huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Transmission et communication : la médiologie > Médiologie au présent
Du politiquement correct en général
Politiquement correct ? L’expression est ambiguë. En France, elle permet de dénoncer un adversaire et de faire ressortir a contrario combien on tiendra soi-même des propos dérangeants et anticonformistes. Trouver quelqu’un qui se reconnaisse politiquement correct est aussi difficile dans notre pays que de croiser un ultra-libéral ou un partisan de la pensée unique qui s’avouent comme tels.
Aux U.S.A., le Politically Correct, parfois désigné par son sigle “P.C.”, est une langue répandue dans les universités. Là-bas,u P.C. ne se risquerait pas à parler d’un nabot mais d’un verticalement défié, et chacun sait qu’un mort obèse est une personne non-vivante différemment proportionnée. Sous nos cieux, on imagine mal une traduction d’Astérix dans le même idiome : “Elles sont mentalement défiées, ces personnes d’origine résidentielle transalpine, Astérix” ou “Gros ? Je suis corporellement défini selon des normes autonomes ». D’euphémismes en périphrases, le P.C. multiplie les manières de ne pas dévaluer une « différence » qui, du coup, paraît monstrueusement importante.
Il suscite deux critiques principales. L’une, plutôt de droite, l’accuse de se repaître des restes idéologiques du marxisme et du tiers-mondisme pour nourrir son obsession égalitaire. L’autre, plutôt de gauche, lui reproche un maccarthysme à l’envers. Qu’on se rassure : elles ont raison toutes les deux.

Le P.C. pratique une censure, mais différente de celle de la novlangue imaginée par Georges Orwell (la langue de “1984” où il n’existe pas de mots pour énoncer les idées interdites), différente aussi de la vieille langue de bois (faite elle pour ne célébrer que la juste doctrine); le P.C. instaure une autocensure et joue du sentiment de culpabilité, la faute consistant à employer des mots “discriminants”, manifestations et sources à la fois de pensées coupables. Celui qui formate le vocabulaire, formate l’esprit.

Celui qui gère le pouvoir de classer les propos comme relevant d'une intention coupable, exclut, en effet, certains discours du domaine de l'opinion ou de l'humour pour rejeter dans celui du crime, au moins contre l'esprit, si possible contre les valeurs citoyennes et républicaines. Tout locuteur ainsi surveillé vit entre faute et rédemption, toujours en situation d’avoir à s’excuser, présumé avoir pensé en son tréfonds ce que nul n'oserait énoncer. Cela commence à ressembler à un processus de domestication.
On notera au passage un intéressant glissement. Le P.C. à l'américaine est sensé empêcher le dominant de dominer. Ou du moins, l'empêcher de diminuer le dominer à ses propres yeux en exprimant une supériorité imaginaire du blanc sur le noir, de l'homme sur la femme, du normal sur le handicapé, etc. Il nous semble que le politiquement correct à la française a un visée antipopuliste ou antipopulaire : il s'agit surtout de priver les couches inférieures d'exprimer leurs tarés prolétariennes : peurs de l'Autre et phobies, repliements identitaires et crispations sur le passé.
Parallèlement, le Politiquement Correct. tend à suggérer que tout est affaire de mentalités (de tolérance, de "peurs") et non d’intérêts, de conflits et de domination : par conséquent, il suffirait de bons sentiments pour passer dans le bon camp. Corollaire : les hommes seraient libérés de leurs préjugés et stéréotypes, s'ils utilisaient un langage corrigé et acceptaient un peu de cécité volontaire. Indignons nous et réduquons les.


Cela se dit d’ailleurs de plus en plus ouvertement puisque les politiquement corrects ne cessent de s’indigner qu’un Zemmour, une Morano, un Onfray ou un Finkielkraut (joyeux amalgame !) aient osé dire ou levé tel tabou, qui interdisait encore au peuple, d’oser nommer ce qu’il ressent et qui n’est pas joli, joli : une phobie, un archaïsme, une fixation identitaire et décliniste et toutes sortes d’horreurs par lesquelles la populace trahit son incapacité à penser l’universel et le moderne.


Une citation d’Orwell « Le but du novlangue était non seulement de fournir un mode d’expression aux idées générales et aux habitudes mentales des dévots de l’angsoc, mais de rendre impossible tout autre mode de pensée. »1984

 Imprimer cette page