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Veille et cycle du renseignement
VEILLE ET CYCLE DU RENSEIGNEMENT

LA VEILLE

La veille consiste en la surveillance organisée de l’environnement, pour y déceler des menaces ou des opportunités. Même si le terme s’emploie hors du domaine économique (« veille sanitaire »…), on le rencontre surtout à propos de l’entreprise qui est censée observer, analyser, faire connaître en son sein les facteurs qui pourront affecter son fonctionnement et ses résultats. La vielle s’inscrit dans une perspective d’anticipation au service de la décision stratégique. Elle constitue un élément décisif de l’intelligence économique, mais n’en est qu’une partie.

L’idée est très simple : il s’agit tout bonnement de savoir ce qui se produit ou se produira d’important. Mais cette notion de base se décline de multiples façons. La veille suppose, plus qu’un bon service de documentation et bien davantage qu’une excellente revue de presse. Il peut s’agir de déceler des facteurs techniques ou scientifiques (inventions, brevets), des facteurs juridiques, économiques bien sûr, mais aussi stratégiques (l’action des autres acteurs notamment les États), voire sociologiques ou culturels (par exemple les mentalités des consommateurs) sans oublier de surveiller la concurrence.

De la détection des signes avant-coureurs d’une catastrophe à la prospective technologique, du « tuyau » technique à la compréhension des tendances géostratégiques lourdes, le domaine est vaste. On parle des veilles stratégique, scientifique, technique, géopolitique, juridique, concurrentielle, commerciale, sociétale, normative… Sans oublier la « veille brevet » et la « veille produit ». Et il est probablement possible d’en inventer d’autres. Pour le reste, le processus de la veille rappelle celui du renseignement dont le cycle du renseignement, puisqu’il s’agit de décider de priorités de surveillance, de collecter et vérifier les informations avant de les analyser et enfin de les exploiter, diffuser, stocker pour les transformer en éléments pertinents de la décision.

Les professionnels de la veille insistent souvent sur le caractère légal de leur démarche, qui se distinguerait donc de l’espionnage industriel, viol illégal de secrets. Ils se plaisent à rappeler que la plus grande partie de l’information utile est « ouverte » : il suffit donc de savoir la trier. L’information que recherche la veille peut provenir de documents, le plus souvent des textes destinés à servir de trace. Parmi eux les documents numériques sur Internet tiennent une place croissante, à tel point que beaucoup de veilleurs se limitant à l’emploi de logiciels sophistiqués, d’analyse sémantique. Par ailleurs, la veille repose aussi sur de l’information informelle et sur des constats opérés par des acteurs au service de l’entreprise ou réseaux. Ainsi, ils collectent des indications susceptibles de devenir de véritables renseignements à l’occasion d’activités comme des achats, des visites de salon…



CYCLE DU RENSEIGNEMENT

La notion de cycle du renseignement naît dans le monde de l’espionnage, mais les démarches qu’elle recouvre peuvent se transposer dans un cadre civil. Ce « cycle » se divise en phases – quel que soit le nom qu’on leur donne – allant de la recherche à l’emploi de l’information pour la décision stratégique. Le processus commence donc par la définition des priorités de recherche. Il se poursuit par l’enchaînement des opérations au cours desquelles un acteur (le plus souvent un service étatique) oriente ses recherches, recueille les données, les analyse et les transmet aux responsables concernés pour les aider à prendre la bonne décision. Globalement ce cycle est destiné à « éclairer la réalité » dans une démarche volontariste.

L’idée à retenir sous la diversité des désignations et des procédures est d’abord que « chercher l’information » ne consiste pas à accumuler des données mais à discerner les éléments signifiants et à les faire parvenir au lieu de décision. Le processus est qualitatif et sélectif : il faut commencer par savoir ce que l’on a besoin de savoir. Ce besoin peut être déterminé par une hiérarchie de risques et opportunités ou par le projet de vérifier une hypothèse. Il doit se traduire par une demande claire et implique des choix puisqu’on ne peut pas tout savoir (et que vouloir trop savoir devient contre-productif si la décision est paralysée en attente de « toutes les données »). Répondre à des questions n’est pas surveiller l’environnement.

Puis il faut savoir où savoir : identifier les sources utiles et aller obtenir l’information. Certes, à ce stade, il existe une différence entre le renseignement proprement dit qui est la quête active de l’information (y compris en employant des correspondants rémunérés, en accomplissant des démarches illégales, bref en espionnant) et la très honnête veille telle que la pratiquent les entreprises. Que ladite information soit ouverte et obtenue légalement, ou qu’il s’agisse d’une activité clandestine, change tout à la morale de la chose, rien à sa logique.


Suit la phase où l’on commence à savoir ce que l’on sait : l’analyse. Ceci suppose de qualifier la valeur des éléments recueillis, de les comparer, de les remettre dans leur contexte et d’en retirer la valeur significative. Analyser, c’est d’une certaine façon traduire : transformer le bruit de l’information dispersée, en ce qui fait sens. On nomme parfois «renseignement» tout court l’information ainsi traitée et synthétisée pour un décideur. Très souvent l’analyse doit aboutir à une anticipation. Vient enfin le stade du faire savoir : la diffusion, très sélective, de l’information. Le problème est alors que l’information juste parvienne au décideur en étant clairement interprétée et sans lasser son attention (trop d’avertissements tue la vigilance). Le décideur peut à son tour formuler de nouvelles questions qui « relancent » le cycle de l’information.

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