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Trump élu : la guerre des représentations
La trumpisation du réel


L'élection de Donald Trump a suscité une quantité impressionnante de commentaires en boucle ; après avoir épuisé synonymes et variantes de choc, effondrement, tornade. tsunami, catastrophe, etc. ils reviennent peu ou prou aux mêmes constats :
c'est surtout un vote des Blancs d'en-bas, ceux que l'on qualifiera suivant le cas d'Amérique périphérique, ou d'oubliés de la mondialisation, ceux dont Michael Moore disait avec justesse que c'était leur dernière chance de prendre le pouvoir face à l'alliance entre les minorités et les bénéficiaires de la mondialisation, les prospères, branchés, mobiles, diplômés, vivant dans les centre urbains...
les spécialistes de l'opinion, sondeurs et journalistes, reconnaissent qu'ils n'ont rien vu venir. Les plus honnêtes précisent que les élites dont ils font partie vivent hors sol, dans une bulle.
ceci tient à la fois au fait qu'ils désiraient ouvertement l'élection de Clinton, au moins pour éviter le pire du pire, et qu'ils prenaient donc leurs désirs pour la réalité mais aussi à leur incapacité à comprendre "ces gens-là" que, d'ailleurs, ils risquaient peu de rencontrer physiquement. L'électorat de Trump est-il uniquement composé des prolos au ventre gonflé de Budweiser et des mémères botoxées que nous ont présenté les reportages ?
il ne sert absolument à rien de faire défiler Hollywood, les stars de la pop culture, les icônes mainstream, les champions de ceci et les idoles de cela pour répéter que Trump est raciste, sexiste, brutal et débile, et Hillary cool par comparaison
il ne sert à rien de faire honte en tenant des listes des gens que Trump a insultés, des codes qu'il a brisés, des lignes rouges qu'il a franchies, des gens qu'il a stigmatisés. Son électorat adore.
-il ne sert à rien de mobiliser des batteries de fact-checkers qui relèvent les mensonges et contradictions, il ne sert même à rien de constater que les électeurs de Trump vivent dans un régime de "post-vérité" et se fichent complètement des faits pourvu que l'on agite leurs fantasmes
il ne sert à rien d'avoir l'establishment - y compris une grande partie de l'establishment républicain ou celui de Wall street- mobilisé au nom du principe de réalité

Ces analyses, d'ailleurs globalement vraies, il est évidemment tentant de les transposer chez nous et de poser quelques hypothèses
la lutte des classes revient, largement sur une base ethnique et géographique (centre contre périphérie)
le conflit intérieur est lié au conflit extérieur, celui qui naît de la mondialisation
l'idéologie dominante - comprenez l'idéologie de ceux qui dominent le débat médiatique et politique et tracent les frontières entre constats évidents ou acceptables et "fantasmes" ou "idées nauséabondes" - est narcissique (voyez notre supériorité morale) ou autiste. Ceux qui sont chargés de décrire le monde et accessoirement de le diriger ne peuvent comprendre ce qui se passe dans la tête de la plèbe. Négligeant le fait que d'autres puissent avoir d'autres intérêts ou d'autres valeurs, les élites tendent à psychiatriser (délires, projections, recherche de boucs émissaires) ou à crétiniser le "populisme" (ces gens sont manipulés par des démagogues, ils subissent une trumpisation des esprits). Paradoxe : lesdites élites qui appellent sans cesse à se débarrasser de ses peurs irrationnelles -peur de l'Autre, peur de la mondialisation et de l'ouverture, peur de la modernisation et du changement - vivent maintenant dans la panique. Ils craignent la révolte (ou plutôt de la révolte conte la révolte des élites pour parodier un titre de Christopher Lasch). Ceux qui ne refusent les idées "clivantes" sont confrontés à la nécessité de désigner l'adversaire d'en bas et d'en dehors.
Non seulement les médias traditionnels se heurtent au scepticisme de masse, à l'ironie de ceux qui croient que tout cel est manipulé pour leur rendre la réalité acceptable voire plaisante et que la vérité est ailleurs , non seulement les anciens leaders d'opinion n'ont plus guère de prise, mais ils semblent avoir un effet contre-productif sur les exaspérés. Les quels semblent d'ailleurs se reporter largement sur les réseaux sociaux où, chaque fois que les médias traditionnels leur affirment que tout va bien et qu'il fait beau, ils trouveront des milliers de témoins qu'il pleut des cordes.
Le pouvoir d'établir ce qui est réel et ce qui est souhaitable se heurte à la colère, à l'accusation de déni de réalité et aux nouvelles formes de rassemblement. Y compris sous la forme technologique des réseaux 2.0 qui deviennent l'espace incontrôlable d'une contre-vision.

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