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Macronisme, blocage et mouvement
La fascination qu'exerce E. Macron sur les médias et sur les sondages (sauf lorsque la question est de savoir si le sondé envisage vraiment de voter pour lui, ce qui fait retomber les intentions dans des zones beaucoup plus raisonnables) a suscité des explications -d'ailleurs cumulables- qui tournent peu ou prou autour des idées suivantes :
- l'équation personnelle : ce beau gosse déjà peopelisé cumule les signes de la réussite : assistant de Ricœur, banquier enrichi, beau mariage, ministre jeune..., mais il y ajoute aussi les prestiges d'une différence présumée : pas comme les autres. pas élu, pas langue de bois, pas vieillot, pas partie de la classe politique, pas idéologue...
- son ni-nisme qui est la traduction politique de ce qui précède : ni gauche archaïque ni droite ringarde. Ni opposé au marché et à la mondialisation, ni crispé sur le discours identitaire, décliniste, sécuritaire. Ni doctrinaire, ni réactionnaire. Ni hors du gouvernement, ni vraiment dedans, cela permet de projeter ce que l'on veut sur son modernisme pragmatisme auto-proclamé. En creux : le vieux rêve de combiner supériorité morale de gauche et efficacité économique de droite, d'unir des forces vives et des idées nouvelles, de façon qui ne fâche personne. Bref syncrétisme entre Pompidou 2.0 et super-Lecanuet, tempéré de giscardo-strauss-khanisme : il y a déjà eu des tentatives. Et qui n'adhérerait au programme d'un progressisme bougisme pour faire sauter des blocages empêchant "la réforme" ?
- son adéquation à l'air du temps libéral-libertaire ou si l'on préfère aux attentes des élites, et de ceux qui profitent globalement de la mondialisation. Il leur dit à peu près ce qu'ils veulent entendre : la France a des atouts, mais souffre de blocages. Adaptons nous, unissons-nous, suivons le mouvement général du temps et tout ira mieux. Notions difficiles à faire entrer dans le crâne épais dès prolétaires.
Et dans tous les cas, l'équation fonctionne pour le moment.
Mais tout message à besoin de médium. À part quelques petites phrases distillées aux journaux et commençant toutes par "je", celui de ses partisans, les ni droite ni gauche en marche ont deux possibilités pour comprendre la doctrine : regarder le clip et aller sur le site.

Dans le premier, sur fond d'images comme on en voit dans les publicités (villes encombrées, sportifs, éoliennes, paysages et même l'inévitable soleil levant vers lequel on se dirige...) se développe un message en trois phases :
- on entend : que ça va mal, que le pays est sclérosé (aïe, les fameux blocages), qu'il y a un déficit de liberté, d'égalité et de fraternité
- on entend aussi : qu'il faudrait de l'audace, qu'il y a des opportunités , que nous pourrions nous y mettre tous ensemble
- synthèse de la thèse et de l'antithèse : mettons nous en marche.
Si ce message d'une simplicité quasi kinésithérapie vous a séduit (c'est bloqué, ça pourrait aller mieux, il faut marcher) vous pouvez passer à la phase active.

En attendant l'appli sur smartphone, trois options, trois clics, s'offrent à vous :
j'adhère directement (c'est gratuit et on est tenu au courant mais il faut laisser ses coordonnées)
je marche (à prendre au premier degré) auquel cas il suffit de laisser ses coordonnées
je reste assis sans rien faire

Et puis ? et puis c'est tout. La fusion totale du langage politique et du langage publicitaire s'est opérée -montage cut de plans achetés en agence, discours euphorisant attrape-tout et implicatif (il pourrait s'agir d'une annonce pour une mutuelle de santé ou pour un club du troisième âge, vous ne verriez pas la différence)
Pas un mot sur qui seront les alliés et les adversaires, sur qui a du pouvoir et à qui il faudra en donner, sur le but vers lequel on marche, sur le type de régime (sans jeu de mot) espéré, sur l'idée de la Nation, de la République, du bien, du souhaitable, et. pourrait réunir tous ces marcheurs. Ce contenu totalement post-politique n'a qu'une vocation : s'incarner en un homme en mouvement. Paradoxe qui aurait ravi Mc Luhan : le message, c'est le Macron.



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