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Criminalisation du ronchon
Bien-pensants assumés contre réacs

Le feuilleton de la dénonciation des intellectuels anti (anti Lumières, anti modernes, anti diversité, anti universalistes, anti élites) se poursuit et les couvertures d'hebdomadaires reflètent toujours de graves interrogations sur l'action (subversive ? nostalgique ? mais indéniablement critique) qu'ils mènent avec les portraits inévitables de Finkielkraut, Onfray, Todd, Debray, Houelbecq. Voir par exemple le denier exemplaire du Magazine Littéraire qui les habille de tenues de l'époque révolutionnaire, cols Danton et foulards, pour suggérer qu'ils pourraient bien vouloir s'en prendre aux principes de 89 et rien moins que vouloir éteindre les Lumières. Ou du moins qu'il faut débattre de leur culpabilité.
Participant à une émission sur BFM dimanche dernier et confronté à une sélection de couvertures consacrées aux auteurs hostiles à la pensée unique, Jacques Attali s'esclaffa que c'étaient là de pseudo intellectuels souverainistes, partisans du "c'était mieux avant", indécrottables nostalgiques qui ne méritaient pas qu'un penseur du futur comme lui s'intéressât à eux. Le coup du mépris. Sa réponse complétait celle qu'avait apporté Libération en se glorifiant en première page d'assumer sa "bien pensance ". Le coup de la fierté.
Ces scribouillards populistes n'aiment pas nos valeurs à nous les élites modernes universalistes et tolérantes ; ces crispés détestent peureusement le monde tel qu'il est. Sans compter qu'ils nous prennent des heures d'antenne. Denkverboten ! Qu'on les fasse taire, qu'on cesse d'en parler. De quoi se plaignent ces gens ?
« Nous voici condamnés à glorifier le présent alors qu’il est de moins en moins aimable. » note Finkielkraut avec justesse : extase obligatoire et célébration d'une époque indépassable. Être progressiste, c'est désormais croire que l'Europe, la gouvernance planétaire, le multiculturalisme, l'atlantisme, l'individualisme, la modernité branchée sont notre destin incriticable. C'est affirmer la coïncidence merveilleuse de la nécessité historique - mondialisation, technologies et capitalisme, nouvel ordre mondial - et d'un socle de valeur universelles, tolérance, ouverture à l'Autre, liberté des mœurs et des choix, irénisme.
Dans les années 80, Max Gallo (homme que j'estime mais qui fut souvent mieux inspiré que ce jour-là) se plaignait du "silence des intellectuels". Désormais on en fait des rafles -éditorialement parlant- et on leur intime de se taire, puisqu'ils refusent de se joindre aux concerts du présentisme. Intellectuel critique qui était plutôt un titre de gloire à gauche est devenu un symptôme de crypto-lepénisme. À coups d'amalgames et de rapprochements hasardeux avec Maurras, Burke ou Bonald, tous ces écrivains venus de la gauche ou réputés tels (sauf sans doute Zemmour qui fut toujours bonapartiste) sont accusés de complicité avec la droite la plus extrême. Et cela parce qu'ils dévoilent des mauvais principes derrière les bons sentiments, qu'ils distinguent des rapports de force là où les élites -entendez ceux qui font l'agenda et les tribunaux médiatiques- voient la mise en œuvre, certes encore imparfaite et appelant réformes et mises à jour - d'un modèle achevé. Et qu'ils osent parler du peuple.
La vérité c'est le mensonge. La protestation c'est la réaction.
Il nous semble pourtant nous souvenir qu'il fut un temps où celui qui niait le conflit - à commencer par le conflit de classe -, celui qui présentait l'uniformisation du monde et la domination idéologique comme obligatoires et universels, celui qui ricanait des criailleries des intellectuels et se félicitait que notre pays soit sur le point - grâce à un subtil mélange de bonne gestion et de valeurs - de se mettre à l'avant-garde des sociétés avancées, celui-là n'était certainement pas qualifié de progressiste ni considéré exactement comme d'avant-garde. C'était même typiquement un conservateur. Nous avons du manquer un épisode

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