huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Transmission et communication : la médiologie > Médiologie au présent
Le portable : la stratégie est dans la poche
Les reportages sur la crise des migrants montrent l'importance du téléphone portable pour ne pas perdre le contact, échanger des nouvelles avec le pays, éventuellement envoyer des photos rassurantes de sa situation en Europe, etc., de la même façon que le même smartphone est devenu un outil indissociable des manifestations depuis avant le printemps arabe. Le portable prolonge à fois la technologie numérique (c'est un mini-ordinateur dans votre poche) et une pratique sociale (le réseau en échange perpétuel, le lien avec les siens). Il confère la capacité d'informer de dire ou de témoigner par l'image, mais aussi celle d'agir en commun, tout en témoignant - ce n'est pas contradictoire - de tendances typiques de nos sociétés au repli sur soi et sa tribu.
Cela dit, un smart phone, par définition, un atout stratégique.
Il est un outil pour parler "un vers un" de n'importe où et rester relié aux ressources du Web. Mais il sert aussi pour découvrir et toucher des gens avec qui vous pourriez avoir des affinités que ce soit pour draguer, choisir un restaurant, faire une revue de presse entre experts ou faire la Révolution. Donc on peut :
- s'exprimer (p.e. Envoyer un message ou une photo qui pourraient être repris par les agences de presse du monde entier). Cette expression peut prendre la forme insignifiante ou narcissique du selfie ou du perpétuel bavardage pour raconter ce que l'on fait, ce que l'on aime, etc.
- Créer des liens à distance avec une communauté (manifestants, partisans d'une marque, d'une personnalité ou d'une cause).
- Attirer l'attention vers un document, une personne, une nouvelle, un produit et rendre un avis contagieux, donc, d'une certaine façon, voter, rendre populaire, y compris des choses auxquelles ne s'intéressent absolument pas les médias classiques. Donc diriger des flux d'attention et de confiance d'une manière que ne contrôlent guère les autorités instituées.
- Collaborer de façon non hiérarchique et non institutionnelle, prendre une décision en commun, se documenter ensemble à des sources très riches, faire remonter de l'information de multiples origines vers un centre de décision voire même effectuer des opérations ou transactions comme payer ou commander.
Et, n'oublions pas que le portable sait où vous êtes et vous donne des informations de proximité. Enfin c'est une passoire à sécurité, facile à pirater.
L'impact politique est évident pour des pays qui n'ont eu ni les mêmes infrastructures (téléphone filaire pour.e.), ni la même pratique du multipartisme que l'Occident
Dans la perspective d'un affrontement, le portable permet, en effet,
_ à l'individu de diffuser des opinions que le pouvoir voudrait interdire (voir le printemps arabe) ou de porter témoignage ("un vers tous"), éventuellement en trouvant le relais des médias hors du pays
_ aux foules de s'auto-organiser en partageant instantanément des informations, des instructions, voire des décisions : lancer un slogan, se réunir ici, se déplacer par là...
_ et aux organisations de coordonner leurs partisans, éventuellement de recruter, souvent aussi de combattre un groupe adverse par des dénonciations, de la contre-information, etc.
Ceci vaut pour de sympathiques manifestants du printemps arabe ou des protestataires de Hong Kong, mais aussi pour des terroristes qui peuvent utiliser la d'une main et Tweeter de l'autre.

Bien entendu, ces changements valent aussi dans la sphère économique.
Le smart phone couplé aux bonnes plates-formes donne deux atouts au consommateur : recueillir l'opinion de la foule (les autres consommateurs) et approcher au plus près les conditions d'information du marché parfait au sens libéral- tout savoir sur toutes les offres-. La contrepartie est que "vous" êtes la marchandise, vous, ou plutôt vos données.
Si vous gagnez de nouvelles possibilités de contact, connaissance et décision, vous courez aussi des risques en termes de surveillance et flicage (voir ce que fait la Nsa) et vous révélez où vous êtes et quel est votre réseau amical, professionnel ou politique. Vous devenez prévisible par croisement de données. Par ailleurs, vous pouvez être infiltrés ou abusés par de faux "amis", dont certains pourraient ne pas être des humains mais des logiciels "imitant" un interlocuteur (des "bots"). Et les possibilités d'infecter votre téléphone sont pires que pour un ordinateur.
La réponse est d'utiliser des moyens de cryptologie, d'anonymes action, d'aller sur le Web "noir", non traçage, comme TOR. Ce qui demande du temps, de l'apprentissage et de la discipline.
Du point de vue stratégique, le téléphone portable, couplé évidemment aux plate-formes, aux applications et aux réseaux sociaux - confère de nouveaux pouvoirs au prix de nouveaux risques. Mais ce pouvoir n'est pas donné indistinctement aux foules des sans pouvoirs comme on l'a cru un peu naïvement pendant le printemps arabe : certains sont un peu plus égaux que d'autres, ceux qui maîtrisent l'instrument ou qui comprennent les règles des nouvelles formes d'influence depuis un terminal qui tient dans votre poche.

 Imprimer cette page