huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Trump surveillé ou parano ?
Mort de la vérité

"La vérité est elle morte ?" se demande Time daté du 3 avril et qui s'offre rien moins qu'une interview de Donald Trump sur le sujet. Le dossier commence sur l'affaire des écoutes, le président accusant Obama de l'avoir "wiretapped" (expression comme "eavesdropping" qui date de l'époque où l'on collait des bretelles sur les lignes fixes)., c'est-à-dire l'avoir fait écouter. Cette affaire, qu'il est tentant de mettre en parallèle avec celle du "cabinet noir" selon Fillon, montre un mécanisme qui tend à se répéter.

1° Trump fait une déclaration tonitruante - des tweets en l'occurence - : on l'espionne. Interrogé sur ce qui justifie cette accusation, il se réfère vaguement à ce qu'il aurait lu et demande une enquête sur ces soupçons, histoire d'équilibrer celle sur les rapports entre la Russie et son équipe de campagne. Trump se dit même guidé par son "instinct". Puis il nuance ses déclarations : cela ne voudrait pas dire exactement des écoutes téléphoniques à l'ancienne, mais une surveillance sous une forme indéterminée.

2° Double réplique immédiate. D'une part des médias qui ridiculisent la paranoïa complotiste de Trump. D'autre part des services d'État dont le FBI. Très vite, Devin Nunes, président républicain de la commission du renseignement de la chambre des représentants déclare le 15 mars qu'il n'y a aucune preuve que la Trump Tower ait été mise sous écoute.

3° Dans un troisième temps, le même Nunes déclare que le rapport du renseignement "l'amenait à penser que l'administration précédente avait une bonne idée de ce que le président faisait", ce qui est un peu vague. Il s'agirait d'un "recueil accidentel" ou "accessoire"de données concernant Trump entre novembre et janvier. Comprenez que, dans un cadre légal de surveillance sans doute d'agents étrangers, les services auraient été amenés à surveiller leurs correspondants, qui , comme par hasard, faisaient partie de l'équipe Trump. Le fait que ces agences aient publié des informations sur deux proches de Trump qui auraient eu des contacts non déclarés avec des Russes (ce qu'ils n'on pu savoir en lisant les journaux). C'est le mécanisme bien connu qui fait qu'en surveillant A, vous vous apercevez qu'il est en contact avec B, qui lui-même est en contact avec C et que vous pouvez ainsi construire une arborescence qui mène loin. Un malheureux hasard aurait ainsi fait que l'on aurait recueilli des informations sur la Trump Tower seul endroit au monde qui aurait dû être sanctuarisé (pour mémoire, sous Obama, on a écouté l'Élysée, l'UE, Hollande, Merkel, etc.). De fait, on ne peut pas produire des preuves de la compromission de Trump avec Poutine sans laisser entendre que l'on écoute un peu les gens qui sont compromis. Mais d'autre part il n'y a pas de démonstration matérielle que Trump ait été spécifiquement visé soit "légalement" dans le cadre d'un mandat FISA soit illégalement (à supposer que les milliers de documents produits par Snowden contiennent une once de vérité). Bref, confusion.

Le mécanisme en trois temps se retrouve en plusieurs occasions - déclaration "complotiste", dénégation conjointe des médias et de l'appareil d'État, réajustement un peu confus qui permet à chacun de s'en tenir à sa thèse en fonction de ses choix idéologiques. Comme le fait remarquer lui-même Time, il s'est produit la même chose lorsque 1) Trump a déclaré pour démontrer le danger de l'immigration "Regardez ce qui s'est passé hier soir en Suède 2) Les médias ont immédiatement rappelé qu'il ne s'était rien passé la veille dans ce pays 3 On a compris que Trump faisait allusion à une émission diffusée la veille sur Fox et que, effectivement, quelques jours plus tard il y a eu des émeutes en Suède (ce qui a permis à Trump d'asséner un "je vous l'avais bien dit".

Que Trump dise souvent près n'importe quoi qui corresponde à ses lectures partisanes, flatte les fantasmes de son public prêt à croire le contraire de ce que disent les médias "officiels", les élites et l'État, surtout l'État profond, c'est difficile à nier. Mais que l'unique réplique consiste à dire qu'il faut circuler, qu'il n'y a rien à voir et que ces souffrent d'une maladie qui serait l'allergie à la vérité, n'est pas une contre-stratégie très efficace.

 Imprimer cette page