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De la censure



Eros, Thanatos et Anastasie


Il n'existe probablement pas de système juridique ou culturel qui autorise à "tout" montrer, ni ne codifie les représentations excitantes ou brutales au moins pour certains et sous certaines formes. Pas plus qu'il n'existe sans doute de système politique qui ne limite l'extériorisation des pulsions agressives et sexuelles. Personne ne doute que ces critères soient relatifs - il fut un temps où laisser paraître une oreille était obscène et emmener les enfants aux exécutions publiques pédagogique. Toute prohibition suppose un discours qui, du principe d'autorité à celui de compassion, semble varier autant que la perception de la chose par l'époque.
De la pornographie, il est souvent dit que "c’est l’érotisme de l’autre", que "la pornographie d’hier est l’érotisme d’aujourd’hui", ou "je ne sais pas définir la pornographie, mais je sais la reconnaître quand je la rencontre". Il existerait donc un critère général des bonnes et des mauvaises représentations, révélateur du mal qui réside en elles et principe qui justifierait de l'épargner au moins aux plus "sensibles". Étant entendu qu'il sera ici question des représentations stigmatisées pour avoir montré ce qu'il est souvent légal de faire, oublions la pédophilie...
Quant à la violence représentée, comment la prohiber sans limiter sa cible à la violence que l'on précisera immédiatement gratuite ou extrême ? D'une côté, une force exaltée (violence juste ou patriotique), une violence qu'il faut raconter ne serait-ce que pour comprendre la marche du monde, son histoire ou ses mythes. Ou encore une violence inévitable parce que le conflit est le ressort de la plupart des narrations. De l'autre celle qui, même réduite à son spectacle, ajoute le mal qu'elle fait au mal qu'elle montre. S'il existe un monde où l'on ne peut se procurer ni la Baghavad-Gita pour bellicisme ni Astérix à cause des baffes d'Obélix, nous ne tenons pas particulièrement à le connaître. Mais on n'imagine pas non plus que le sadisme sans voiles puisse s'autoriser d'un libéralisme sans limite.

Logiques de l'exception


Il faut bien qu'une autorité sépare l'insupportable du licite. Ainsi, des représentations dont la modération, l'allusion ou la stylisation garantiraient l'innocuité, ou qui pourraient se réclamer d'une intention artistique ou morale quand ce n'est informative, dénonciatrice.
Lorsqu'il s'agit de censurer, les praticiens doivent recourir à des classements objectifs. Qu'apparaisse un poil pubique, qu'un pénis prenne tel angle, qu'il y ait tant d'emboîtements, que des enfants soient présents dans telle scène, que la caméra s'attarde sur le rictus ou le vermillon, que tant de séquences comptent tant de morts, et voilà l'affaire classée ? On se doute que ce n'est pas si simple : il se trouvera toujours quelqu'un pour excuser par l'art cette scène de coït non-simulée ici, ou, inversement pour découvrir de la violence morale ou structurelle dans une scène où ne s'échange pas une pichenette. Même le code Hayes aux États-Unis qui chronométrait les baisers et mesurait les centimètres de chair au dessus du nombril ne pouvait se dispenser de références moins empiriques. Et l'énumération vire souvent à l'arbitraire. Fin 2014, le British Board of Film Censors britannique, au nom de la dignité, empêche les producteurs de porno en ligne britanniques ou les sex shops de montrer fessée, éjaculation féminine ou "facesitting" (s'assoir sur la figure du partenaire) là où le gang bang, l'éjaculation faciale masculine, ou le plug anal ne posent pas de problème. À la crudité, la quantité ou au réalisme des actes, s'ajoute aussi un critère moral : repousser ce qui, par exemple, présenterait la violence comme mode de résolution des conflits, vouée au succès, voire prestigieuse et virile.
Dans la plupart des cas, on bricole ou se plie aux sentiments d'époque. Nous sommes habitués à ce que la télévision - qui, il est vrai, impose brusquement ses images sensées vraies à un spectateur non prévenu ou non consentant - annonce qu'elle ne nous montrera pas certaines séquences parce qu'insupportables ou pouvant "heurter la sensibilité". Ceci présume l'évidence du dommage et suppose d'équilibrer entre risque de voyeurisme ou de sensationnalisme et nécessités de l'information voire de l'action symbolique (un enfant syrien échoué sur la plage pour réveiller les consciences). Cette évidence repose sur les codes des rédactions qui jugeront qu'un baiser entre deux personnes du même sexe a valeur morale (combattre l'homophobie) alors que c'était l'inverse il y a dix ans. Ou qu'il est inutile que nous voyons une tête même floutée de décapité mais que nous pouvons voir un missile tuer dix personnes de loin. Déjà complexes lorsqu'il s'agit de la représentation des corps (torturés, sanguinolents, nus, en gros plan, ayant conservé ou pas leur dignité ou leur identité..) les codes deviennent plus subtils pour des situations et relations (de menace, d'humiliation, de soumission...) ou des évocations. Ou encore, l'idée invoquée sera de "ne pas être complice" en relayant un effet de sidération et de publicité recherché par un groupe terroriste. Ainsi, une vidéo de l'État islamique comportera assez d'éléments pour expliquer l'essentiel (ils ont jugé cet otage, ils vont l'égorger pour nous impressionner) mais ne montrera pas la tête tranchée. Ni ce que nous avons vu de pire sur des vidéos non expurgées : le bourreau expliquant en bon pédagogue au condamné pourquoi et comment il va être exécuté et combien cela plaira à Allah.

