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Poutine bashing et Google marketing

Le "Poutine Bashing" - ridiculiser le chef d'État pour ses photos torse nu, lui imputer le fait que les chambres d'hôtel des journalistes n'aient pas d'eau cristalline, se lécher les babines à l'idée qu'il pourrait y avoir un attentat qui ridiculise le FSB - est devenu le leitmotiv des commentaires sur les jeux Olympiques de Sotchi. Mais au-delà des questions pectoraux ou plomberie, on sait bien que les humanistes sont préoccupés par la législation homophobe adoptée par la Russie. L'auteur de ces lignes n'étant ni russophone, ni spécialiste du droit slave, comme le sont sans doute les vrais humanistes médiatiques, il n'a pu accéder aux textes originaux et à du se contenter de la version qui en circule dans les dépêches d'agence. Il s'agirait d'une loi punissant d'amende allant jusqu'à 125 euros (5.000 roubles, mais plus pour les étrangers, quelle horreur !) la propagande en faveur d'actes contre-nature (ainsi que pour l'usage de la drogue) faite en présence de mineurs. C'est effectivement assez flou et l'on aimerait savoir ce que recouvre la notion de propagande, sur une échelle qui va de "regarde mon petit, j'ai de jolies photos en HD dans ma tablette. On va les voir dans ma chambre ?" ou "tu veux vraiment comprendre la différence entre les messieurs et les dames ?" à "tu sais. mon petit, il n'y a aucun mal à avoir deux papas, et je te parle là sans me référer à la théorie du genre, qui est un pur fantasme de l'ultra-droite hystérisée"...



Serait-il permis de se demander si tous les pays qui organisent de grands événements sportifs et avec lesquels nous entrenons de si bons rapports sont si enthousiastes à l'idée de faire de la communication en faveur des LGBT, de l'homoparentalité ou autres devant leurs enfants. Que dit la législation de notre ami le Qatar à ces sujet ? Certains pourraient penser qu'il y a quelques arrière-pensées derrière ces indignations morales.



Or justement, voici que des grandes compagnies du Net prennent part au débat. À commencer par Google qui adopte une banière aux couleurs, ou plutôt aux mutlicouleurs du drapeau gay et publie des extraits de la charte olympique.



L'intervention d'une des plus importantes sociétés du monde dans ce genre de polémriques n'est pas exactement une surprise. Golle a depuis longtemps adopté une stratégie d'image de marque "politiquement correcte", s'associant, chaque fois que l'occasion s'en présente à la défense des minorités ou des droits de l'homme, surtout dans les pays qui contrarient la politique de l'administration américaine.



Citons en vrac les initiatives de la compagnie dans ce domaine au cours des cinq dernières années



- Legalize Love qui regroupe les initiatives de la compagnie contre l'homophobie,



- la création du think tank "Google Ideas" pour lutter contre "l'extrémisme", dirigé par Jared Cohen, proche conseiller d'Hillary Clinton,



- l'aide apportée avec Facebook, Twitter et YouTube à movements.org, pour former des blogueurs "modérés" dans le monde arabe et leur apprendre à lutter contre



- le rôle de Wael Ghonim, chef du marketing Google pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, qui personnifiera la "Révolution 2.0" en Égypte,



- les "missions humanitaires privées" pour exiger la libération d'un dissident coréen et exiger de Pyongyang qu'il libéralise l'accès au Net, etc.



Une société comme Google qui fonctionne sur l'attention et la confiance de milliards d'internautes, a, évidemment, tout intérêt à afficher une image, disons libérale-libertaire, à la fois conforme aux idées de l'hyperclasse mondialisée dont font partie ses dirigeants, au langage commun des managers affranchis, politiquement correcte au regard des valeurs occidentales, et sensée parler à la nouvelle génération d'internautes déjà acquis à la nouvelle culture tolérante planétaire. En ce sens l'effet "bande de Moebius" pour emprunter l'expression de Michéa - libéralisme économique visant à l'expansion illimitée du marché d'un côté, libéralisme culturel de l'autre qui réduit toute morale au respect des préférences privées - joue ici à plein. Oui mais, comment concilier ce culte de la tolérance avec la pratique de la surveillance (et les nombreuses complicités révélées par l'affaire Snowden entre Google et la Nsa) ? Nous défendons votre sexualité, mais nous fliquons votre intimité ? Nous verrons dans les prochains mois comment les grandes compagnies du Net gèrent cette contradiction.


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