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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Combattre la propagande de l'État islamique
Contre message ou stratégies indirectes ?

Comment lutter contre la propagande jihadiste ? Le problème se pose de façon cruciale depuis que l'Etat Islamique a surpassé al Qaïda par sa maîtrise de l'image et par sa capacité de s'adresser à de jeunes Occidentaux, sur les réseaux sociaux, et avec les codes culturels qui leur parlent (qui sont souvent ceux des blockbusters américains ou des jeux vidéo). Mais l'idée de combattre pour "les cœurs et les esprits" n'est pas exactement nouvelle et les méthodes utilisées depuis le onze septembre, voire avant, rentrent globalement dans des catégories repérées et que nous avions signalées:
- la contre-propagande ou diplomatie publique : gosse modo produire des messages accusant l'adversaire des pires méfaits et contradictions, mais aussi présentant une image positive de son propre système (en montrant par exemple sa prospérité et sa tolérance) et expliquant la pureté de ses intentions (nous luttons pour des valeurs universelles, nous ne poursuivons aucun dessein impérial, nous n'en voulons qu'aux dirigeants félons et non aux peuples ou à une communauté religieuse). Un exemple récent serait la vidéo "think again and turn away" produit par le Center for Strategic Counterterrorism Communication et qui est sensé dissuader les jihadistes en leur montrant les horreurs perpétrés par les jihadistes. Mais comme les apprentis jihadistes vont précisément en Syrie ou en Irak pour châtier atrocement les ennemis de l'islam et accessoirement pour mourir en martyrs, on peut douter de l'efficacié du message.
- les techniques dites de déradicalisation qui consistent à traiter des individus ayant pratiqué le jihadisme - ou tentés de le faire et repérés en phase d'incubation - comme des malades ou des déviants et à les rééduquer à de "vraies" valeurs ou à une vision "saine" de la réalité, éventuellement en faisant témoigner d'anciens jihadistes revenus de leur erreur et qui expliquent comment ils ont été manipulés. Cela revient à utiliser des méthodes de réinsertion des criminels,de désintoxication des drogués ou de resocialisation des victimes de secte dans un contexte idéologique.
- l'appel à des leaders d'opinion ou à des autorités religieuses qui publieront des fatwas ou des déclarations destinées à réfuter les délires doctrinaux des jihadistes d'un point de vue islamique et théologique (ce qui est plus efficace que la déclaration d'un ministre de l'intérieur expliquant que le jihadisme n'a rien à voir "avec le véritable message de l'islam qui est une religion de paix et de tolérance"
- une confrontation directe avec l'adversaire, en allant sur ses forums d'expression, ses réseaux sociaux par exemple, pour le défier, l'accuser de mensonge, et montrer sa résolution.
- la guerre de l'attention telle qu'elle a été pratiquée par Tsahal et le Hamas : puisque l'opinion de l'adversaire trouvera toujours à s'exprimer en ligne, l'idée est d'attirer un maximum d'internautes et, en particulier de médias, vers ses messagers à soi, ses images, ses sites, en bombardant de tweets ou de liens destinés à mieux se faire référencer ou mieux citer et recommander que l'autre. Ici nous sommes ne présence d'une stratégie de submersion qui suppose de rendre l'autre inaudible ou invisible plutôt que de détruire ses arguments.

Pourrait-on à partir de là imaginer des techniques plus sophistiquées, même si elles devaient être plus ou moins inavouées voire pratiquées par des services secrets. Nous apprenons tous les jours que des hackers ont volé l'identité d'un internaute, posté des mails, des messages sur un
un mur Facebook, des Tweets, etc en ses lieux et places. Par ailleurs, des entreprises ou des organisations politiques se créent de faux partisans sur les réseaux sociaux (qui sont en réalité des "robots" u des algorithmes) et fabriquent ainsi des pseudo courants d'opinion. Certains groupes interviennent sur les réseaux sociaux en jouant les "trolls", comprenez en multipliant les messages qui n'ont guère de sens mais qui paralysent le débat et découragent les participants. S'infiltrer sur les réseaux de communication adverses et les intoxiquer en propageant des contenus, des faux, des illusions qui créeront des erreurs ou des divisions ou simplement de la confusion (voire la paralysie du système affolé saturé), ce n'est pas exactement une idée nouvelle. Existe-t-il des centres secrets où nos services travaillent sur de telles hypothèses et fabriquent des outils de propagation du chaos dans les réseaux et les systèmes jihadistes ? On peut l'imaginer et, qui sait, le souhaiter.




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