Et ne parlons pas des cas où l'"évidence" a une dimension politique assumée. Voir la stratégie américaine après le Vietnam : ne plus montrer les morts que l'on fait ni les morts que l'on subit pour rendre le spectacle de la guerre cathodiquement supportable. Pour la sexualité l'évolution des mœurs est souvent évoquée, avec cette différence que la plupart des gens préfèrent pratiquer l'anilingus ou le triolisme dans l'intimité tandis que la violence se veut souvent spectaculaire parce qu'elle vise le cerveau d'autrui. Aussi le débat médiatique se limite-t-il le plus souvent à savoir s'il est complaisant de laisser apparaître tel téton exhibé devant des photographes ou si cela ressort au "fait de société".

Globalement, les justifications de l'interdit tendent à privilégier deux types d'arguments d'ailleurs cumulables : ou montrer ces choses contrevient à une loi naturelle (au-delà du droit positif) ou voir ces choses produit un dommage.
Soit l'image heurte un sentiment présumé universel ou propre à une communauté, inscrit dans le cœur des hommes. Soit des images ou des mots ont un effet objectif et sont dangereux pour la psychologie individuelle, la paix sociale ou les principes politiques fondamentaux. L'excès ou l'effet, en somme.

Sentiment et détriment

La première attitude tend à se référer à l'obscénité plutôt qu'à la pornographie. Pour le Robert est obscène "ce qui blesse délibérément la pudeur en suscitant des représentations d’ordre sexuel" le même qualifiant de pornographique toute "représentation par écrit, photo, peinture de choses obscènes destinées à être communiquées au public" ; La pornographie serait en somme la médiatisation de l’obscénité. Cette obscénité au sens étymologique de mauvais augure, d'anti-pudeur, d'exhibition de ce qui devrait être caché tend à concurrencer la pornographie dans certaines législations, notamment nord américaine.
Au Canada l'article 159(8) du Code criminel précise : « Aux fins de la présente loi, est réputée obscène toute publication dont une caractéristique dominante est l'exploitation indue des choses sexuelles, ou de choses sexuelles et de l'un quelconque ou plusieurs des sujets suivants, à savoir : le crime, l'horreur, la cruauté et la violence.
L’obscénité, même sans y inclure des situations "violentes" comme au Canada, consiste en évocation de parties du corps ou de l’acte (hors nécessités de la documentation scientifique ou, avec prudence, hors les privilèges de l’art) qui choque la pudeur et contrevient aux bonnes mœurs. La jurisprudence dominante aux Etats-Unis à partir de 1933, considère que ladite obscénité s’apprécie au regard de la réaction théorique d’un homme normal. Une jurisprudence ultérieure (Miller vs California, en 1973) précise qu’une œuvre est obscène si elle était jugée telle par une personne raisonnable, et considérée comme manifestement répugnante par la loi de l’État. Outre-Atlantique, l’obscénité est exclue du 1° amendement qui protège la liberté d’expression à rebours, épuisé une trentaine d'années, de la pornographie ou du matériel pour adultes. La conception anglo-saxonne assez large de la pornographie "dont le but primaire est d’exciter le désir sexuel" (Dictionnaire Webster) a pu englober des grands chefs-d’œuvre littéraires (Tropique du cancer ou Ulysse), et engloberait sans doute une bonne part de la peinture et du cinéma, et.. Cela distingue de la pornographie obscène et non obscène. Sans compter la question des actes non consentis ou cruels et qui tombent, eux, du côté de la violence.

