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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
22.000 fiches de jihadistes révélées ?
Bureaucratie et scrupule

Selon Sky News un "repenti" de Daesh aurait remis une clef Usb contenant les fiches (authentiques ?) de 22.000 jihadistes.
Bien entendu, les experts ont commencé à en vérifier l'authenticité : bonne mise en page ? images (drapeau par exemple) cohérentes avec celles qu'utilise l'organisation jihadiste ? et les services de renseignement sont sans doute en train de confronter les listes avec celles des individus suspectés de radicalisation...
Il est permis d'imaginer qu'un habile escroc vende aux médias des clefs USB bourrées de fichiers truqués "à la Clearstream". On a plus de mal à concevoir Daesh montant une gigantesque intoxication (destinée à créer de la confusion ?)...
Si les fichiers se révélaient authentiques, quelles conséquences ?
Bien entendu, l'analyse des fiches (où les jihadistes donnent souvent leurs nouveaux noms de guerre) devrait être très précieuse aux services de renseignement, ne serait-ce que pour comparer à leurs listes de radicalisés, de partis en Syrie et à fortiori de "foreign fighters revenus au pays.
Mais le phénomène révèle au moins trois faiblesses de l'État islamique, toutes trois liées à sa croissance même.
C'est une bureaucratie : il lui faut remplir des fiches, donner des identifiants à ses membres, avoir des archives. Elle est obligée de garder des traces. Or, que cette mémoire ou ces organigrammes soient conservés sur papier ou sur disque dur, une organisation, même fonctionnant largement en réseau, révèle ses vulnérabilités en conservant mémoires. Représenter sa structure, c'est risquer d'apprendre à ses adversaires où frapper, qui est où, qui prépare quoi...
Daesh à ses repentis : ceux qui y ont cru et qui se sont ensuite convaincus d'avoir été trompés peuvent être de redoutables et par les informations confidentielles qu'ils diffusent (ce serait le cas dans cette affaire) et par leur nocivité en terme de contre-propagande. Le témoignage de l'intérieur, par quelqu'un qui se réclame toujours du jihadisme ou au moins de l'islamisme et qui est passé à une autre organisation (Aqpa, une des tendances se réclamant vaguement de l'Armée Syrienne Libre, l'offre ne manque pas...) est certainement plus dissuasif pour un apprenti jihadiste qu'un clip gouvernemental.
Le "whistleblowing" (le phénomène des lanceurs d'alerte qui font fuiter des documents de l'intérieur d'une organisation) pourrait bien atteindre l'État islamique. Inéluctable logique, complémentaire des deux précédentes : plus votre organisation est importante, donc plus elle a de secrets à garder. Donc plus il y a de gens qui ont accès à des documents confidentiels et sont susceptibles de les copier. Donc plus forte est la probabilité que l'un d'entre eux ait des scrupules et révèle tout.
Nous saurons peut-être dans quelques jours si les documents sont authentiques, mais, même s'ils ne le sont pas, un jour cela pourra devenir vrai.
Et l'État islamique pourrait bien être victime de sa propre croissance et de sa propre volonté d'organisation.


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