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Ennemis d'Internet
Le rapport RSF 2013

Chaque année, le rapport de Reporters Sans Frontières sur les "ennemis d'Internet" est l'occasion de faire le point sur l'éternelle lutte de l'épée et du bouclier. Techniques de censure, repérage des dissidents, filtrage des contenus et recherches, etc. versus capacité militante d'échapper à la surveillance, de s'anonymiser, d'agir en ligne, etc.

L'année dernière RSF avait innové en mettant au pilori, outre quelques gouvernements déjà bien repérés, des sociétés occidentales qui fournissent du matériel de fouille, et de traçage, déchiffrement des messages et autres logiciels espions aux dictateurs. Cette année, ce sont 32 Insitutions, dont certaines de pays démocratiques qui sont au déshonneur.



En cette année marquée par les révélations Snowden, la NSA et au cousin britannique le GCHQ ont une place à part. Suivant le rapport : "La NSA et le GCHQ ont espionné les communications de plusieurs millions de citoyens, dont de nombreux journalistes, introduit sciemment des failles de sécurité dans les matériels servant à acheminer les requêtes sur Internet et piraté le cœur même du réseau dans le cadre des programmes Quantum Insert pour la NSA et Tempora pour le GCHQ. Internet était un bien commun, la NSA et le GCHQ en ont fait une arme au service d’intérêts particuliers, bafouant au passage la liberté d’information, la liberté d’expression et le droit à la vie privée."



Que l'on se rassure, la France n'est pas oubliée non plus avec le fameux article 20 de sa loi de programmation militaire qui permet la surveillance des communications en temps réel et sans mandat d'un juge pour des motifs très généraux allant du terrorisme présumé ou de la reconstitution d'organisations dissoutes à des atteintes supposées aux éléments essentiels du potentiel économique... Et notre pays se signale par des pratiques un peu hypocrites comme l'obligation faite aux fournisseurs d'accès de signaler des propos sexistes ou homophobes (au Vénézuela, ce sont les sites traitant de l'inflation galopante et de la chute de la monnaie qui sont interdits...).



Un des intérêts de ce rapport est de nous rappeler que la surveillance est à la fois un marché international (avec ses entreprises phares et ses salons), mais aussi un champ diplomatique. Of voir ainsi se former des alliances de type Russie/Belarussie ou Chine/Iran ou Chine/Zambie pour la coopération technologique dans ces domaines.



Bien entendu, les pays qui se sont dotés en amont d'infrastructures nationales ou de fournisseurs d'accès ou de technologie nationaux gagnent un avantage certain. La coopération des intermédiaires techniques, qu'il s'agisse de censurer ou de couper provisoirement Internet permet aux systèmes répressifs d'agir en toute sûreté.



Notons aussi que le pouvoir agit par des voies légales en interdisant, soumettant à autorisation, etc, mais aussi par des voies illégales (au regard de son propre droit, si autoritaire qu'il soit), en imitant les hackers.



Difficile de faire plus fort que le programme Optic Nerve du GCHQ qui a piraté des millions de Webcams sur Yahoo (pour quoi faire, grands dieux ?).



Parmi les mesures que propose RSF, et au delà des inévitables appels à l'ONU et aux États pour inscrire des principes de liberté d'accès au Net dans la législation, l'arme des sanctions contre les entreprises qui exportent des technologies liberticides.



L'ONG continue un travail indispensable mais qui demande aussi à être complété par des initiatives des citoyens. En ce domaine, le récent sondage selon lequel 57% des Français s'accommoderaient des mesures de surveillance électronique n'est pas un encouragement, pour dire le moins.



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