La Cour Suprême requiert trois conditions pour interdire du matériel obscène :
qu’il fasse appel à un intérêt "lubrique" envers le sexe (donc non esthétique, non cognitif ?)
qu’il contrevienne aux normes actuelles de la communauté, donc qu’un citoyen raisonnable l’estime choquant. On retrouve là quelque chose qui n'est pas sans évoquer l'atteinte aux "bonnes mœurs" longtemps chère à notre droit
qu’il soit dépourvu de "valeur sociale compensatoire" (comme le serait, croit-on deviner, un cours d’éducation sexuelle ou un discours moral s’appuyant sur des exemples).
Toutes cela fonctionne de façon plutôt circulaire et repose sur l'évidence d'une atteinte qui n'a pas fait de victimes, là où il n'y a que des victimes consentantes. Tout ceci présume une société assez homogène ou partageant un imaginaire et, en tout cas, une idée d'un citoyen décent et normal. Le problème est que le citoyen réel a plutôt tendance à être attiré par ces visions que justement sa pudeur devrait lui rendre pénibles. Il peut arguer que personne n'étant forcé dans cette affaire -à partir du moment où l'image scandaleuse n'est pas affichée publiquement et où ceux qui s'y exposent ont la capacité de décider de le faire- il a bien le droit de se soumettre à ce qui serait une atteinte pour une autre mais lui procure un plaisir à lui.

Seconde hypothèse : l’interdit renvoie aux conséquences de la représentation. Un spectacle, un récit produisent un trouble qui appelle d’éventuelles restrictions et/ou excluent leur propos du domaine de l'opinion sur le fond ou de l'art pour la forme. On reproche alors au message de provoquer (imiter, adopter des comportements dangereux.) ou de susciter (de la haine, de la colère, de la lubricité…).

Cette notion fonctionne elle-même sur trois étages. Au premier, la représentation est réputée criminogène. Par mimétisme, par conviction, par affaiblissement de l’interdit, ou inconscience des conséquences certains individus passent à l’acte ; ils commettent des crimes et délits qu'ils n'auraient pas commis sans l'influence des médias. Depuis les années 1920, des études tentent de mesurer scientifiquement ces facteurs, au moins pour la violence des images (le côté pousse-au-viol des images érotiques ayant été beaucoup moins défendu). Apprentissage de la violence, excitation et abaissement seuil de déclenchement, familiarisation avec la brutalité et perte des inhibitions, mise à distance des souffrances qu'elle provoque, tous ces arguments dont certains se contredisent, ne cessent de revenir devant un tribunal de la science qui ne prononcera jamais d'arrêt définitif
Dans un second temps, les messages "excitants" sont jugés dangereux par l'image méprisable ou haïssable qu'ils promeuvent d’une catégorie : les femmes, une communauté, les homosexuels, les jeunes, les vieux…. Ils brutalisent les rapports humains. C'est la relation, comme indice d'un jugement implicite sur autrui qu'il faudrait condamner au-delà de la représentation de la chose.
Troisième dimension : mots ou images pornographiques ou violents produisent un dommage psychique : ils traumatisent, empêchent une perception normale de la réalité, voire handicapent le développement régulier, notamment celui des rapports amoureux. Ainsi, ils rendent difficiles des relations équilibrées avec les partenaires. Ils aliènent ou appauvrissent et au mal moral fait à l'autre, s'ajoute le mal que l'on se fait en termes d'autonomie alors que l'on croit qu'exercer sa liberté.
En somme, on pourrait condamner ces représentations
- pour ce qu’elles font faire : risque mimétique,
- pour ce qu’elles font croire : perversion éthique,
- pour ce qu’elles font éprouver : traumatismes psychologiques.

