre :

- L'offense faite au prophète qui mériterait la peine de mort, du seul fait que c'est le pire blasphème, donc l'obligation religeuse de punir le mal et la mécréance. Ce qui est pur nous un attentat est, pour, eux l'exécution d'un sentence indiscutable.

- Le contenu « idéologique » donc intentionnel, présumé islamophobe et politique, de la caricature. C'est un argument qui avait servi contre les caricatures danoises représentant Mahomet avec une bombe en guise de turban. Cela contribuerait à nourrir la confusion islam = terrorisme et donc le thème du clash des civilisations.

- L'insulte ressentie de façon corollaire par une communauté. Là encore, il n’est pas question de nier l’émotion sincère que peut éprouver un croyant devant toute attaque envers le prophète. Elle est tout aussi sincère que celle d’un Juif de savoir Israël traité d’État nazi ou celle d’un catholique confronté à des plaisanteries sur la sexualité du pape ou voyant une affiche de film qui mêle crucifix et croix gammée. Mais si le critère est celui de la subjectivité d'une douleur ou d'une offense, laquelle faut-il privilégier : celle du descendant d’esclaves qui s’indigne que l’on parle des bienfaits de la colonisation ou celle du fils de pieds-noirs ? Celle de l’homosexuel qui se sent humilié par l'homophobe ou celle du monothéiste dont la religion condamne, après tout, le péché de Sodome ? Celle du musulman qui ne supporte pas que l’on « stigmatise » le mariage islamique ou celle de la féministe ? La compétition des victimes et l’invocation récurrente des droits de la souffrance comme critères politiques trouvent ici leur limite. Et surtout on en mesure aujourd’hui les conséquences.

- La représentation du prophète serait insupportable (et à plus forte raison sa caricature). Or cette prohibition est loin d’être unanime dans l'Ouma. Certaines traditions prohibent toute représentation d’hommes ou d’animaux, d’autres représentent la figure humaine, y compris celle du Prophète, d’autres enfin, comme le montrent certaines miniatures, représentent des visages, mais masquent celui de Mahomet au moyen d’un voile ou d’une flamme.

Quant à l’iconophobie supposée de l’Islam, il faut nuancer, surtout en une époque où même les pays wahabites ont la télévision et où, même les talibans qui en principe interdisaient la musique, la photo et le cinéma, ne détestent pas poser pour l’objectif. La prohibition de l’image (à rapprocher de celle du judaïsme ou de la « querelle des icônes») se base sur quelques hadiths où le prophète, par exemple, se méfie des maisons où il y a des images.

Mais bien sûr, ce ne sont pas des arguments de cet ordre (certains déjà chez Platon) qui animent les manifestants. Ils se situent, eux, dans la perspective la plus primaire : celle où ils interpètent un "droit d'insulter" propre à l'occident (un droit dont ils remarquent au passage qu'il ne s'exerce pas lorsqu'il s'agit du judaïsme) comme une volonté de dominer. Et cela, ni excuses, ni interdits, ni refus de l'amalgame n'y changeront rien. Moins encore les manifestations de solidarité avec les caricaturistes ou les proclamations de bonnes intentions.



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