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Conférence de Washington
Extrémisme violent et guerre spirituelle

"Contrer et discréditer les voix de l'extrémisme et de la haine" tel est le mantra que le président américain semble avoir adopté au sommet de Washington qui se déroule en ce moment. Le problème serait donc la force persuasive d'une idéologie perverse, celle de la propagande qui recrute pour Daesh et inspire les attentats de Paris et Copenhague. Pour sa part, Mme Hidalgo préconise plus de respect et de fraternité. L'intention est donc fort louable et l'on parlera beaucoup de valeurs et d'influence pour inspirer ce combat spirituel.

Une fois que les apprentis jihadistes se seront convaincus de l'excellence des guerres d'Obama ou de Hollande et si possible ralliés à l'american way of life (ou au libéral-socialimse, à la loi Macron, au Velib et au mariage pour tous), le problème sera réglé. A moins que l'on ne veuille dire qu'il faut les empêcher de nous haïr au point de tuer et de mourir contre l'empire des juifs et des croisés. Why dot ehy hate us? se demandait on après le onze septembre (à l'époque où nous étions "tous américains" bien avant "je suis Charlie".

La conférence de Washington (prévue depuis plusieurs mois mais qui tombe fort opportunément) a été, en effet, l'occasion pour l'administration Obama d'affirmer sa volonté de combattre par d'autres moyens que les armes "l'extrémisme violent" (pour ne pas prononcer le mot "islamisme", ce qui a fort irrité certains Républicains), de mobiliser la société civile contre la radicalisation et, accessoirement de glisser une apologie de l'intégration à l'américaine dont l'Europe, à en croire Joe Biden, ferait bien de s'inspirer.

Pour ceux qui croiraient que tout cela est d'une inventivité bouleversante, rappelons quelques faits :
on parle de déradicaliser en associant les "communautés" et les organismes sociaux depuis une quinzaine d'années (soit dit en passant le Danemark était un pays pionnier en ce domaine)
l'idée de lutte contre l'extrémisme violent (struggle against violent extremism), qui évite à la fois le mot guerre et le mot islamisme ou jihadisme, était déjà discutée dans l'entourage de Rumsfeldt en 2005.
- Pour mémoire rappelons aussi que G.W. Bush avaient multiplié dès après le onze septembre les déclarations sur le thèmes "nous ne combattons pas une religion", "cela n'a rien à voir avec le véritable islam" (une campagne nommée "common values" par sous-secrétariat d'Etat à la diplomatie publique tentait au contraire de démontrer que les Etats-Unis, nation religieuse par excellence, avait beaucoup en commun avec le monde musulman) et l'inévitable "il faut gagner les cœurs et les esprits".

Toujours pour mémoire rappelons aussi que des expressions de G.W. Bush que l'on avait moqué à l'époque réapparaissent de plus en plus y compris dans le vocabulaire de nos ministres socialistes
"guerre au terrorisme", à laquelle on a souvent objecté que le terrorisme est une méthode, pas une nation ou une idéologie, et que personne ne songerait faire la guerre à la Blitzkrieg ou à la charge de phalange macédonienne
"islamo-fascisme" qui sent bon son glossaire néoconservateur. Le fascisme doctrine laïque, glorifiant le peuple mobilisé vers un nouveau futur et l'identité de la Nation, l'Etat fort et le chef charismatique, a peu à voir avec l'islamisme universalisme préconisant l'unité de l'Oumma contre la division des nations, l'élection religieuse des dirigeants, l'application de la loi divine en place de la loi humaine et l'établissement du califat planétaire.

Difficile de parler de guerre contre Al Qaeda et contre l'Etat islamique et, d'ailleurs, certains s'offusquent que l'on dise que c'est un Etat et qu'il est islamique, bien qu'il nous semble qu'il se comporte comme un Etat, abominable, mais exerçant sa terrible justice sur un territoire et déclarant des guerres et que cela doit avoir quelque chose à voir avec l'islamisme.

Les adversaires que combattent nos pays ont commun :
- D’attendre sinon un califat universel et le propagation de l’Oumma à la terre entière, du moins à l’établissement de pouvoirs islamistes, c’est-à-dire au remplacement de la loi des hommes (même établie de la façon la plus démocratique) par la loi de Dieu. La différence entre les partisans du califat "dans un seul pays" (EIIL) ou dans quelques pays et les "internationalistes" (al Qaeda) porte à cet égard sur les moyens, non sur les fins
- de se croire en légitime défense, d’être convaincus que le complot des sionistes et des occidentaux vise à l’extermination de tous les musulmans,
- de déclarer soumis à l’obligation religieuse de jihad
- de considérer tout musulman qui ne se plie pas à cette obligation comme apostat
- d’être prêts en principe à donner leur vie dans la lutte
- d’en attendre une récompense céleste, même s’ils n’emportent pas de victoire terrestre : le jihad porte en lui-même sa propre rétribution.

Quant à nous, nous avons choisi d’appeler ces gens tout simplement « jihadistes » et non « islamistes » (un islamiste veut l’établissement d’un État basé sur le Coran, mais n’est pas forcément entré en lutte armée). Après tout, n'est-ce pas ainsi qu'ils se désignent eux mêmes ? Là encore il faut prendre les mots au sérieux.

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