Liberté de l'œuvre, fatalité de l'effet


Nombre des arguments contre la violence ou la pornographie médiatique mêlent les trois niveaux pour produire des critères.
Ainsi, l’intention de l’auteur ou du diffuseur de l’œuvre. L’"œuvre" pornographique serait, par exemple, celle qui ne recherche que l’érection d’un mâle moyen. A la nature odieusement commerciale s'ajoute la nature du produit : le pornographe vend l’image d’une sexualité dégradée, réduite à sa plus simple expression comme le proxénète vend le corps d’une femme soumise. Le condamnable dans la représentation des pratiques est l'exploitation à la fois au sens commercial et au sens social (les hardeuses utilisées comme de la viande emblèmes de toutes les femmes subissant l’exploitation machiste par certaines féministes p.e., mais on pourrait objecter que le porno homo n'est pas d'un humanisme évident). C'est ce qui poussait les Femen à interrompre le salon de l'érotisme il y a quelques années comme elles interrompent aujourd'hui le salon islamique de la femme. Des scènes érotiques qui délivreraient un autre message, comme l'apologie du plaisir et la découverte du corps ou qui rechercheraient un effet esthétique seraient sans doute licites dans la perspective de cette condamnation de l'objet visé.

Second critère, la surabondance : trop de scènes de copulation non justifiées par l’intrigue, trop de plans serrés, trop d’explicite, trop d’organes visibles, trop de partenaires, trop de positions ou d’accessoires. Question de l’explicite ou de la crudité : une description qui s’attarde sur le moindre détail, un objectif qui se concentre sur le purement gynécologique. Les notions de vulgarité, de crudité du porno s'apprécient donc comme le kitsch : des signes visant à produire un sens unique, ou plutôt un seul résultat.

Autre argument complémentaire, la pornographie c'est le manque. Elle réduit la sexualité à de la gymnastique, les rapports humains au choix des orifices, l’intrigue aux rencontres d'objets interchangeables, le temps de se placer en position, la psychologie au désir et à l’obéissance, le contexte à une combinatoire ritualisée. La pornographie détacherait en quelque sorte le sexe de son contexte et de son sens. Umberto Eco disait avec raison qu’un film pornographique se reconnaissait à ce que font les spectateurs pendant les séquences habillées: ils se tortillent sur leur fauteuil, s’ennuient…, si bien que le porno se reconnaîtrait paradoxalement à ses parties non pornographiques, à ses ellipses, au fait qu'il n'a en somme rien à dire et une seule chose à montrer. Manque ce qu’il serait incapable de représenter : amour, séduction, possibilité de refuser un rapport, ombre de personnalité chez les acteurs, mais aussi moindre complexité dans leurs motivations, quelconque manifestation de liberté ou d’autonomie, esthétique, complexité, pluralité d'interprétation, dimension symbolique, bref tout ce qui va au-delà du prétexte masturbatoire. Le caractère stéréotypé des productions X plaide en ce sens même si c'est un excellent argument intellectuel, esthétique ou moral, pas un bon pour interdire.

