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Maccarthysme version 1
I : le macarthysme de guerre froide

Le macarthysme connaîtra-t-il une seconde jeunesse ?
Pour mémoire, en 1954, le sénateur McCarthy (s'appuyant il est vrai sur des institutions de chasse aux agents communistes qui existaient déjà comme  le House Un-American Activities Comitee créé en 1938 pour combattre les agents allemands) déclencha une gigantesque campagne de chasse aux sorcières. Accusant des intellectuels, des gens du show business, des membres de l'Administration et même des militaires (mais  McCarthy, victime de cet excès, tomba pour s'en être pris à des généraux et héros de guerre), le sénateur voyait des agents de Moscou ou des sympahtisants partout, présentant par exemple une liste de 205 personnes affiliées au Parti Communiste et infiltrées au Département d'État.  Beaucoup ont perdu leur travail, vécu une vie infernale ou été contraintes de s'exiler à cause de la chasse aux sorcières, sans compter une athmosphère de délation qui s'instaura dans le pays mais il faut préciser que tout cela n'a abouti à aucune inculpation pour espionnage, moins encrore à des exécutions ou détentions arbitraires. Et s'il y a eu des condamnations à l'époque (les Rosenberg exécutés mais qui étaient vraiment espions, Alger Hiss qui était effectivement un agent soviétique, condamné pour parjure et les "dix d'Hollywood" pour outrage au Congrès), McCarthy n'était pas à l'orignie de ces affaires et ses activités n'ont pas eu de conséquences sanguinaires même s'il l'aurait sans doute souhaité.
Peu importe : "maccarthysme", dans l'usage courant, est devenu synomyme de  paranoïa politique, de fichage des opinions suspectes et de persécutions de gens assimilés à des agents de l'étranger, du seul fait de ce qu'ils pensent ou de ce contre quoi ils protestent. Il se traduit par une chasse aux individus.

En ces sens, celui que nous employons ici, le maccarthysme, est un phénomène qui dépasse les années 50 et combine plusieurs facteurs
- la conviction qu'il est possible d'avoir des listes  plus ou moins secrètes de membres du PC (ou d'un groupe qui tient un rôle équivalent dans l'imaginaire), d'agents secrets, ou de membres d'une organisation anti-nationale et anti-démocratique
- l'idée que ces gens s'inflitrent clandestinement  et sur ordre
- la notion de complicité idéologique ou de complaisance pour des idées forcément criminelles et qui, de ce fait, ne peuvent être considérées comme des opinions, mais comme des complots et incitations à l'action
- une logique de purge : on recherche des gens qui ont certaines sympahties (à l'époque même, certaines mœurs) parce qu'intrinsèquement dangereux pour la démocratie et on les neutralise
- une incapacité à imaginer que des individus puissent mener une  action subversive contre la politique de leur pays, ou contre l'Occident, sans être payés pour cela par une puissance étrangère ou, a minima, sans avoir été endoctrinés par des méthodes de manipulation mentale et par des mensonges systématiques
- une vision binaire : les adversaires sont par essence négatifs -un-americans- et ont pour mission de saper notre système
- une réponse simple : si nous ne réagissons pas fermement, ces salauds vont gagner en profitant de notre mollesse et de notre myopie. Remobilisons-nous idéologiquement autour de nos valeurs.

Pour le dire plus simplement encore, la macarthysme est un mélange de la "crimepensée" orwelienne (dans 1984, le seul fait de concevoir certaines idées et a fortiori de les exprimer est en soi condamanable et producteur d'un trouble politique intolérable) et de paranoïa surévaluant  le danger et l'organisation de l'adversaire supposé. Il n'est pas exagéré de parler de théorie du complot.

Ce maccarthysme à l'ancienne fonctionne donc dans une société relativement uniformisée, dominée par des médias de masse qui globalement défendent le même système et le même mode de vie et où les déviants sont 
- soit confiés au bras séculier (pas très efficace : il y avait, bien sûr, à l'époque, de vrais espions et de vrais agents d'influence, mais c'est difficile à prouver devant un tribunal et la répression clasisque a peu rendu), 
- soit publiquement dénoncés par une autorité et abandonnés par leur milieu social et professionnel comme des pestiférés.
Par ailleurs, le coupable est sensé appartenir à une organisation, donc obéir de façon militaire comme un soldat ou un agent. Il doit donc être démasqué pour son appartenance. Il est le relais d'une guerre révolutionnaire, menée par un centre (Moscou), relayée par des organisations filiales, et qui comporte un mélange de violence (guerres, guérillas, émeutes) et un volet "conquête des cœurs et des esprits" basé sur l'agit-prop et la desinformatzyia.

Le maccarthysme, volet répressif, est à mettre en parallèle avec un autre volet, celui de la contre-influence menée par la "diplomatie publique" typique de l'ère Eisnhower. Nous en avons souvent parlé sur ce site, mais il n'est pas inutile de rappeler ses principes :
- se doter de médias de type "Voice of America" ou "Radio Liberty", diffusés de l'autre côté du rideau de fer  qui servent de vitrine à la liberté amércaine et qui contredisent les mensonges imposés à leurs populations par les régimes de l'est.
- activer tous les réseaux anticommunistes, ou, du moins, les mouvements intellectuels et les élites (notamment formées aux États-Unis),  notamment pour soutenir la cause de la liberté en Europe
- chaque fois que l'occasion s'en présente faire une sorte de subversion culturelle contre l'est, et, dans tous les cas, favoriser les livres, les films, les industries culturelles (plus tard, on songera à la télévision dont les douaniers ne peuvent pas arrêter les ondes cathodiques) qui exaltent notre mode de vie et font contraste avec leur triste réalité.

Ce système suppose une relation asymétrique :
- les communistes tentent de nous subvertir à travers l'action ouverte des partis frères et l'action occulte des complices de l'idéologie monolithique marxiste, vision du monde structurée et fausse
- nous répliquons en nous dotant de médias et de réseaux qui exaltent nos réalisations, notre mode de vie et nos valeurs et servent ainis à contrer les mensonges des rouges. 

À ce stade, le lecteur se dit sans doute que cela lui rappelle des choses et que les procédés que nous décrivons plus haut n'ont pas entièrement disparu. Ce n'est certainement pas faux, mais, il nous semble plus intéressant de poser la question inverse : quel est l'équivalent actuel du macarthysme et comment s'adapte-t-il à la nouvelle donne idéologique et technologique ?  C'est ce que nous tenterons de faire dans la suite de ce billet.            


Il n'est pas inintéressant de se rappeler ces éléments en examinant certains mouvements d'opinion qui agitent les États-Unis et qui se caractérisent par une peur absolument disproportionnée de l'efficacté de la propagande russe, des ambitions impériales russes.


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