Dernier critère, ouvertement politique : l’atteinte à la dignité humaine. La pornographie est alors caractérisée par une image dégradée de la femme, et une complaisance pour les pratiques où l’humiliation joue sa part. Cette définition fait référence aux droits de l’homme ; elle se veut paradoxalement héritière de la "vraie" libérations sexuelle, et non comme une répugnance à un excès de liberté des individus qui la pratiquent ou la regardent. La définition en termes de dignité tend à rabattre la pornographie sur la violence comme humiliations. Représenter d’une façon "indigne" serait à la fois insulter ou stigmatiser une moitié de l’humanité, menacer indirectement, via une mauvaise "image" de la femme, de la sensualité, des rapports humains…. Cette quasi idéologie devrait se penser en termes de pouvoir. C’est donc à sa philosophie implicite que la pornographie se reconnaîtrait, à son "mépris" de la femme (réduite au cliché de la salope insatiable et toujours disponible), du corps (instrument pour maximiser des performances sexuelles) et des relations humaines (l’Autre comme objet). L'incitation au mépris ou au déni (de l'humanité, rappelle évidemment la tendance de nos sociétés à interdire les propos exprimant des phobies ou incitant à l'hostilité envers des minorités, largement définies par ce à quoi elles s'identifient.

Victimologie

Des définitions centrées sur les droits naturels de la victime ainsi bafoués privilégient dans leur interprétation de la violence l'atteinte à une subjectivité via le sentiment (d’angoisse, d’humiliation, de mépris) éprouvé par la victime en réponse au "déni".
Ainsi la commission Barret-Kriegel de 2002 sur la violence à la télévision, disait de ce excès qu'il faisait offense à ce qui proprement humain "Nous proposons donc la définition suivante de la  violence : la force déréglée qui porte atteinte à l’intégrité physique ou psychique, pour mettre en cause, dans un but de domination ou de destruction, l’humanité  de l’individu. Cette définition est au-delà des moeurs, par delà les situations politiques ou historiques circonstanciées. Elle peut constituer un critère d’évaluation  des spectacles qui ne peuvent être imposés aux enfants. " Et de faire du porno, dans la même logique, une simple variante de la violence. La violence à prohiber se reconnaîtrait donc, non seulement à un excès destructeur (et pas seulement des corps) comme le veut son étymologie, vis, mais surtout à sa nature philosophique anti-humaniste, à une fonction quasi rhétorique de négation de notre humanité fondamentale.
L'assimilation de la porno-violence à un acte politique suppose que, de libératoire, la licence devienne attentatoire. Elle est dénoncée au même titre que les phobies inégalitaires en tous genres (homophobie, islamophobie, xénophobie, sexisme...) et décrite quasiment comme un complot moral. Et là où le spectateur de X en ligne argue qu'il s'agit de sa jouissance privée qui ne fait de mal à personne, on lui demande réparation pour une souffrance potentielle sans dommage objectif. Ou plutôt on hésite entre le plaindre pour son asservissement et le fustiger pour son intention secrète que l'on devine fascisante.

Une justification de la censure par la valeur négative "évidente" de la représentation - qui offense la pudeur, blesse le sentiment du bon citoyen- se heurte évidemment au fait que le consensus "décent" qu'elle suppose est soumis à fortes variations et à nombreuses exceptions - la fraction de la population (anormale ?) qui recherche cette excitation et ne semble pas ressentir cette loi morale en elle-. La stigmatisation des mots et images pathogènes ou criminogène au nom d'un préjudice, psychique par exemple, à des personnes concrètes ne semble pas démontrée avec assez de précision pour garantir une répression qui puisse se vanter d'avoir épargné de vrais crimes ou de vrais désordres. Lorsque l'accusation renvoie au pacte social - inverser nos valeurs les plus sacrées de compassion et d'égalité, mal penser et mal vouloir, c'est menacer le lien - il vire au procès en sorcellerie politique. C'est évidemment un bilan troublant qui montre comment de la lubricité au mépris, le démon intérieur qu'il faut exorciser nous en révèle plus sur notre imaginaire social que sur celui du présumé obsédé.

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